Paye tes urgences, de Toma E (Leduc Graphic)
En dévoilant sans filtre les coulisses de l’hôpital et de son service d’urgences, Toma E croque sa vie d’infirmier et témoigne, à travers ses bulles, d’un quotidien saturé.
Depuis cinq, Toma E planchait sur Instagram pour passer au crible son quotidien d’infirmier aux urgences. Transposés dans un album de près de 200 pages, ses dessins livrent un témoignage sans concession sur ce travail, ses contraintes organisationnelles, ses rapports de pouvoir et ses impasses. Des réalités professionnelles difficiles que la forme légère d’une BD humoristique permet d’exposer sans la pesanteur anxiogène d’un essai sur la crise hospitalière.
L’auteur s’intéresse autant aux patients qu’à celles et ceux qui les prennent en charge. Il expose la complexité du tri, les arbitrages incessant, les difficultés d’orientation et l’impact de la saturation des services. Nous est ainsi livré un regard critique sur l’organisation hospitalière qui se manifeste par une multiplication des tâches administratives, un manque de moyens, l’épuisement des équipes, les agressions tandis que l’on se retrouve confronté à la mort. Un quotidien fait de contraintes qui affectent la possibilité même de bien soigner.
La place accordée à la profession infirmière est évidemment centrale. Toma E dénonce les représentations réductrices du métier et l’invisibilisation de compétences essentielles au fonctionnement des urgences. Son coup de crayon décrypte les relations entre infirmiers et médecins, leurs complémentarités comme leurs asymétries. Il rappelle combien le soin ne se résume pas à l’intervention médicale mais repose sur un collectif dont les contributions ne sont pas toutes reconnues à leur juste valeur.
Le parti pris est forcément subjectif, avec un humour noir, parfois cynique, qui force le trait et peut conforter certains stéréotypes. Mais on est bien dans une BD, pas dans une analyse distanciée, et on se laisse emporter dans ce quotidien dessiné et toujours animé d’un infirmier qui raconte sa mission, ses tensions et ses désillusions de l’intérieur. En rappelant que si les dysfonctionnements hospitaliers ne sont pas exempts de responsabilités individuelles, ils relèvent aussi d’une organisation défaillante à repenser.
Et aussi...
ÉTHIQUE
Prendre soin de la pratique des soignants, coordonné par Walter Hesbeen (Seli Arslan)
Redonner du sens au travail soignant en prenant soin de ceux qui soignent, c’est l’objectif de cet ouvrage collectif réalisé sous la houlette de l’infirmier et docteur en santé publique Walter Hesbeen. Il ne se résume pas à améliorer les conditions de travail, et renvoie au besoin d’exercer un métier conformément aux valeurs qui ont conduit à le choisir. Donc aux moyens de préserver le sens et la qualité des pratiques soignantes. Pour cela, les contributeurs explorent de multiples pistes : espaces de réflexion éthique, formation initiale et continue, recrutement, outils numériques, médiation hospitalière ou encore accueil des animaux en Ehpad.
Il est rappelé combien le manque de temps et de ressources, les contraintes organisationnelles et la logique de performance peuvent entraver la relation humaine et placer les soignants face à de douloureux dilemmes. Mais le livre présente surtout l’intérêt de questionner la possibilité de bien soigner en invitant à l’expérimentation d’organisations éthiquement réinventées. Une éthique qui ne relève pas du supplément théorique mais d’une responsabilité concrète, dont la mise en œuvre suppose un engagement réel des institutions.
DEUIL
Le soleil va se lever, de L’Homme étoilé (Le Lombard)
Après avoir raconté la fin de vie du côté des patients et des soignants, L’Homme étoilé, l’infirmier anonyme aux 170 000 followers sur Instagram, poursuit son exploration des abords de la mort en sortant de son service de soins palliatifs. 
Dans ce nouvel album, il part à la rencontre de personnes qui accompagnent les endeuillés : un psychiatre spécialisé dans les deuils traumatiques, une thanatopractrice, la fondatrice d’une association dédiée à la mort ou encore une medium qui prétend entrer en contact avec les défunts, ce qui le laisse sceptique. Chaque témoignage éclaire toutefois les multiples façons d’accompagner la perte, de mettre des mots sur le chagrin et d’aider les proches à poursuivre leur chemin. Dans cet anthologie du deuil, l’auteur en vient naturellement à interroger ses propres représentations, à l’aune de son histoire personnelle. Avec son dessin aux formes rondes assorties des couleurs douces d’Helia, il parvient à pénétrer ce sujet difficile sans l’édulcorer, et non sans humour. Une lecture sensible et bienveillante qui touche à l’intime.