ENQUÊTE NATIONALE

Urgences : des temps de passage jusqu'à 3 heures plus longs qu’il y a 10 ans

Publié le 05/06/2026

Deux études publiées par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) dressent un état des lieux des délais aux urgences en 2023. Dix ans après la précédente enquête nationale, les résultats mettent en évidence un allongement des temps de passage pour l’ensemble des parcours de soins et des difficultés persistantes dans les services les plus fréquentés.

panneau urgences

Les patients passent davantage de temps aux urgences qu’il y a dix ans. C’est l’un des principaux enseignements de deux nouvelles études de la Drees consacrées aux durées de prise en charge dans les services d’urgences. Réalisée en 2023 avec la participation des professionnels du secteur, l’enquête offre une photographie nationale de l’activité sur une journée moyenne de semaine et permet une comparaison avec les données recueillies en 2013.

Selon la Drees, la moitié des patients ayant bénéficié d’une prise en charge complète ont passé plus de 3 h 10 aux urgences en 2023, contre 2 h 15 dix ans plus tôt. Cette hausse concerne l’ensemble des parcours, qu’il s’agisse d’une simple consultation ou d’une hospitalisation à l’issue du passage.

Des durées de séjour plus longues quel que soit le parcours

Les passages les plus courts concernent les patients venus consulter sans examens complémentaires, sans soins techniques, ni hospitalisation. Cette situation représente près d’un patient sur cinq. Pour ces personnes, la durée médiane de présence atteint désormais 1h35, soit vingt minutes de plus qu’en 2013.

Les délais augmentent davantage lorsque des examens ou des soins sont nécessaires. Pour les patients bénéficiant d’actes techniques tels qu’une radiographie, un scanner ou des analyses biologiques, mais retournant à domicile après leur passage, la durée médiane atteint près de quatre heures. La progression est particulièrement marquée puisque ce temps s’est allongé de plus d’une heure en dix ans.

La Drees souligne également que les points d’accueil les plus fréquentés enregistrent systématiquement des durées de passage plus élevées, quel que soit le profil des patients pris en charge.

Les hospitalisations restent synonymes d’attente prolongée

Les délais les plus importants concernent les patients orientés vers une hospitalisation. Parmi eux figurent les personnes admises en unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD), généralement pour une surveillance, des examens complémentaires ou dans l’attente d’une place dans un autre service.

Selon l’étude, ces patients passent désormais plus de 17 h 30 aux urgences pour la moitié d’entre eux, soit près de trois heures de plus qu’en 2013. Ils représentent environ 9% des passages.

Les personnes hospitalisées directement dans un autre service connaissent elles aussi des temps de présence particulièrement élevés. Pour un patient sur deux, la durée dépasse désormais 6 h 30. Là encore, la hausse observée sur dix ans est importante.

Ces résultats illustrent les difficultés rencontrées par les établissements pour fluidifier les parcours entre les urgences et les services d’hospitalisation, notamment lorsque les capacités d’accueil sont limitées.

Des délais variables selon l’heure d’arrivée

La seconde étude s’intéresse aux différentes étapes qui composent un passage aux urgences, depuis l’enregistrement administratif jusqu’à la sortie du patient.

La première évaluation, ou tri, reste relativement rapide pour la majorité des usagers. La moitié des patients attendent moins de huit minutes avant cette étape destinée à déterminer le niveau de priorité de leur prise en charge. Toutefois, un patient sur dix doit patienter plus de trente minutes.

Entre le tri et le début de la prise en charge médico-soignante, la moitié des patients sont vus en moins de seize minutes mais un sur dix attend plus de deux heures avant les premiers soins.

Entre le tri et le début de la prise en charge médico-soignante, les écarts se creusent davantage. Si la moitié des patients sont vus en moins de seize minutes, un sur dix attend plus de deux heures avant les premiers soins.

La Drees relève que ces délais initiaux sont particulièrement marqués en début d’après-midi, période correspondant aux pics quotidiens de fréquentation. Les établissements recevant le plus grand nombre de patients sont également ceux où les temps d’attente sont les plus importants.

La recherche d’un lit reste un point de tension

Pour les patients nécessitant une hospitalisation, l’obtention d’un lit demeure une étape déterminante du parcours. Si la moitié des personnes concernées obtiennent une place en moins d’un quart d’heure, les situations les plus complexes se sont nettement dégradées.

Ainsi, pour un patient sur dix, plus de 6 h 10 sont désormais nécessaires pour trouver un lit disponible, soit plus de deux heures supplémentaires par rapport à 2013.

La Drees observe que ces délais sont particulièrement longs pour les personnes âgées, ainsi que dans les services accueillant les volumes de patients les plus importants. Les recherches de lits seraient également plus difficiles le matin que le reste de la journée.

À travers ces deux études, l’organisme met en lumière un allongement généralisé des temps de passage aux urgences et des tensions persistantes dans les services les plus sollicités, dix ans après la précédente photographie nationale du secteur.

Source : Communiqué de presse et études de la Drees

Corinne Pauline Nkondjock

Source : infirmiers.com