L’évaluation des pratiques de soins non conventionnelles (PSNC) est une nécessité autant «éthique» que «sanitaire», soutient l’Académie de médecine dans un communiqué daté du 16 février 2026. Hypnose, chiropraxie, mésothérapie, acupuncture… Également appelées «thérapies complémentaires», elles attirent en effet de plus en plus de personnes, dont une partie qui se défie de la médecine conventionnelle, jugée «trop technique» ou charriant avec elle des effets secondaires importants et délétères. Elles s’imposent d’ailleurs d’autant plus dans l’esprit des usagers qu’elles sont mobilisées par des médecins spécialistes, notamment comme soins de support dans le cadre de la prise en charge de cancers. Le centre de lutte contre le cancer Léon Bérard, par exemple, utilise l’hypnose en complément de l’anesthésie, notamment dans la chirurgie du sein, pour limiter les effets indésirables.
Des médecines "complémentaires" pourvoyeuses de risques
Or ces pratiques peuvent avoir des conséquences dramatiques sur les comportements en santé des patients : méfiance face aux professionnels de santé, refus de soin et abandon des traitements, intrication de certaines substances qui annulent les effets des thérapeutiques… De quoi pousser l’Académie de médecine à battre le rappel : il faut mesurer, avec des données concrètes, l’efficacité de la PSNC.
«Cette exigence s’impose particulièrement lorsqu’aucun mécanisme d’action de la PSNC n’est revendiqué, ou quand celui-ci repose sur une théorie dépourvue de base scientifique», écrit-elle. Actuellement, parmi les centaines de PSNC recensées, seules quelques-unes ont passé le test de l’évaluation : hypnose dans le cadre de l’anesthésie, justement, potentiellement la chiropraxie dans le traitement des douleurs lombaires aiguës ou subaiguës, acupuncture dans le traitement des douleurs chroniques ou des nausées et vomissements, dans le cadre d’une prise en charge globale… Démontrer l’intérêt de la PSNC est d’ailleurs un préalable pour justifier son recours, mais aussi sa prise en charge par l’Assurance maladie. Et c’est aussi le meilleur moyen de lutter contre une tendance qui se répand de plus en plus en marge du secteur de la santé : le charlatanisme. L’Académie de médecine invite instamment les pouvoirs publics à s’emparer du sujet «afin de prévenir des risques sanitaires graves, la perte de chance pour les malades, et les dérives sectaires, qui s’attachent à certaines PSNC.»
Comment évaluer les PSNC ?
Puisque ces pratiques se sont imposées dans le champ du soin et qu’elles réclament des modes d’évaluation adaptés, l’Académie de médecine recommande d’une part d’en favoriser l’appréciation «en garantissant la qualité méthodologique des études par une collaboration avec les structures ressources dans le domaine de l’évaluation des soins», dont les universités, les hôpitaux mais aussi l’Inserm, et «en sachant recourir à des critères de jugement objectifs comme ceux évaluant la douleur, les capacités fonctionnelles ou la qualité de vie.» Et, d’autre part, d’élargir aux PSNC «les systèmes existants de vigilance (pharmacovigilance, matériovigilance, nutrivigilance, recensement des effets indésirables graves), notamment pour repérer les risques de perte de chance par efficacité insuffisante, voire d’emprise sur les patients.»
L’appel de l’Académie de médecine résonne en réalité avec une préoccupation croissante portée par le gouvernement sur ces pratiques, en ce qu’elles contribuent en effet aux dérives sectaires. Mi-janvier, il annonçait ainsi le lancement d’une stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé, déclinée en 4 axes dont un comportant la création d’un Observatoire de la désinformation en santé. Quant aux PSNC, «dans la très grande majorité des cas, les pratiques de soins non conventionnelles n’ont pas fait l’objet d’études scientifiques ou cliniques montrant leurs modalités d’action, leurs effets, leur efficacité, ainsi que leur non dangerosité», met déjà en garde le site du ministère de la Santé.
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