Horaires à rallonge, situations de harcèlement, insécurité de l’emploi… Nombreux sont les risques psycho-sociaux (RPS) qui se manifestent dans le cadre du travail qui entraînent une dégradation de l’état de santé, aussi bien physique que mental, des travailleurs. En tout, ce sont plus de 840 000 personnes qui meurent chaque année de pathologies liées à ces RPS, chiffre ainsi l’Organisation internationale du travail (OIT) dans un rapport intitulé «Le milieu de travail sur le plan psychosocial : Évolutions et pistes d’action mondiales». Pour parvenir à ce nombre, elle s’est appuyée sur deux sources de données, la première ciblant la prévalence mondiale des 5 grands facteurs de RPS : la tension professionnelle (fortes exigences associées à un faible contrôle), le déséquilibre efforts-récompenses, l’insécurité de l’emploi, les longues heures de travail, ainsi que le harcèlement et les violences au travail. La seconde se constitue de travaux scientifiques qui démontrent comment ils augmentent la probabilité de développer des pathologies graves (maladies cardiovasculaires, accidents vasculaires cérébraux, mais aussi troubles mentaux dont pensées suicidaires, voire passages à l’acte).
Pour évaluer le fardeau de ces RPS, l’OIT commence par définir l’environnement psychosocial du travail. Celui-ci, dit-elle, comprend «l’ensemble des éléments liés à l’organisation du travail et aux interactions professionnelles» : conception, organisation et gestion du travail, et politiques et procédures qui encadrent les activités. La nature du travail inclut ainsi les exigences attendues, les responsabilités, l’adéquation des compétences du travailleur avec ses missions ou encore la conception des tâches en termes de sens, de variété et d’utilisation de ces compétences. L’organisation, elle, couvre «la clarté des rôles, les attentes, l’autonomie, la charge de travail, le rythme de travail, ainsi que la supervision et le soutien», tandis que les politiques, pratiques et procédures comprennent les modalités de gestion du temps de travail, de sécurité, les processus d’évaluation et de rémunération ou encore «la surveillance numérique».
Horaires de travail et violences en tête des facteurs de risque
Or cet environnement est extrêmement fluctuant, notamment ces dernières années alors que se conjuguent crise économique et nouvelles technologies, qui redéfinissent l’organisation du travail. «Si de nombreux risques psychosociaux ne sont pas nouveaux, les transformations majeures du monde du travail — notamment la numérisation, l’intelligence artificielle, le télétravail et les nouvelles formes d’emploi — redéfinissent l’environnement psychosocial de travail», indique l’OIT, qui ajoute que les évolutions qui secouent le monde de l’emploi peuvent les intensifier et en créer de nouveaux.
La durée excessive du travail est ainsi associée à un risque accru de développer des maladies cardiovasculaires ou de souffrir d’un AVC. 35% des travailleurs dans le monde dépassent les 48 heures de travail par semaine. «L’exposition à l’intimidation et à d’autres formes de violence et de harcèlement constitue une autre inquiétude majeure : 23 % des travailleurs dans le monde ont subi au moins une forme de violence ou de harcèlement au cours de leur carrière professionnelle, la violence psychologique étant la plus fréquente avec un taux de 18 %», quantifie également l’organisation. Or ces RPS ont un coût sur l’espérance de vie en bonne santé – évalué à 45 millions d’années de vie perdues – et financier. Les pertes économiques qu’ils entraînent seraient de l’ordre de 1,7% du PIB mondial par an.
L'accent est à mettre sur la prévention
«Les risques psychosociaux deviennent l’un des défis les plus importants pour la sécurité et la santé au travail dans le monde du travail contemporain», en conclut Manal Azzi, responsable de l’équipe des politiques et systèmes de SST à l’OIT, citée dans le communiqué présentant les résultats du rapport. L’organisation recommande de mettre l’accent sur la prévention, avec une priorité à donner aux mesures collectives et organisationnelles qui «s’attaquent aux causes profondes» de ces RPS (charges de travail, clarification des rôles, pratiques managériales). Cette prévention passe également par l’évaluation des risques, via l’identification des dangers et des mesures à mettre en œuvre pour les contrer. Mais il faut aussi, à un niveau national, qu’ils soient abordés «explicitement» à travers les politiques et les lois et non pas uniquement par le biais de leurs conséquences. «Une mise en œuvre efficace requiert une combinaison de mesures d’application de la loi, de conseils pratiques, d’outils et de renforcement des capacités, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME), ainsi qu’une communication plus claire et une coordination institutionnelle renforcée», complète-t-il.
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