SANTÉ DES SOIGNANTS

Une enquête chiffre le malaise profond chez les infirmiers

Publié le 21/04/2026

En février 2026, une enquête nationale menée par Albus avec OpinionWay, et relayée par la FNI (Fédération Nationale des Infirmiers) dans un communiqué, met des données précises sur un ressenti largement partagé dans la profession.

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Au total, 782 infirmiers, hospitaliers et libéraux, ont été interrogés. Les résultats décrivent une situation préoccupante, marquée par une fatigue durable, un niveau de stress élevé et des perspectives de départ de plus en plus fréquentes.

Un tiers des infirmiers envisage de quitter son exercice

D’après les résultats, «1 infirmier sur 3 pense à partir». Concrètement, 36 % des infirmiers libéraux déclarent envisager de changer de mode d’exercice à court ou moyen terme. Ce chiffre est identique à celui observé à l’hôpital, malgré des organisations de travail différentes, les deux populations infirmières exprimant un niveau de lassitude comparable.

Dans son communiqué, la FNI insiste sur la portée de ce résultat : «ce n’est pas une question de caractère ou de résistance individuelle : c’est le reflet d’un système qui pousse ses professionnels à bout».

Chez les libéraux, cette tendance est encore plus marquée chez les plus de 55 ans. Près d’un sur deux (49 %) envisage un départ, traduisant une usure progressive face à des contraintes qui s’accumulent au fil des années.

Un niveau de stress élevé et déterminant

L’enquête met également en évidence un niveau de stress important, en particulier chez les infirmiers libéraux. La note moyenne atteint 5,8 sur 10, mais ce chiffre global masque des situations plus critiques.

Plus d’un tiers des répondants (38 %) déclarent un stress élevé, avec une note d’au moins 7 sur 10. Parmi eux, une part non négligeable dépasse même 8 sur 10.

Surtout, les données montrent un lien clair entre stress et intention de départ. Parmi les professionnels les plus exposés, plus d’un sur deux envisage de quitter la profession. À l’inverse, cette proportion tombe à environ un sur quatre chez ceux dont le stress est plus modéré.

Ce différentiel important confirme que la pression quotidienne joue un rôle central dans les choix d’évolution ou de rupture professionnelle.

Une santé fragilisée par les conditions d’exercice

Autre point marquant : l’impact du métier sur la santé. L’étude révèle que 89 % des infirmiers déclarent souffrir d’au moins un trouble lié à leur activité, qu’il soit physique ou psychologique.

Chez les libéraux, les troubles musculosquelettiques sont les plus fréquemment cités (56 %). Ils sont directement liés aux gestes répétés, aux déplacements et aux contraintes des soins à domicile.

Pour la FNI, ces résultats doivent être davantage pris en compte : «Ces données restent trop souvent absentes des débats publics». Le syndicat rappelle que «la santé de ceux qui soignent est aussi un enjeu collectif», appelant à une meilleure reconnaissance de ces problématiques.

Un sentiment de manque de reconnaissance très marqué

La question de la reconnaissance ressort également avec force. Chez les infirmiers libéraux, 95 % déclarent ne pas se sentir reconnus par le ministère de la Santé. Seule une minorité (4 %) exprime un avis contraire.

Ce chiffre traduit un décalage entre l’investissement des professionnels et la perception qu’ils ont du soutien institutionnel.

À l’hôpital, ce manque de reconnaissance s’ajoute à d’autres difficultés déjà identifiées, comme la pression organisationnelle ou les sous-effectifs. Dans les deux cas, ces éléments contribuent à alimenter un malaise global.

Une charge administrative et un isolement pesants

Enfin, l’enquête met en lumière deux contraintes majeures du quotidien des infirmiers libéraux : l’administratif et l’isolement. La gestion administrative est jugée lourde par 87 % des répondants. Entre les démarches liées aux actes, les échanges avec les organismes et le suivi des paiements, ces tâches occupent une place croissante, souvent en dehors du temps de soins.

Parallèlement, le sentiment d’isolement reste important. Moins d’un infirmier libéral sur deux (48 %) estime bénéficier d’une véritable solidarité professionnelle, contre 75 % chez les hospitaliers. Ce contraste souligne le rôle du collectif dans le vécu du travail. L’exercice isolé, combiné aux contraintes administratives, tend à renforcer la charge mentale.

Source : FNI

Corinne Pauline Nkondjock

Source : infirmiers.com