ÉTUDES INFIRMIÈRES

Réforme de la formation infirmière : c’est enfin acté mais la vigilance demeure

Publié le 25/02/2026

Avec la publication de l’arrêté réformant la formation infirmière, le cadre de 2009 cède enfin la place à un référentiel actualisé. Le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI) se félicite d’une modernisation attendue et insiste sur les conditions de mise en œuvre.

étudiants en santé

Le texte était attendu depuis plus de quinze ans. Depuis 2009, le référentiel de formation ne correspondait plus, selon le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI), «aux réalités du système de santé ni à l’évolution des compétences infirmières reconnues par les textes récents». La publication de l’arrêté marque donc, pour l’organisation, la fin d’un décalage devenu difficilement tenable entre formation et exercice.

Dans un communiqué, le syndicat salue une réforme qui «actualise les contenus et renforce la dimension clinique de la formation». Une reconnaissance attendue d’un exercice infirmier désormais confronté à la chronicité des pathologies, au vieillissement de la population et au développement des soins de proximité.

Le nouveau référentiel entend renforcer la capacité des étudiantes à analyser les situations de soins, à hiérarchiser les priorités et à sécuriser leurs décisions.

La consolidation du raisonnement clinique figure en tête des évolutions. Le nouveau référentiel entend renforcer la capacité des étudiantes à analyser les situations de soins, à hiérarchiser les priorités et à sécuriser leurs décisions.

Davantage de prévention et de santé publique et intégration du numérique en santé au programme

La prévention et la santé publique voient également une place plus importante dans le cursus, en cohérence avec les besoins actuels de la population. L’intégration du numérique en santé, devenue incontournable dans les pratiques professionnelles, s’inscrit dans cette même logique d’actualisation.

Autre point important de la réforme : la diversification des terrains de stage et une meilleure préparation à la coordination des parcours. À l’heure où les prises en charge s’organisent de plus en plus entre ville, hôpital et médico-social, le SNPI estime que la formation doit préparer à ces logiques transversales.

Pour le syndicat, ces ajustements répondent à une transformation profonde du système de santé. Il s’agit moins d’ajouter des savoirs que d’adapter la formation à un exercice élargi et plus autonome.

La formation clinique, socle du dispositif

La réforme confirme la place centrale des stages dans le cursus. La moitié de la formation demeure réalisée en milieu clinique, faisant de l’encadrement un enjeu structurant.

Le SNPI rappelle que le compagnonnage et le tutorat constituent des piliers de l’apprentissage infirmier. Les stages ne transmettent pas seulement des techniques, mais aussi une posture professionnelle, une éthique du soin et un raisonnement clinique «indispensable à la sécurité des patients».

Dans cette perspective, la qualité de l’encadrement devient déterminante.

Une réforme dense mais sans allongement des études

C’est sur ce point que le syndicat exprime sa réserve principale. Pour répondre aux exigences européennes, le volume global de formation atteint désormais 4 600 heures. Pourtant, la durée des études reste fixée à trois ans. Pour le SNPI, cette densification concentre les apprentissages dans un calendrier particulièrement contraint. Dans la majorité des pays de l’Union européenne, la formation infirmière s’inscrit désormais sur quatre ans, permettant une appropriation plus progressive des savoirs et un renforcement des compétences scientifiques et cliniques.

Concentrer 4 600 heures sur trois ans crée une pression forte pour les étudiants et risque de fragiliser l’apprentissage réflexif pourtant essentiel à la qualité des soins.

Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat, alerte : «Cette réforme était indispensable pour adapter la formation infirmière aux besoins de santé d’aujourd’hui. Mais former l’infirmière de demain ne peut pas se résumer à ajouter des contenus dans un temps inchangé. Concentrer 4 600 heures sur trois ans crée une pression forte pour les étudiants et risque de fragiliser l’apprentissage réflexif pourtant essentiel à la qualité des soins. L’enjeu n’est pas seulement pédagogique : il concerne directement la sécurité des patients et l’attractivité de la profession infirmière

Au-delà de la charge de travail, le syndicat évoque des enjeux d’attractivité et de prévention du décrochage. Moderniser les contenus sans adapter la durée de formation reviendrait, selon lui, à limiter l’ambition initiale de la réforme.

L’amélioration des conditions de stages, une priorité

La publication de l’arrêté ne saurait suffire sans un accompagnement pédagogique et clinique adapté. Le syndicat appelle à renforcer la simulation en santé, à former les encadrants de stage et à reconnaître concrètement le rôle des tuteurs, notamment par un temps dédié et une prime de tutorat. L’amélioration des conditions de stage figure également parmi les priorités avancées.

Pour l’organisation, la réussite de la réforme dépendra de la capacité collective à soutenir les instituts de formation et les terrains cliniques dans cette transformation.

Source : SNPI

Corinne Pauline Nkondjock

Source : infirmiers.com