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Les pains au lait du lundi d’Annie...

Annie Pivot a posé sa plaque il y a 20 ans et depuis, tous les jours, « elle sonne aux portesElle a posé sa plaque il y a 20 ans et depuis, tous les jours, « elle sonne aux portes ». Annie Pivot, infirmière libérale, est une professionnelle « assise » et « bien installée ». Elle a donc « des tas de choses à dire et à partager ». Elle affiche depuis toujours une appétence pour l’écriture, et un certain savoir-faire en la matière, c’est donc logiquement qu’elle s'est lancée dans un premier projet narratif librement inspiré de sa vie professionnelle. Anne Pivot a toujours dit qu’elle serait un jour « écrivain », en attendant, elle est « infirmière-écrivain » à Civrieux d'Azergues, près de Lyon, et trouve cela plutôt bien...

Ses patients ont accompagné son aventure narrative et attendaient impatiemment le résultat car, c’est écrit, « toute ressemblance avec des personnes ayant existé ou existant, ayant souffert ou souffrant, est purement volontaire et délibérée ». Son ouvrage porte le joli titre suivant : « Les pains au lait du lundi et autres gourmandises » avec un sous-titre qui sonne comme une justification, entre parenthèses, « pensées d’une infirmière libérale ».

Et voici ce qu’Anne Pivot déroule : « toutes les infirmières libérales vous le diront, dans la voiture, l’essentiel de notre activité est de penser, réfléchir, cogiter, méditer, ruminer, songer, rêver, imaginer. Bref, pendant qu’une partie de notre cerveau s’applique à nous emmener d’un point à un autre sans encombre, si nulle intempérie ne nous préoccupe, nous pensons. »

Penser avant de panser n’est-il pas finalement un véritable luxe par les temps qui courent où la pratique s’automatise, où les protocoles à appliquer font lois, où toute parenthèse temporelle dans une activité de plus chronophage est interdite ? « Ouvrir la porte de la voiture, monter dans la voiture, claquer la porte, démarrer, rouler, garer la voiture,couper le moteur, ouvrir la porte, descendre de voiture, fermer la porte... soigner. »... et recommencer autant de fois que nécessaire, le matin, le soir. « Parfois nul mot ne s’échange, la réserve de chacun, ne cède d’aucune manière, on dit bonjour, on soigne, on se tait, pourquoi ? Toute la journée, monter dans la voiture, descendre de voiture, claquer la porte, rouler par tous les temps, salir les chaussures, s’excuser de salir votre maison, laisser ses soucis dans la voiture, avoir froid cinq minutes dehors, chaud dix minutes dedans, ou être au frais dans la voiture et sortir dans la fournaise, se laver les mains, s’essuyer les mains, mains crevassées et douloureuses, fatigue courant le long du dos. Mais toujours essayer d’être pour vous, d’être à vous, et si parfois je rate, c’est peut-être que tout allait bien ou du moins rien n’allait mal, mais le temps maussade m’a rendue... maussade... ».

Anne Pivot raconte bien son quotidien et les missions qui l’animent et le justifient : « ma mission c’est la vie, ma tache est la guérison, le meilleur après le pire. Le soignant ne s’avoue jamais vaincu, il porte en lui cet espoir qui le fait avancer encore et toujours . Compagnon de joie comme de misère, il est cette main tendue qui ne faiblit jamais ; Quel que soit son rôle ou sa place, il dispense au travers de son soin l’encouragement qui fait reculer le désespoir, le sourire qui fait s’ouvrir les portes que la maladie ferme à double tour... ».

Son style narratif est touchant parce que juste et authentique, d’autant quand Annie se met dans la peau de ses patients pour nous raconter à la fois leur vécu et les souffrances qui l’accompagnent face à la maladie et son rôle à elle, la professionnelle du soin. Mais pas que : « elle s’assied près de moi, me caresse les bras, le visage, me prend la main et me dit qu’elle s’en va, qu’elle reviendra de nouveau dans quelques heures et que, pendant ses heures d’absence, s’il me venait l’idée de mourir, elle ne m’en voudrait pas et que c’est pour ça qu’elle me dit au-revoir à chaque fois... (…) quand elle reviendra plus tard, elle redira les mêmes mots. Savoir que je souffre pas, que je n’ai pas faim, que je n’ai pas d’escarre... ».

« Bonjour, Annie », « au-revoir Annie », « merci Annie », « à demain Annie », « bon week-end Annie »... Annie nous le rappelle, « de tout temps, on a remercié par un gâteau, un bonbon, un panier de fruits ou de légumes, on a accompagné notre paiement d’un petit plus qui veut dire plus. » Nous donnant un éclairage sur le choix du titre de son ouvrage, elle conclut ainsi : « Personnellement, je ne vous offrirai pas de pain au lait, je ne vous offrirai pas de salade ou de fruit et légume, je n’ai pas de jardin (…) je ne vous offrirai pas tout ce que vous m’avez offert parce que c’est vous qui me l’avez offert et que je le garde, dans ma mémoire, dans mon cœur, mais je vous offre ces mots, je vous offre ces pages, ils sont mes pains au lait.»

Je vous engage à goûter aux pains au lait et autres gourmandises d’Annie au travers de son écriture dense, sensible et habitée. La multitude de sentiments, d’états d’âme personnels et professionnels qu’elle nous livre et partage, de façon aussi réaliste, qu’humaniste et littéraire, éclaire avec brio l’engagement et les valeurs professionnelles que toute infirmière se doit de défendre... et de faire savoir. Mission accomplie pour Annie. Une suite, peut-être ? "Oui, nous dit-elle, un deuxième roman est en cours d'écriture"...

Écouter l’interview d’Anne Pivot et les 7 questions auxquelles elle répond sur son travail d’écriture

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