Le contenu de la réforme des études infirmières est aujourd'hui principalement acté et attend sa mise en application en septembre prochain. Qu'en est-il précisément?
L'idée d'une quatrième année de formation a été vite écartée. On reste bien sur un cycle en 3 ans avec 4600 heures, dont 66 semaines de formation clinique et 56 théoriques, avec une augmentation de 6 semaines en clinique intégrant la simulation. Ce dernier point est important car la simulation est un outil essentiel pour bien préparer au premier stage. Un passage toujours assez compliqué pour les étudiants. Notre dernière enquête sur le bien-être des étudiants infirmiers l'a révélé: 7 étudiants sur 10 voulaient interrompre leur formation et la première cause était les stages.
Oui parlons plus particulièrement des stages. L'un des problèmes récurrents tient au nombre trop restreint de lieux de stages pour faire face à la demande et craindre de ce fait une moindre exigence sur la qualité d'accueil et de formation de certains...
La réforme ne résoudra pas tout mais elle offre des opportunités. l'une d'elles, inscrite dans les textes, va être la mise en place d'une évaluation systématique des lieux de stage. Et cette évaluation, elle sera étudiée dans une commission gérée par le groupement universitaire, qui sera plus impartiale qu'un établissement de formation. En parallèle, il y aura un agrément de stage qui sera renouvelé tous les 5 ans, mais qui pourra être suspendu de manière temporaire pour que le service ait la possibilité de monter en compétence sur l'encadrement, s'améliorer et réouvrir ses terrains de stage, ou alors totalement fermer en cas de violence avérée. L'évaluation des terrains de stage était jusque là réalisée de manière expérimentale sur quelques territoires. Maintenant, elle sera vraiment nationalisée.
Quelle solution est envisagée pour étendre le nombre de lieux de stage ?
Il va falloir explorer de nouvelles possibilités. Jusqu'alors, on était cantonné à des services de soins de courte durée, de longue durée, de psychiatrie ou de lieu de vie. Mais la profession infirmière, c'est aussi bien d'autres endroits. Un stage peut aussi s'effectuer dans un lieu de recherche, un laboratoire, un service santé publique ou de prévention. Il y a des lieux qui étaient sous-exploités. On a tout le monde libéral, les maisons de santé pluriprofessionnelles, les CPTS qui peuvent encore être explorés.
Tout cela va nécessiter un vrai travail, des professionnels qui puissent diagnostiquer leur capacité d'encadrement, être formés, avoir un temps dédié. Il va falloir aussi une valorisation institutionnelle de l'encadrement des étudiants. C'est une charge d'encadrer un étudiant, c'est comme un patient à prendre en soin par rapport au temps de travail. Et cette charge s'ajoute chez des soignants qui sont déjà à bout de souffle dans les hôpitaux.
Dans le même ordre d'idée, est-ce que le tutorat est une solution pérenne?
Il y a deux formes de tutorat. Le tutorat en stage et le tutorat en cours. Concernant le tutorat en stage il est encore une fois essentiel de sécuriser la formation des professionnels qui s'y consacrent. Car malheureusement, ces formations sont encore limitées mais indispensables pour sensibiliser sur les risques psychosociaux auxquels sont exposés les étudiants en sciences infirmières.
Concernant le tutorat étudiant, c'est un processus d'entraide très utile de pair à pair qu'avec le réseau de la FNESI nous avons mis en place déjà depuis de nombreuses années. Il doit être développé, encouragé. C'est notamment ce qui est inscrit dans le nouveau référentiel de formation. Les établissements de formation doivent vraiment encourager ce processus d'accompagnement bénéfique à tous points de vue pour les étudiants.

La dernière enquête de la FNESI, publiée en 2025, a pointé de nombreuses situations de souffrance et a révélé que 7 étudiants sur 10 estiment que leur santé mentale qui s'est dégradée au cours de la formation. Comment améliorer cette situation ?
La première cause de mal-être, ce sont les stages et les nouvelles mesures présentées précédemment devraient favoriser une amélioration. Par ailleurs, il est désormais au programme, dans les unités d'enseignement, de former les étudiants au premier secours, et notamment en santé mentale. Il s'agit plus précisément de les sensibiliser aux compétences psychosociales. C'est à dire à toutes les compétences qui permettent de mieux faire face aux imprévus de la vie.
Une autre principale cause de mal-être des étudiants infirmiers est la précarité. Cela rajoute un stress et une pression mentale qui pèsent sur la formation. Il faut absolument qu'ils puissent bénéficier des services universitaires comme les autres étudiants, notamment avec la loi Lévy qui leur permet de manger à 1 euro ou 3,30 euros sur le tarif du CROUS. L'arrêté du 20 février 2026 doit justement cadrer cela. Et nous sommes dans l'attente d'un nouveau texte
qui va réformer le fonctionnement des établissements de formation et la façon dont ils peuvent se conventionner avec les services universitaires ou des services parallèles. Ça va être tout le débat et toutes les questions de l'application de la réforme de la formation.

En attendant, pour en revenir au mieux-être des étudiants, la FNESI a développé un nouvel outil d'auto-évaluation, l'ESImètre. Qu'est-ce précisément ?
C'est un outil destiné à aider l'étudiant à conscientiser sa situation en fonction de ses conditions et de son environnement d'études. Dispose-t-il de pauses suffisantes durant son temps de travail ? A-t-il le temps et un endroit pour déjeuner ? Pour se changer ? Qu'en est-il de ses relations avec les encadrants, les tuteurs, les formateur ?ETC. L'ESImètre se présente comme une fiche de diagnotic de sa situation pointant sur ce type de questions. Au dos sont inscrits tous les numéros utiles pour agir directement ou appeler à l'aide.
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