Adeline a 27 ans. En poste à l'hôpital Nord à Marseille, elle a débuté, à la rentrée de septembre, la formation pour devenir IBODE. Mais elle a pris le temps avant de s’engager dans cette spécialisation.
Après un bac économique et social, Adeline a intégré un IFSI marseillais. Pendant sa troisième année d’IFSI, elle réalise un stage dans un service de chirurgie digestive d’un établissement hospitalier privé d’Aix-en-Provence. C’est dans ce cadre là qu’elle demande à passer une journée au bloc. Le but: mieux comprendre certains soins dont on lui parlait mais dont elle ne comprenait pas l’intérêt. «Je n’avais pas trop d’images ni d’idées de ce que cela représentait. J'ai trouvé cela incroyable d’autant que l’établissement était alors assez récent, avec du personnel en nombre et du matériel de qualité. Il y avait un robot de chirurgie. Les salles d'opération étaient spacieuses. C'était vraiment impressionnant d’évoluer dans cet environnement assez peu habituel dans des services hospitaliers plus classiques.»
L’importance du stage de préprofessionnalisation
Cette découverte est, pour Adeline, arrivée à point nommé car, plus les années d’IFSI passaient, moins elle savait où elle se verrait travailler: «J’ai, au fil du temps, commencé à développer une angoisse vis-à-vis du fait de devoir gérer 30 patients en même temps dans un service. D’autant qu’aucun service ne m’attirait réellement.»
À l’issue de cette fameuse journée d’initiation, Adeline était convaincue de devoir mener son stage de préprofessionnalisation au bloc: «Ce stage de dix semaines en fin d’IFSI est très important. Dans mon cas, il m’a permis d’avoir un aperçu de l’ensemble des spécialités IBODE. Plus globalement, je me suis dit que, si j’intégrais bien les habitudes de l’hôpital et me familiarisais avec le personnel et les locaux, ce stage faciliterait mon embauche dans la foulée. Et c’est ce qui s’est passé. »
Ella a donc intégré la spécialité « digestif et urologie » et a commencé en étant doublée, c’est-à-dire supervisée par une IBODE aguerrie.
Avant de me lancer dans cette spécialisation, j’ai choisi de travailler un temps en tant qu’IDE au bloc, pour être sûre et certaine que cela me convenait.
Une formation de deux ans
Si Adeline a travaillé en tant qu’infirmière au bloc depuis son embauche post-IFSI en 2021, ce n’est qu'en 2025 qu’elle a passé le concours pour démarrer une école d’IBODE. «Avant de me lancer dans cette spécialisation, j’ai choisi de travailler un temps en tant qu’IDE au bloc, pour être sûre et certaine que cela me convenait. Je me suis laissé une année et puis ensuite d’autres collègues plus anciennes ont eu la priorité pour accéder à l’école. C’est la raison pour laquelle ce n’est qu’après trois ans que j’ai pu intégrer la formation», explique-t-elle.
D’une durée de deux ans, la formation qui s’intègre après validation d’un dossier et passage d’un oral, alterne les phases de cours et de stages de durées structures-dépendantes. Des périodes de partiels viennent également ponctuer les deux années. Si l’étudiante infirmière a obtenu un nombre suffisant de points en stage et en cours, elle obtient son diplôme d’IBODE. À noter que le diplôme est délivré par les universités et confère le grade de master.
Plusieurs voies de formation
La formation IBODE est accessible de plusieurs manières*. Directement après l’IFSI à travers le contrat d'apprentissage, ce dispositif est pris en charge par l’établissement. L’étudiant doit, en contrepartie, assurer certaines gardes les week-ends.
Une autre voie d’accès est, à l’instar d’Adeline, d’être déjà en poste en tant qu’IDE avant se lancer dans la spécialisation. Le financement est également assuré par l’établissement et l’infirmière doit, à l’issue de la formation, cinq ans à l’hôpital. « Soit c’est l’infirmière qui a la velléité de passer le concours, détaille Adeline, soit c’est la structure hospitalière qui pousse. Lorsque les IBODE reviennent formées de l’école, l’hôpital envoie souvent de nouvelles IDE suivre la formation. Un roulement s’opère.»
Il y a aussi de rares cas d’IDE qui financent elles-mêmes leur formation. « Dans ce cas, attention à bien se documenter et se renseigner en amont, recommande Adeline. Il serait dommage de passer deux ans à se spécialiser si, au final, la spécialité ne convient pas. Et, toujours de mon point de vue, concernant le contrat d’apprentissage à la suite de l’IFSI, cela me semble risqué. Il vaut mieux avoir mis au préalable un pied au bloc pour se rendre compte de la réalité du métier.»
Comment intégrer la formation la formation d’IBODE ?
Cette formation est accessible par les voies de la formation initiale, continue, en alternance (apprentissage et contrat de professionnalisation) et de la VAE, pour les candidats titulaires soit d’un diplôme, certificat ou titre leur permettant d’exercer la profession d’infirmier.
Peuvent également être admis à suivre la formation, les titulaires du diplôme d’État de sage-femme et les étudiants ayant validé la troisième année de médecine.
Le diplôme d’État d’infirmier de bloc opératoire s’acquiert par l’obtention des 120 crédits européens (ECTS) correspondant à l’acquisition des 5 blocs de compétences.
Pour en savoir plus : La formation à la profession d’infirmier de bloc opératoire
Chaque chirurgien a ses habitudes. Alors, quand on démarre en tant qu’infirmière au bloc, cela peut être un peu perturbant.
Un tout autre métier
Relève à 6h, prise de tension, médicaments, toilette, pansements… La spécialité IBODE ne fonctionne effectivement pas sur ce modèle plus classique. «Les transmissions sont différentes. Elles peuvent par exemple être basées sur les interventions qui ont eu lieu la nuit, sur du matériel défectueux, sur des changements éventuels du programme chirurgical de la journée, souligne Adeline. Cela nécessite d’apprendre un nouveau jargon, de se familiariser avec les installations, les chirurgies, avec le concept d'asepsie, de stérilité, d'hygiène. Et puis chaque chirurgien a ses habitudes. Alors, quand on démarre en tant qu’infirmière au bloc, cela peut être un peu perturbant. Je considère que c’est un tout autre métier. On ne peut pas nécessairement se référer aux connaissances que l'on a acquises durant les trois années d’IFSI.»
Le seul soin à proprement parler qu’elle indique pratiquer, est le sondage urinaire et les pansements du patient en fin d’intervention. Le rôle de l’IBODE est d’accueillir le patient, gérer le matériel spécifique à la chirurgie, vérifier s'il est en état et conforme, si le stock est suffisant, etc.
J'ai bien mis un an à me sentir à l’aise et à maîtriser mon rôle de circulante et d'instrumentiste.
« Finalement ces années à travailler au bloc avant de me spécialiser, m’ont énormément apporté en termes de confiance et d’assimilation réelle des connaissances. Il y a un vocabulaire propre au bloc que j’ai déjà bien acquis et cela m’aide énormément dans le cadre de la formation que je suis actuellement. Cela dépend de chacun mais en ce qui me concerne, confie-t-elle, j'ai bien mis un an à me sentir à l’aise et à maîtriser mon rôle de circulante et d'instrumentiste. Et puis ma référente IBODE m’a très bien formée, cela joue beaucoup.»
Alors si elle n’avait qu’un conseil à donner, ce serait de s’accrocher parce que l’on ne s’ennuie pas. Il faut tout noter, faire des recherches et poser des questions, même les plus bêtes, parce que parfois cela peut être le petit déclic qui fait toute la différence. Et puis l’anatomie au bloc prend vraiment une autre dimension.
Être passionné et travailleur
Imane, 32 ans travaille à l'hôpital d'Aix-en-Provence depuis qu’elle a obtenu son diplôme d’IDE en juillet 2018. «J'ai travaillé en service de médecine gériatrique pendant cinq ans. Des postes étaient vacants au bloc opératoire alors j’ai postulé. J'avais déjà fait un stage au bloc pendant mes études à l’IFSI. Après 3 ans, j'ai décidé de me spécialiser et de m’engager dans les études d’IBODE. Depuis septembre, je suis en école d’IBODE et je dois dire que le rythme est très soutenu. On nous demande une grande rigueur, des connaissances très poussées. Il faut vraiment être passionné et travailleur.»
Pour elle, il est indispensable, avant de se lancer, d’avoir fait un stage au bloc car c’est un milieu très fermé, très spécialisé et qui nécessite de prendre des responsabilités. «Si l’on sait que c’est ce que l’on aime, il ne faut pas hésiter et se lancer, en connaissance de cause», conclut-elle.

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