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FORMATION

À l’hôpital Forcilles, infirmiers et aides-soignants se forment à l'urgence grâce à la simulation

Publié le 22/10/2026

Depuis 2024, le centre de formation de la fondation Cognacq-Jay propose des sessions de formations par simulation, certifiées Qualiopi. A l’hôpital Forcilles (Seine-et-Marne), les infirmiers et les aides-soignants peuvent en bénéficier pour une mise à jour de leurs connaissances, notamment dans la gestion des urgences.

simulation

Un homme de 76 ans est hospitalisé dans le service de médecine polyvalente de l’hôpital Forcilles. Il est obèse, diabétique et en insuffisance cardiaque. Un binôme infirmier/aide-soignante entre dans sa chambre pour le tour du soir. « Bonsoir monsieur Deschamps, nous vous apportons vos médicaments », lance Clarisse, l’aide-soignante, en passant la porte. « Monsieur Deschamps ? Monsieur Deschamps ? Serrez ma main ! Ouvrez les yeux ! Il est en arrêt, indique-t-elle à Cyprien, l’infirmier. Je commence le massage cardiaque. » De son côté, Cyprien appelle le médecin urgentiste. Le Dr Leila Lavagna, médecin urgentiste et référente pédagogique des formations sanitaires au sein de la fondation Cognacq-Jay, décroche le téléphone dans la pièce adjacente. Cyprien lui décrit le tableau clinique du patient. Elle lui transmet des consignes. En parallèle, l’infirmier crie « urgence » à l’attention de ses collègues du service, afin d’obtenir du renfort. Le Dr Lavagna demande alors à une première infirmière de se rendre dans la chambre ; une seconde arrivera plus tard et prendra le relai pour le massage cardiaque. Après quelques minutes, le médecin urgentiste entre également dans la chambre du patient. Les professionnels de santé partagent leurs informations avant que le médecin confirme l’arrêt cardiaque et donne ses indications pour la suite de la prise en charge. La simulation se termine après 10 à 15 minutes d’action.

Pendant toute sa durée, Lionel Henriques, infirmier, cadre de santé, formateur, a observé les quatre participants derrière un paravent. « J’analyse la réalisation des trois objectifs de la simulation, à savoir le raisonnement clinique, les compétences techniques et les compétences non techniques ou CRM pour crise ressources management », explique-t-il. Dans la pièce voisine, les autres soignants de la formation ont pu suivre la simulation, via une retransmission sur un grand écran.

Une culture au sein de l’établissement

« Avant l’existence du centre, nous faisions déjà de la simulation pour rassurer les soignants et les mettre en confiance concernant leurs compétences », rapporte Corinne Morvan, responsable du centre de formation. En février 2024, la fondation décide de créer un organisme dédié et de proposer des formations certifiées Qualiopi*, notamment en simulation sur des thématiques variées (stomathérapie, gestion des urgences, soins palliatifs). « Nous les proposons en interne et nous les vendons aux structures environnantes, fait-elle savoir. Pour les soignants, tout l’intérêt de la simulation est d’apprendre à effectuer les bons gestes au bon moment. »

Ces journées sont organisées depuis 2024, cinq fois par an, à destination des infirmiers et des aides-soignants, parfois des internes, des infirmiers en pratiques avancées (IPA) et des étudiants en soins infirmiers. Tous interviennent sur des scénarios en lien avec la gestion des urgences vitales : arrêt cardiaque, état de choc, etc. « La simulation permet de diversifier les méthodes pour impacter les apprentissages, et ainsi mieux retenir les enseignements dans le temps », soutient Lionel Henriques. D’ailleurs, la Haute Autorité de santé (HAS) recommande que les outils de simulation soient inscrits dans la formation continue des soignants. Ils font également partie des critères optionnels pour la certification des établissements de santé.

Le briefing avant de débuter la session

Avant de commencer concrètement une séance de simulation, Lionel Henriques et le Dr Leila Lavagna effectuent toujours un briefing. Après un bref historique sur la place de la simulation dans le système de santé et au sein de l’établissement, ils réalisent un tour de table des neuf participants afin que chacun partage ses connaissances sur la simulation et donne son ressenti ainsi que ses attentes concernant cette journée de formation. « J’ai déjà fait de la simulation, et je trouve que ce format est très intéressant car il permet de réviser nos connaissances sur la journée », estime Catherine, infirmière en pratique avancée. « La simulation permet une mise en situation réelle, poursuit Anne, infirmière en soins palliatifs. C’est plus parlant que de n’avoir que de la théorie et les enseignements restent davantage dans l’esprit. » D’autres soignants confient être stressés par la séance, notamment sur le fait d’être filmés. « Mon service a testé la simulation avant qu’elle ne soit officialisée dans le centre de formation, rapporte Justice, infirmière. Certes, il y a un côté théâtral et surjoué, et on craint toujours un peu le jugement des autres. Mais cela aide à mieux réagir en situation réelle. »

Tirer les enseignements par le débriefing  

Chaque session de simulation est suivie de 45 minutes de débriefing, afin de tirer des enseignements de la situation clinique étudiée. Lionel Henriques commence par demander aux participants leur ressenti. Si trois d’entre eux se sentent plutôt bien, l’une des infirmières confie s’être sentie stressée. « Je suis arrivée dans la chambre et je me suis demandée si j’étais efficace par rapport aux autres », partage-t-elle. Globalement, l’équipe a correctement pris en charge le patient. Ils ont déclaré son arrêt cardiaque après 53 secondes passées dans la chambre. Le médecin en profite d’ailleurs pour demander aux participants les signes d’un arrêt cardio-respiratoire.

Chacun analyse également la prise en charge qu’il a proposée et ce qu’il aurait pu faire différemment. Les deux formateurs les poussent dans leur réflexion et leur raisonnement, mettent en avant leur travail d’équipe, discutent de la pratique, de la gestion du stress, du partage des connaissances et des compétences, et surtout de l’importance de communiquer entre eux. « Il est indispensable d’être cohérent sur le plan de la communication », insiste Lionel Henriques. « A titre d’exemple, lorsque vous appelez un médecin urgentiste, vous devez toujours formuler clairement votre demande, c’est essentiel », rappelle le Dr Lavagna.

Ce projet de simulation s’inscrit dans la culture du risque. « Je dis toujours aux participants que si l’on se trompe lors d’une session, ce n’est pas grave, c’est même constructif, soutient Lionel Henriques. Le message peut sembler surprenant, mais c’est grâce à l’erreur qu’ils vont retenir. » « L’objectif avec la simulation est avant tout de travailler ensemble et d’accepter que l’erreur soit inhérente à l’apprentissage, sans oublier que cela permet de mettre en œuvre le principe selon lequel un soignant ne doit jamais réaliser un acte pour la première fois sur un patient », conclut le Dr Lavagna.

* Qualiopi est la marque unique de certification qualité des prestataires d'actions concourant au développement des compétences en France (organismes de formation, centres de bilan de compétences, VAE et apprentissage).

 

 

 

 

Laure Martin

Source : infirmiers.com