Forum : Psychiatrie

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Messagepar AmThLi » 08 Aoû 2014 10:48

Je continue dans le passage en revue des grands lieux communs de la psychiatrie, des îlots "repères" parsemant la mer d'inconnu (je vous laisse chercher tous les signifiants qui se cachent dans cette métaphore, petit jeu de plage lacanien en somme). Après avoir vaguement abordé la question de l'atelier thérapeutique puis lancé un sujet un peu plus conséquent, du moins je l'espère, sur le médicament, je propose de discuter ici de cette pièce affectueusement surnommée "mitard" par un des patients d'un service où j'ai zoné comme temporaire d'été il y a deux ans.

Il faudrait, au passage - si j'ose dire ! -, que je lance un fanzine psychiatrique, il y a matière...

Déjà sur les noms dont elle est affublée : "chambre d'isolement" (le plus répandu) : ça a le mérite d'être clair... ; "chambre d'attention", vocable un peu plus pudique, mais attention à quoi ? Pourquoi pas si c'est parce que celui qui s'y trouve, on lui porte une attention un peu plus soutenue en raison de son état clinique, ou bien parce que c'est un lieu où l'on recentre son attention, ou que l'on fait attention à soi, etc... pour ma part c'est le vocable qui me déplait le moins , vous l'aurez compris ; "chambre de soins intensifs", celui qui me fait le plus rire puisque c'est souvent dans les services où l'on nomme ainsi cet endroit (en référence aux soins généraux et ça n'est pas innocent puisqu'on gomme une certaine spécificité psychiatrique) que l'on pratique le soin intensif médicamenteux, contentionnaire, et qu'en plus ladite chambre est dotée d'une caméra, pour un loft story psy intimiste.

Il y a sans doute d'autres appellations locales, au gré des patois novlanguesques... Partageons ici nos préférés !

Passons maintenant à sa fonction, réelle ou supposée.
D'une part rappelons qu'il y a des indications médicales précises à une mise en chambre surtout en cas d'urgence (l'urgence existe en psychiatrie même si elle est rare et souvent relative). Il me semble, de ce que j'en ai retenu, que ce sont les états maniaques graves, les états délirants d'une part lorsque la personne peut de fait se mettre ou mettre les autres en danger et d'autre part lorsque le délire, nourri des stimuli extérieurs, la propulse dans la stratosphère du psychisme, et enfin le risque suicidaire majeur.
Il y a aussi l'idée d'hétéro ou auto agressivité mais cette indication me semble plus discutable sur son caractère absolu puisque la violence gratuite n'existe pas en psychiatrie.

D'autre part notons aussi que l'isolement, du moins spatial puisque, comme le disait Bruno sur un autre topic cet isolement ne doit être que spatial, et non relationnel, ne doit répondre qu'à un impératif thérapeutique et en aucun cas disciplinaire.

Ce qui amène à discuter de certaines de nos pratiques.

- D'une part, donc, et plus courant qu'il n'y parait, l'isolement disciplinaire. Il prend selon moi deux formes qui se combinent. D'une part, un isolement à la fois spatial et relationnel : on fout la personne à l'écart ,dans une piaule fermée à clé, on lui donne les traitements, on lui demande comment ça va, et on s'arrête là.
C'est un peu léger et surtout ça renforce l'impression que l'on est puni, on a "fauté" donc les soignants nous mettent à l'écart et ne nous parlent plus. Un peu comme si on se faisait mettre au coin !
Par ailleurs, et c'est souvent plus à cela que l'on pense, l'isolement à la fois décidé (médicalement OU par les infirmiers car parfois la mise en chambre se fait avant que le médecin soit informé, qu'on ne me dise pas ceci ou cela, on l'a tous vu, voire tous fait, à tort ou à raison !) parce que le patient a "un comportement inadapté" : traduire qu'il nous fait chier ou fait chier les autres.
Or faire chier, ça n'est pas un symptôme en soi.
Mettre quelqu'un en iso car il ne prend pas son traitement, car il a tapé machin, car il ne "respecte pas le cadre" (j'ai même vu un patient mis en iso car il dealait du shit dans l'unité, on croit rêvé, en plus c'était une décision médicale, le service prend le relai des flics, magnifique !), c'est punitif car on se contente de traiter un écart à la "norme sociale" en vigueur dans l'unité, sans interroger le pourquoi du comment, préalable indispensable à tout acte thérapeutique.
Je parle là au niveau infirmier, les médecins ne sont pas seuls dépositaires de cette réflexion, surtout que ce ne sont pas eux qui procèdent à la mise en isolement.
Je sais qu'il y a des services, il y en avait un qui était connu ici, j'ignore si c'est toujours le cas, mais il était connu ici pour procéder à des isolements punitifs assumés : lorsqu'un patient haussait trop le ton, ou tapait, c'était 2h d'isolement pour "faire de l'éducatif". Une mise au coin ! Le pyjama représente le bonnet d'âne symbolique ? On assistait aussi à des mises en iso prescrites pour X jours, comme ça, paf, d'emblée, reconduites toutes les 24h pour satisfaire aux exigences administratives mais sans remise en question, car, et là c'était médical, il était décidé que le patient devait rester X jours en isolement avec piqures dans le cul associées, pour lui faire les pieds sans doute.

Rien que là dessus, on voit qu'on peut se poser pas mal de question. Comment demander aux patients de ne pas vivre l'isolement comme punitif et donc comme une frustration, une pure privation de liberté, si c'est là la conception plus ou moins consciente que l'on en a ? On voit d'ailleurs que l'on interroges d'autres lieux communs de la psychiatrie tels que "le cadre de soin", notion qui au passage me fait bien rigoler tant elle est floue et sujette à l'arbitraire le plus total.
Mais j'en reparlerai.

Je ne parlerai pas de l'isolement spatial mais pas relationnel, car je désire que Bruno en reparle vu que c'est son idée et je n'aime pas piquer les idées des autres, s'il ne passe pas par ici je renvoie au topic sur le soin relationnel dont il me semble que c'était le lieu virtuel où il avait abordé la question en citant je ne sais plus quel psychanalyste qui disait quelque chose de bien là dessus.
Mais en gros, l'isolement n'est pas la mise à l'écart sinon on renforce le symptôme psychotique. D'où de nombreuses situations d'isolement contre-productives.
Et on se plaint que le patient force le passage pour sortir ! Le problème est souvent pris à l'envers !
Que dire également des diverses menaces à l'isolement : "si vous prenez pas votre traitement/que vous fuguez/que vous respectez pas le cadre/que vous clopez dans les locaux/que vous tapez/que vous pétez de travers, c'est la chambre d'iso !".

Je conclus par une petite vignette clinique destinée à illustrer le caractère à tout le moins ambigu de la question.
Nous avons reçu dans le service un patient sans nul doute psychotique, très vraisemblablement schizophrène. Il a fait un petit séjour en unité fermée avant d'être accueilli en unité ouverte.
Ce patient, en plus d'être quelque peu discordant et délirant, présente de façon flagrante selon moi une tendance à s'isoler, ou plutôt à se couper des autres. On peut discuter de cette tendance, de pourquoi les psychotiques font ça, est-ce une manifestation en soi ou une défense contre le risque fusionnel d'avec l'autre, mais en tout cas, ce monsieur s'isole. Lorsqu'il participe à l'atelier que j'anime avec une autre infirmière, il reste très peu à chaque fois et je soupçonne que ça soit du à la présence d'autres personne dans une petite pièce.
Bref, ce patient, à plusieurs reprises, a demandé "à être mis en isolement".
Il l'a demandé comme ça.
La première fois, il l'a demandé en sautant sur un collègue, ledit collègue spécifiant clairement que ce n'était même pas de l'agressivité mais une demande d'être contenu.
Ensuite il a demandé une ou deux fois à être mis en isolement car "ça monte comme quand j'ai sauté sur machin l'autre soir".
Bon, soit...
Puis il a tenté d'"étrangler" une collègue et je mets de gros guillemets... Isolement.
Systématiquement cela se passe le soir, peu avant que la nuit tombe, moment fortement anxiogène on le sait, et l'isolement est levé le lendemain.
Ce qui fait dire à certains que ce patient présente "un risque de passage à l'acte", ou "qu'il va clasher".
Pour ma part je me suis demandé, sans avoir de réponse à ce sujet, si ses demandes d'être mis en isolement, et j'insiste, la demande est formulée en ces termes précis, ne constituent pas de la part de ce patient une tentative d'utiliser cette pièce pour s'isoler, se couper des autres d'une manière plus aigue à un moment où l'anxiété est possiblement plus intense chez lui.

C'est là que l'on se dit que notre rapport de soignant à cette pièce a une importance fondamentale car si un patient s'en sert pour s'isoler et physiquement et psychiquement des autres, c'est qu'il a reçu le message inconscient que cela servait à ça. Soit dans la façon dont nous soignants en parlons, soit dans la façon dont nous organisons les soins et notre présence dans cette chambre, etc...

Je peux me tromper sur mon interprétation de cette demande mais certains indices (isolements courts, pseudo-agressivité ressemblant clairement à une demande d'être isolé ou demandes "texto" d'être "mis en isolement", etc...).
Attention loin de moi l'idée de nier la réalité de l'anxiété et de la souffrance de ce patient qui le fait chercher à s'isoler des autres, ce qui me questionne c'est le moyen qu'il trouve, ponctuellement, paroxystiquement, pour cela, et la façon que nous avons de répondre à cette demande.

Voilà ce que j'ai à partager sur cette question. J'espère que cette introduction un peu longue suscitera réactions, débats et commentaires !
Partageons ici sur notre pratique et notre ressenti.

PS :

J'aimerais ajouter un point rapide sur les caméras dans les chambres d'isolement : incroyable !! C'est la pire des choses, surtout quand on sait combien les psychotiques délirent et angoissent vis à vis du regard de l'Autre et de leur position par rapport à celui ci (avec tout ce que le regard peut incarner surtout si l'Autre est une caméra, un autre vide quoi, un pur organe visuel sans enveloppe corporelle).

Par ailleurs, je propose que ce lieu soit aussi celui où l'on propose des idées pour améliorer notre pratique, comment chacun fait et pourquoi il pense qu'il faut faire comme ça, pour ma part je crois qu'à part dans des moments très féconds, productifs et explosifs de délire ou de manie où il vaut mieux ne pas trop parler, il faut maintenir le plus possible le lien de parole avec la personne en isolement en passant régulièrement la voir. Il ne faut pas la laisser seule avec son angoisse, son sentiment d'enfermement...
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Messagepar augusta » 08 Aoû 2014 11:16

On dit aussi "chambre d'apaisement"....

Je trouve ton post intéressant, malgré de nombreux jugements présents.

Pour le coup des caméras, je pense qu'il convient de nuancer un peu. La mise en place de ce système peut être en lien avec l'histoire du service. Enfin j'ai un exemple bien précis en tête. Ce que je veux dire c'est que parfois, des choses, des décisions qui peuvent d'un premier abord sembler aberrantes, ne le sont pas quand on connait l'histoire du service.
D'autre part, tout dépend aussi de comment est utilisée cette caméra. Cela peut se faire de façon très "pudique" (je l'ai vu).

La chambre d'iso est aussi utilisée pour son rôle contenant. Tu n'utilises pas ce terme qui me parait bien important pourtant.

Jamais je n'ai vu son utilisation prescrite de façon abusive/punitive.
Il faut quand même rappeler que son utilisation, même s'il y a des dérives dans certains services, peut aussi se faire à bon escient.

En ce qui concerne ton cas clinique, j'ai quelques questions qui me viennent comme ça:
- pourquoi ne pas répondre à une demande qui ne parait pas forcement déconnante (d'après ce que tu décris).
- pourquoi ne pas réfléchir en équipe à une autre manière d'isoler? (dans sa chambre, en chambre d'iso, mais sans fermer la porte, pour un temps donné?.....par exemple).
- y a-t-il eu une réflexion d'équipe sur ce type de demande?
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Messagepar AmThLi » 08 Aoû 2014 11:40

Il y a sans doute du jugement puisque toute position est subjective et amène donc à donner son avis.

Pourquoi pas appeler cela "chambre d'apaisement" en effet.

Pour les caméras, comme on dit, l'enfer est pavé de bonnes intentions. Je suis d'accord, comme toute chose leur présence peut s'expliquer dans l'histoire du service. Mais cela ne valide pas pour autant leur présence. Il faut se demander : à quoi servent-elles qui ne puisse être fait autrement ? Ne répondent-elles pas avant tout à des angoisses (suicide en iso, patient planqué dans un recoin qui saute sur le premier soignant qui entre...). Ce sont des questions, pas des jugements ;)

Je n'ai pas utilisé le terme "contenant" mais quand je parle de l'indication pour la crise maniaque (j'aurais aussi pu parler de la chambre d'attention pour les patients trop morcelés et angoissés), c'est de cela dont il est question. Cela dit je relativise un peu car vu les nouvelles normes pour les CI (grandes, avec des toilettes dans un recoin, grandes fenêtres...) je ne vois pas bien ce qu'elles peuvent contenir.

Attention je ne critique par le principe de la chambre d'attention, mais ses dérives.
Et autant certains services n'en font pas une utilisation abusive ou punitives, autant d'autres le font à tout va, il convient alors dans un premier temps de réfléchir à ce qui se passe, au pourquoi du comment, sans juger les gens (soignants, médecins...), puis envisager une pratique alternative. Souvent la chambre d'iso ne peut se comprendre dans son utilisation que relativement à la pratique globale du service. Une utilisation punitive de la CI est souvent le reflet d'une pratique globalement punitive dans le service.

Pour répondre à tes questions :

- Il n'est pas question de ne pas répondre à ladite demande mais de la questionner avant de s'y précipiter d'emblée la prochaine fois que la situation se présente. Une autre alternative de soin peut peut-être se voir proposée à ce patient ?

- En effet il le faudrait mais je ne souhaite pas rentrer dans le détail de la soupe interne. Nous dirons simplement qu'il faut absolument des réunions d'équipe dignes de ce nom où discuter de ces choses.

- Sans doute mais individuellement, et sans mise en commun formelle dans des temps à tout le moins d'analyse de pratique (même appelées autrement : réunion clinique, réunion d'équipe, réunion de synthèse...), cela reste des réflexions morcelées et éparses, naviguant de temps de transmissions en pauses café...
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Messagepar camillou38 » 13 Aoû 2014 14:44

Des signifiants bien trouvés, mon préféré restant le passage, entre le pas sage que l'on isole et le passage dans la chambre d’isolement, bien que le « parsemage » d’inconnu par le père face forte impression.
La dénomination de chambre d’attention, je ne connaissais pas. Chambre fermé, ou le doux nommé chambre d’apaisement sont plus commun. La chambre de surveillance fait parfois son apparition, souvent suivi d’un magistral « mais non monsieur (ou madame) nous ne sommes pas des gardiens mais des soignants ». J’aime bien l’idée de Paul DENIS qui parle de chambre de communication, je me permets de reprendre le passage d’un livre cité par Brrruno dans la discussion sur la contention
Je cite le livre de F. QUARTIER qui relate un échange avec le psychanalyste Paul DENIS
"- Je me demandais s'il ne pouvait pas y avoir un effet finalement paradoxal dans la situation des chambres d'isolement car, dans une certaine mesure, on enferme le patient dans son monde interne. C'est ce mouvement qui risque de favoriser la réorganisation autour de la haine et de conduire le patient à se cramponner à la projection dont vous parliez pour survivre psychiquement à cette situation d'enfermement
- Paul DENIS : C'est vrai, parce que le fait de se mettre en colère contre les soignants, c'est aussi une façon de se réorganiser et de survivre psychiquement à l'enfermement. En effet, très rapidement, la situation a des effets pervers si on ne l'utilise pas pour rétablir une communication. C'est pour ça que toute chambre d'isolement devrait être une chambre d'isolement sur le plan de l'agir mais simultanément une chambre de communication sur le plan psychique [...] il faut lui fournir, par une forme de conversation, des supports qui lui permettent de rétablir un tissu de représentations utilisable pour lui. "
Je m'arrête là mais l'entretien continue sur l'importance de la diminution de la projection dans le rétablissement de la relation.
Ce court texte donne l’ouverture à une réflexion intéressante sur l’abord d’un patient et la gestion de la violence. Bien sur le patient avant d’être mis en isolement est « agité » mais il faut avoir à l’esprit que l’on va dans un premier temps créer ou faire une surenchère à la violence par la mise en isolement, il est alors nécessaire de trouver des mots juste, parfois un relais ou autre qui ne laisse pas le patient dans un vide qu’il ne pourra combler que par plus de morcellement.
Sur la question de l’urgence, je mets en lien une entame de Guy BAILLON http://blogs.mediapart.fr/edition/conte ... ie-en-2014 qui bien que ne faisant pas référence à la chambre d’isolement pointe un aspect primordial de toutes situations qui est l’accueil (du patient, de son entourage ou des ses productions).
Dans les « indications » de mise en chambre d’isolement personnellement je rapprocherai l’auto et hétéro-agressivité de la mise en danger de soi ou des autres. Ceci dit je ne suis pas sur qu’il faille (de falloir et non pas de faillir) définir des indications, au risque (souvent observable) d’une réponse immédiate par la chambre d’isolement lors de l’observation des signes indicateurs. La chambre d’isolement et la conséquence de « l’échec » (ou de la non-accroche par le patient) d’autres tentatives de résolution de la crise.
Personnellement et pour préserver ma tension je ne reviendrais pas sur l’isolement punitif qui n’a pas lieu d’être dans des unités de soins. Par rapport à la décision d’un isolement par les infirmiers, je ferai juste le rappel que l’infirmier peut prendre des mesures d’urgences sans avis médical préalable mais qu’il faut qu’un médecin vienne valider (dans l’heure ou autre selon les hôpitaux). A mon avis cela donne la latitude à l’équipe de ne pas se « jeter » sur le médecin avant qu’il parte s’ils ont l’impression qu’un patient pourrait se mettre en danger et évite des « isolements trop préventifs ».
Les angoisses vespérales sont très fréquentes et viennent parfois intensifier le délire. La chambre d’isolement à « l’avantage » d’être une chambre seule et à proximité de l’équipe soignante. Cela peut être questionné avec le patient. Je pense à une patiente qui demandait à dormir en chambre d’isolement parce que le wc de sa chambre était plus haut et ses pieds ne touchant plus le sol elle avait peur d’être aspirée dans le trou ; il a fallut de nombreuses discussions avant d’en avoir l’explication mais avant toute chose il a été nécessaire de se détacher de ce qu’on voulais lui faire dire (chambre trop éloignée, peur du patient de la chambre d'en face, besoin d'un espace contenant...). La réponse est arrivée autour d’une tisane.
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Messagepar AmThLi » 13 Aoû 2014 15:04

Merci pour ta contribution. Pas mal vu le pas-sage hé hé...

Les tisanes règlent bien des problèmes. J'aimais beaucoup lire mon nom à la case "tisane" sur la grille journalière de la Chesnaie quand j'y étais stagiaire, j'aimais beaucoup y aller.
Pour revenir et rebondir sur cette tisane, l'autre soir le patient en question nous a resollicité pour aller en isolement vers 22h. Je lui ai d'emblée demandé pourquoi il voulait la CI.

On a résolu le truc en appelant l'interne de garde, appel qui en soi l'a rassuré, et en l'invitant à boire une verveine dans le bureau infirmier, qui a eu plus d'effet relaxant par son caractère convivial que de lui avoir filé tous ses traitements de nuit une demi heure plus tot.
Il s'est apaisé, a pu nous expliquer un peu plus ce qu'il mettait comme idée autour de cette chambre, et à nous et à l'interne, et les jours suivant, une réflexion s'est amorcée autour de cette demande qu'il a renouvelé et qui cette fois-ci n'a pas été "comblée" sans réfléchir.
Cet après midi il a pu me dire que de s'isoler des autres "faisait partie de sa maladie".

EDIT :

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Messagepar dan65 » 26 Aoû 2014 23:03

Dans mon hosto c'est une "chambre de sérénité" :roll: .. Nous n'avons pas de chambre d'iso dans mon unité pour ados en crise et donc nous devons faire appel aux services adultes lorsque le besoin se fait sentir. Par contre nous avons travaillé sur un concept de chambre où l'on peut permettre à l'ado de s'isoler un moment dans un lieu qui rappelle un peu les salles snoezelen avec lumière douce, tatamis, poufs. La chambre n'est pas fermée, la mise en chambre se fait avec l'accord de l'ado agité, cela nous laisse un sas entre le traitement si besoin per os, l'éventuelle injection ou l'isolement chez les adultes.
On a eu un cas intéressant dernièrement : l'ado de 15 ans, politoxico, vivant dans la rue, s'est montré rapidement en état de toute puissance, insultant les soignants, se cachant sous les lits des ados filles, refusant de regagner sa chambre etc. Après deux épisodes nocturnes d'agitation et une prescription d'isolement si besoin, mon collègue et moi avons retrouvé du matériel dérobé dans l'unité dans son placard, avec une intention évidente de fugue. Dénégations de notre ado, nous décidons immédiatement de demander l'isolement qui se fait effectivement.
Je reviens bosser 2 jours plus tard et retrouve un ado apaisé, prêt à réfléchir sur lui-même, son avenir, demandant même un cahier de vacances ! Bien sûr tout n'est pas rose et il y a parfois quelques "remontées", mais il semble que 24h d'isolement l'ont arrêté au sens propre du terme. Parallèlement nous avons également un jeune de 11 ans hyperactif, logorrhéique, avec une tachypsychie importante, pour qui l'isolement n'est pas prescrit compte tenu de l'âge, mais que nous pouvons calmer sur de longs temps en le mettant en relation duelle sur une activité avec un soignant (sauf que l'autre doit se farcir le groupe :lol: ). D'où une réflexion à avoir sur d'autres isolements que la chambre d'isolement...
Merci à nos collègues psy qui nous font un peu turbiner et nous donnent du grain à moudre, on ne se penche jamais assez sur sa pratique, le tout c'est de pouvoir s'en relever sans lumbago :clin: .
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Messagepar augusta » 27 Aoû 2014 08:42

Ton post Dan montre combien il n'y a pas de règles à suivre....
Et surtout combien il peut être néfaste (pour ceux que nous prenons en charge) d'avoir des certitudes.
Bien sûr qu'il est intéressant de réfléchir à "d'autres isolements plutôt que la chambre d'iso".

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Messagepar AmThLi » 27 Aoû 2014 11:51

Non, il n'y a pas de règles à suivre puisque chaque personne est différente, il faut se baser sur la clinique, qu'est ce que le patient dit et fait et essayer de voir ce qu'on peut lui proposer.
Je dirais que la seule règle c'est de ne pas être bêtement plaqué sur le symptôme et de tenter de voir "ce que ça dit".

Pour donner la fin de l'histoire avec ce fameux patient dont je parlais dans mon premier post, il va un peu mieux, depuis que l'on a arrêté de répondre d'emblée à sa demande et qu'on a mené avec lui ce questionnement sur ce qu'il y entendait vraiment.
La parole soigne plus que l'isolement. Parfois l'isolement peut être nécessaire à la construction ou la survenue d'une parole un peu plus thérapeutique, c'est tout.
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Messagepar cassandre82 » 25 Nov 2014 13:08

bonjour
je fais remonter ce post fort intéressant

je pense que la chambre d'iso (même l'isolement en général) tout comme les contentions feront toujours parler et débattre.
une collègue m'a dit il y a peu "tant que l'on se pose des questions sur son utilisation et sur ce qu'on peut mettre en place pour l'éviter dans certains cas, c'est normal et c'est bien. quand on arrête de se poser des questions et qu'on fait sans réfléchir, c'est là où ce n'est plus normal".
donc je trouve intéressant que ce post ouvre le débat sur ce sujet.

j'ai trouvé un petit texte sur un hôpital qui a modifié sa chambre d'isolement... peut être une piste de réflexion.... voici le lien :

http://prevention.sham.fr/Risques-medic ... -isolement

quand pensez-vous ?
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Messagepar brrruno » 25 Nov 2014 17:58

Bonsoir,
Je n'est pas encore pris le temps de lire le texte joint donc pas encore eu le temps de penser (quand pensez vous ? Ou qu'en pensez vous !)
Sinon effectivement c'est toujours mieux de s'interroger sur comment éviter. C'est du moins un peu plus humain
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Messagepar cassandre82 » 25 Nov 2014 19:07

ah oui "qu'en pensez vous ?".... lol. j'avais même pas vu ma faute.
quoique "quand pensez vous ?" dans certains cas, ça pourrait se dire.... lol
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Messagepar AmThLi » 25 Nov 2014 21:50

J'ai entendu parler de ces espaces d'apaisement.

Après, il faut faire attention. Il n'y a pas d'enfermement "à visage humain". Passé ce postulat, il convient de réfléchir à la pratique contenante du service qui peut passer par une chambre à stimuli réduits. L'idéal c'est qu'elle soit pas considérée comme "chambre d'isolement". Dans une des clinique institutionnelles du Loir-et-cher, on l'appelle "chambre de cure". Il y a une partie de la grille journalière consacrée à cette dernière avec le nom du moniteur qui est préposé à s'occuper de la personne en cure (à sa demande), et ce soignant ne s'occupe que de ce pensionnaire tout son temps de service (un le matin, un le soir) : c'est donc une présence permanente auprès de la personne malgré qu'il soit dans ce qui ressemble à une chambre d'attention (qui pour le coup porterait bien ce nom là).
J'aime bien cette idée même si elle est forcément imparfaite. C'est l'idée du soin psychiatrique intensif mais le but est quand même de passer à un contenant physique (la chambre) à un contenant de parole, d'où cette présence continue du soignant.
Je pense que ça rejoint l'extrait d'interview qu'avait posté Bruno. Et si c'est bien fait on est pas dans l'enfermement.

La contrainte (celle sur les équipes) est bien sûr différente en service d'entrants. Mais c'est bien de savoir ce qui se fait ailleurs.
Autant que je me souvienne, ce lieu est assez peu utilisé dans cette clinique. Je l'ai vu une fois, sur une semaine, avec une constellation à la clé (sorte de synthèse).

EDIT après avoir lu l'article sur la chambre d'apaisement, j'ai quand même une remarque à faire sur le choix, ignoble sur le papier, des couleurs de décoration... En la matière je crois qu'une sobriété un peu plus marquée aurait été de meilleur goût. Je ne crois pas à ces intellectualisations de niveau PMU-pilier de comptoir vis à vis du choix de celles-ci.
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Messagepar brrruno » 25 Nov 2014 22:38

Pour l'enfermement à visage humain il dépend de la définition que l'on met d'enfermement et comment on l'associe à une réflexion du prendre soin. Non pas dans une pseudo excuse thérapeutique ou simplement sous couvert d'une protection mais dans une vraie relation à l'autre. Enfermer (même s'il le suscite fortement) n'est pas laisser un patient seul dans une pièce.
Mais pour le coup je dirais que le postulat dont il faut partir en psychiatrie c'est que la sécurité d'un patient passe par son accompagnement intense. Sinon je pense que tu illustres très bien l'extrait que j'avais cité.

Pour le choix des couleurs je ne me prononcerais pas de cette manière, je pense qu'il est important pour les soignants qu'ils se sentent en cohérence avec ce qu'ils souhaitent y faire.
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Messagepar cassandre82 » 26 Nov 2014 16:49

brrruno a écrit :EDIT après avoir lu l'article sur la chambre d'apaisement, j'ai quand même une remarque à faire sur le choix, ignoble sur le papier, des couleurs de décoration... En la matière je crois qu'une sobriété un peu plus marquée aurait été de meilleur goût.


je ne sais pas comment a été pensé ce projet de chambre d'apaisement (car mon article c'est juste un bref résumé, un petit texte pour développer le débat) mais c'est vrai que dans la façon dont est formulé le texte, le choix des couleurs est assez original... cette chambre à l'air assez colorée... après pourquoi pas...

brrruno a écrit :Pour le choix des couleurs je ne me prononcerais pas de cette manière, je pense qu'il est important pour les soignants qu'ils se sentent en cohérence avec ce qu'ils souhaitent y faire.


effectivement ils ont sans doute mûrement réfléchi leur choix des couleurs...

mon petit texte, comme ton exemple AmThLi de la chambre de cure (dont je n'avais jamais entendu parler avant), montre qu'il existe différentes façons de voir et de "pratiquer" la chambre d'isolement.

pour ton questionnement de départ AmThLI, durant ma courte expérience d'eide puis d'ide, voici les différents termes que j'ai pu entendre : chambre d'isolement, d'apaisement, de sérénité, de sûreté, de sécurité, de repos...
mais finalement au fond la fonction est la même quelque soit l'appellation : aider le patient à aller mieux.
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Messagepar AmThLi » 27 Nov 2014 19:00

Je ne suis pas sûr que ta dernière remarque se vérifie à chaque fois.
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