Infirmier à bord d’un hélico du SAMU : « Le plus gros du travail, est celui que l’on ne voit pas »

Publié le 23/10/2026

Gaël de Beaudrap est infirmier au Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) de Marseille. A 56 ans, il a une vision d’ensemble des soins d’urgence. Il nous explique l’importance de l’hélicoptère dans son travail au quotidien.

Hélico AP-HM

« Pour exercer au SMUR (Structure mobile d'urgence et de réanimation), il faut acquérir une expérience la plus variée possible parce que l’on peut être amené à tout faire : de l'accouchement à la mort, et ce, dans n'importe quel lieu. Pour ma part, j'ai commencé en soins intensifs de cardiologie, raconte-t-il. Puis, j’ai enchaîné trois ans en réanimation polyvalente, avant de travailler pour le centre des grands brûlés de l’Assistance Publique- Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Il s’agit d’un service très particulier, mais très formateur. Puis, dès que j’en ai eu l’occasion, j’ai postulé au SAMU. Et cela fait 26 ans que j’y suis. »

Une journée type

À Marseille, sept équipes médicales du SMUR sont en capacité d'intervenir 24 heures sur 24. Sur ces sept équipes, quatre sont blanches et affiliées à l’AP-HM et trois équipes sont des marins-pompiers.

« Lorsque l’on prend son poste au SMUR, on regarde tout d’abord sur quel véhicule on est affecté, explique Gaël. Alors qu’à l’hôpital on effectue une relève sur les malades, au SMUR, c’est sur le matériel. En effet, l’une des étapes les plus importantes de notre travail repose sur la vérification de ce matériel et de son état de fonctionnement. On contrôle tout de A à Z, de la seringue au boulon du camion. À l'hôpital, lorsqu’il manque une tubulure de perfusion, il est possible de la chercher dans le service d’à côté. En revanche, quand on est au domicile du malade, sous une voiture ou dans un hélicoptère, on ne peut pas se permettre d’avoir oublié quelque chose. Cette étape de vérification prend un peu de temps, sachant qu'évidemment, quand on fait cela, on est toujours disponible et ça peut sonner à n'importe quel moment. »

Passé cette phase, comme dans tous les services, les missions sont transversales :  elles vont du rangement à la préparation de commandes pour les sites périphériques en passant par de la pharmacie. A ces tâches quotidiennes vient s’ajouter la logistique de la préparation aux situations sanitaires exceptionnelles. « On peut penser que notre métier consiste à jouer les cow-boys dans des hélicoptères et des camions. En réalité, je dirais que cet aspect, c'est presque la cerise sur le gâteau. Le plus gros du travail est celui que l’on ne voit pas, mais qui est indispensable au bon déroulé des interventions. Sans compter, qu’à tout cela s’ajoute le travail d'études et de recherches à mener sur l'amélioration des pratiques professionnelles. »

Hélicoptère AP-HM

Les véhicules

L’hélicoptère est également vérifié à cette étape-là. « Concrètement, on monte sur la piste d'hélicoptère et on valide en même temps avec le personnel navigant, donc notre pilote et l'assistant de vol, que tout est ok. Lorsque l’on est en vol, on est en vol. On ne peut pas s'arrêter. Il faut que tout soit vraiment parfait pour éviter de mauvaises surprises côté matériel. » Le camion est bien entendu aussi examiné.

L'objectif, quand on utilise l’hélicoptère, est évidemment de gagner du temps pour le patient, aussi bien, en primaire, pour essayer de lui sauver la vie, qu’en secondaire, pour le ramener sur un bloc opératoire ou sur une unité de cardiologie.

Les interventions

Le métier consiste à aller chercher des patients en détresse vitale, réelles ou supposées. Dans ce cadre-là, les infirmiers sont confrontés à deux types d'interventions : les interventions primaires (accident de la route, infarctus au travail, chute d'un arbre...) pour lesquelles, ils cherchent le patient là où il se trouve. « On essaye de poser un diagnostic, on commence à traiter le patient et on le ramène le plus vite possible à l'hôpital. »

Le deuxième type d’interventions est appelé « transferts secondaires ». Dans ce cas-là, les infirmiers cherchent des patients qui sont dans des hôpitaux périphériques et dont le plateau technique n'est pas suffisant pour s'occuper d'eux. Ils sont ramenés dans les grands hôpitaux en mesure de les accueillir. « L'objectif, quand on utilise l’hélicoptère, est évidemment de gagner du temps pour le patient, aussi bien, en primaire, pour essayer de lui sauver la vie, qu’en secondaire, pour le ramener sur un bloc opératoire ou sur une unité de cardiologie, précise Gaël. À chaque départ, et, à fortiori, un peu plus en hélicoptère, on a en tête le chronomètre qui tourne. Pendant le vol, il peut arriver que l’on aide le pilote et l'assistant de vol, notamment au niveau sécurité, lorsque l’on se pose sur l'autoroute ou dans un champ. C’est surtout au moment où l’hélicoptère se pose qu’on attend de nous une certaine rapidité de prise en charge pour aider à ramener le patient le plus vite possible. »

Le gain de temps est l'objectif primordial de l'utilisation de l'hélicoptère, pour tout type de malade - adulte, enfant-, et pour tout type de pathologie. Il existe très peu de contraintes empêchant l’utilisation de l'hélicoptère. « Parfois, les contraintes météo font que l’on ne peut pas rester sur place plus de 20 minutes. Avec l’hélicoptère, on subit vraiment cette pression de temps qui est plus importante que quand on est en intervention terrestre. »

Le SAMU

Le SAMU comprend trois unités : le centre de régulation des appels, ceux qui répondent au 15 ; les services mobiles d'urgence et de réanimation (SMUR), c’est-à-dire les camions, les hélicoptères, les voitures, et le centre d'enseignement des soins d'urgence. Il s’agit d’une partie du personnel du SAMU qui font de l'enseignement, en plus ou à la place de leur temps de travail.

A bord de l’hélicoptère

Il y a un pilote et un assistant de vol. Ce dernier est en charge de la radio et en capacité de poser l'hélicoptère si le pilote fait un malaise. Du côté des soignants, il y a au minimum un médecin et un infirmier. « En cas d’interventions primaires, notre conducteur ambulancier nous accompagne. Il connaît parfaitement tout le matériel, son utilisation et va pouvoir anticiper la réalisation de gestes techniques, que ce soit côté infirmier ou côté médecin. C'est une aide très bénéfique et malheureusement très mal reconnue. »

En cas de transport secondaire, l’hélicoptère peut avoir à son bord un étudiant en médecine, un interne ou un externe, qui va découvrir le travail, l'importance de la préparation du malade avant de le déplacer dans l'hélicoptère. « Même si les hélicoptères sont de plus en plus grands - autorisant même l’ajout d’une couveuse et donc de faire de la pédiatrie -, il faut vraiment être sûr de ne pas avoir coudé un morceau de tubulure, la seringue d'adrénaline... » S'il fait nuit, que l’éclairage est moyen, en cas de problème avec le malade, la solution peut être compliquée à trouver. Il y a donc un temps de préparation qui doit être fait sur place avant de décoller, primordial pour éviter des erreurs, ou simplement pour éviter des mauvaises surprises. Ceci, même si les vols sont relativement courts. A noter que les vols les plus longs durent une heure et demie.

Infirmier à bord d'un hélicoptère
Gaël de Beaudrap

Des équipes soudées

En 25 ans, Gaël a vécu un certain nombre de situations compliquées. « Celles en lien avec l'hélicoptère sont très stressantes lorsque l’on sait que l'on ne peut pas laisser le malade là où on est allé le chercher et que l’on prend la décision de le transporter en se disant : « ça passe ou bien ça casse. » En SMUR, les moyens de diagnostic sont très limités par rapport à l'hôpital. « Quand on prend des décisions médicales en urgence, elles sont le plus souvent collégiales. Les équipes du SMUR sont très soudées. Les échanges sont assez forts. » Et si on parle de l'hélicoptère, il y a un échange entre le personnel soignant et le personnel de bord. Pilote et assisant de vol ont besoin de savoir ce qui se passe à l’arrière, parce que parfois la situation s’aggrave pour le patient. « Dans ce cas, on a besoin de leur demander s’il est possible d’accélérer ou de se poser. Dans une ambulance, évidemment, cela n'a pas autant d'importance et d'incidence. » Souvent, les accidents en hélicoptère sont liés à une difficulté de communication entre les deux types de personnel.

Les qualités à avoir

« L’humilité est importante car on n'aura jamais la réponse à toutes les situations. La polyvalence également parce que l’on se retrouve dans n'importe quelle situation. On peut se poser dans un champ, sur un bateau, sur une île, sur un cargo... Et cette polyvalence ne peut s'acquérir que par l'expérience. » Quelques années d'expérience permettront probablement d'être de bons professionnels dans ce contexte d’urgences. Il est important de pouvoir utiliser ses compétences. « Si l’on est déstabilisé par la situation, on n’est pas en mesure d’utiliser ses compétences. Plus vous êtes polyvalent, plus vous allez pouvoir mobiliser vos connaissances pour vous adapter à la situation. »

Les infirmiers du SAMU sont amenés à travailler avec des pompiers, avec les forces de l'ordre, avec le RAID. Sachant, qu’au départ, ils ne sont pas formés pour travailler avec tous ces types de personnel.

Évolution du métier 

« Les évolutions sont techniques, professionnelles. Le matériel est de plus en plus qualitatif et, je trouve, qu'en termes de compétences, on est meilleur. En revanche, l’esprit d’équipe se perd un peu. On retrouve cela dans tous les services et c’est sans doute multifactoriel. Avant, après une intervention durant laquelle un bébé était mort subitement dans nos bras, on arrivait à prendre du temps pour échanger avec des collègues ayant vécu le même genre de situations. Aujourd'hui, c'est un peu moins facile. On nous propose de contacter la cellule médico-psychologique. Même si ce sont des professionnels formés, l’esprit de famille n’y est pas. »

Gaël de Beaudrap est infirmier au Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) de Marseille

 

 


 

 

Elise Kuntzelmann

Source : infirmiers.com