PRATIQUE INFIRMIÈRE

L’Ordre dénonce la fausse spécialité d’«infirmier esthétique»

Publié le 06/02/2026

La position de l’Ordre est claire : un infirmier ne peut se spécialiser dans la pratique des actes d’épilation ni se désigner comme «infirmier esthétique» car ce n’est pas une spécialité.

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Le décret du 24 mai 2024 a ouvert la possibilité pour les infirmiers de réaliser des actes d’épilation à la lumière pulsée intense ou au laser, à visée non thérapeutique. Cependant cette évolution ne constitue en aucun cas une nouvelle spécialité.

L’esthétique n’est pas une nouvelle spécialité

L’activité d’épilation autorisée ne crée pas une spécialisation reconnue. Elle ne permet ni de modifier l’intitulé professionnel ni de bâtir une identité commerciale autour de cette pratique. L’Ordre est explicite : l’usage des termes «infirmier esthétique» ou «infirmier lasériste» est interdit et constitue une faute déontologique. Impossible donc d’ouvrir un cabinet dédié exclusivement à cette pratique, même si certains actes sont désormais autorisés sous conditions très encadrées.

Une autorisation très encadrée

Dans les faits, l’infirmier peut pratiquer ces actes soit en libéral, à condition qu’ils s’intègrent dans son activité existante sans en devenir l’objet exclusif, soit en tant que salarié. Les IDE peuvent ainsi exercer dans un cabinet de médecine esthétique, à condition de se limiter strictement aux actes relevant de leurs compétences réglementaires.

Dans une publication récente, l’Ordre rappelle que «cette exception est strictement limitée à ces actes d’épilation et ne saurait en aucun cas être étendue à d’autres pratiques de médecine esthétique.». Autrement dit, les injections, peelings, actes dermatologiques ou toute autre procédure esthétique médicale restent en dehors du champ infirmier.

Un risque pénal : La réalisation d’un acte médical esthétique par une personne non habilitée expose à de lourdes conséquences. L’Ordre se réserve le droit de faire appliquer des sanctions disciplinaires ou des poursuites pénales voire même des fermetures d’établissements ou des injonctions administratives des autorités sanitaires, en cas de dépassement.

L’obligation de formation

L’accès à cette pratique repose d’abord sur une formation obligatoire. L’attestation délivrée doit être valide, visible sur le lieu d’exercice et transmise au Conseil départemental de l’Ordre avant le début de l’activité. Cette exigence vise à garantir un socle commun de sécurité et de maîtrise technique.

La couverture assurantielle peut également être amenée à évoluer. En effet, les actes esthétiques non thérapeutiques n’entrant pas dans le champ des soins remboursés, les contrats habituels peuvent ne pas suffire. Les professionnels doivent donc vérifier qu’ils disposent d’une assurance adaptée à ce type d’actes.

L’information du public fait aussi l’objet d’un encadrement précis. Une fiche explicative, rédigée dans des termes accessibles, doit être remise avant chaque séance. L’infirmier doit également surveiller l’absence d’effets indésirables après l’acte et déclarer tout incident grave via la plateforme officielle dédiée.

L’interdiction de toute logique commerciale

Enfin, toute publicité ou promotion liée à des actes esthétiques est prohibée. En effet, la profession infirmière ne peut être exercée comme un commerce.

Sont notamment interdits, les témoignages de patients, les photos «avant/après», les formulations suggestives sur les supports professionnels et sur les réseaux sociaux, avec notamment les jeux concours, ou les offres de lancement : «Les campagnes promotionnelles sur les réseaux sociaux sont strictement interdites car elles constituent une pratique commerciale incompatible avec les exigences de probité, de dignité et de loyauté imposées par le Code de déontologie infirmier».

L’Ordre appelle donc les infirmiers à la prudence et les invite «à exercer leur profession dans le strict respect du cadre légal et réglementaire, dans l’intérêt de la sécurité des patients et de la qualité des soins.» Une ligne directrice claire, qui vise avant tout à encadrer les pratiques et à garantir une prise en charge sûre pour les patients.

Sources : Legifrance,  Ordre National Infirmier

Corinne Pauline Nkondjock

Source : infirmiers.com