SANTÉ MENTALE

La santé mentale des jeunes et des femmes en première ligne selon une enquête

Publié le 16/04/2026

Selon la Fédération hospitalière de France (FHF), la santé mentale des Français continue de se dégrader depuis 2019. Une tendance particulièrement marquée chez les jeunes et les femmes, qui concentrent aujourd’hui les signaux les plus inquiétants.

Santé mentale, repli, dialogue

Crédit photo : VOISIN/PHANIE

La deuxième enquête sur la santé mentale et la psychiatrie met en évidence une aggravation continue des troubles psychiques. Hausse des hospitalisations, tensions sur le système de soins et difficultés d’accès : la situation suscite une inquiétude croissante.

Une dégradation qui touche d’abord les jeunes

Plus d’un Français sur deux présente aujourd’hui des signes d’anxiété, qu’ils soient légers ou plus sévères. Dans le même temps, près d’un quart de la population présente un profil compatible avec un trouble anxieux généralisé.

Derrière cette moyenne se cachent de fortes disparités. En effet, les jeunes adultes apparaissent de loin les plus exposés. Parmi les 18-24 ans, 42 % présentent des signes évocateurs de troubles anxieux. Une proportion qui reste très élevée chez les 25-34 ans, avec 38 %.

Cette fragilité se retrouve dans les données hospitalières. Depuis 2019, les prises en charge en psychiatrie ont fortement progressé chez les jeunes femmes. La hausse atteint +23 % chez les 10-14 ans, +47 % chez les 15-19 ans et +49 % chez les 20-24 ans.

L’évolution la plus préoccupante concerne toutefois les tentatives de suicide. En cinq ans, les hospitalisations liées à ces situations ont augmenté de 16,6 % au niveau national.

Une progression particulièrement marquée chez les femmes, avec une hausse de 25,4 %, contre seulement 2,5 % chez les hommes. Elles représentent désormais les deux tiers des hospitalisations pour tentative de suicide.

Chez les adolescentes et les jeunes femmes, les niveaux atteints sont particulièrement élevés. Les hospitalisations ont plus que doublé chez les 10-14 ans (+118 %) et fortement progressé chez les 20-24 ans (+76 %).

Un accès aux soins de plus en plus difficile

Face à cette montée des besoins, le système de soins peine à suivre. L’hôpital public reste en première ligne et assure la grande majorité des prises en charge en psychiatrie, aussi bien pour les adultes que pour les mineurs.

Entre 2016 et 2024, le nombre de patients suivis dans les établissements publics a augmenté de 200 000. Une hausse continue qui pèse sur les équipes et les capacités d’accueil.

Les difficultés d’accès aux soins restent importantes. Près d’un Français sur deux concerné par des troubles psychiques déclare rencontrer des obstacles dans son parcours, comme le rappelait la FHF en mars 2025 dans sa précédente enquête

Les délais d’attente pour consulter un psychiatre constituent le principal frein : 45 % des patients y sont confrontés. Plus préoccupant encore, 38 % disent ne pas avoir réussi à obtenir de rendez-vous.

Les jeunes sont particulièrement touchés. Parmi les 18-24 ans ayant des problèmes de santé mentale, près de huit sur dix ont rencontré au moins une difficulté d’accès aux soins. Dans le détail, 64 % évoquent des délais trop longs et plus d’un sur deux une impossibilité d’obtenir un rendez-vous.

À ces obstacles s’ajoute un frein plus discret, mais tout aussi déterminant : la peur du diagnostic. Une part importante des personnes concernées renonce à consulter par crainte de ce qu’un professionnel pourrait leur annoncer. Ce phénomène concerne 42 % des répondants, et atteint 75 % chez les plus jeunes.

Une mobilisation jugée urgente

Pour la FHF, ces données traduisent une crise qui s’installe durablement. Alors que la santé mentale a été érigée en Grande cause nationale pour la deuxième année consécutive à sa demande, elle appelle à des réponses concrètes.

Son président, Arnaud Robinet, alerte sur une situation qui ne peut plus être ignorée. Il évoque une crise «sans précédent», touchant en priorité les jeunes et les femmes, et souligne la pression croissante qui pèse sur les établissements hospitaliers.

Parmi les mesures proposées, la FHF plaide pour la mise en place rapide d’un plan d’urgence dédié à la santé mentale et à la psychiatrie. Elle suggère notamment la création d’une instance interministérielle capable de coordonner l’ensemble des acteurs concernés.

L’enjeu est aussi d’adapter les réponses aux besoins spécifiques des jeunes. La Fédération insiste sur le développement de structures dédiées aux 16-25 ans, le renforcement des équipes pluridisciplinaires et une meilleure articulation entre l’école, le secteur social et l’hôpital.

Elle souligne également la nécessité de soutenir les centres médico-psychologiques (CMP), considérés comme essentiels dans l’organisation des soins, et alerte sur la diminution du nombre de praticiens, notamment en pédopsychiatrie.

 

Corinne Pauline Nkondjock

Source : infirmiers.com