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Prix de la Recherche en Sciences infirmières : découvrez le palmarès 2022

Publié le 11/10/2022
Chantal Eymard

Chantal Eymard

Alexandra Usclade

Alexandra Usclade

Stéphanie Thurillet

Stéphanie Thurillet

Isabelle Fromantin

Isabelle Fromantin

Enfin un acte de reconnaissance pour la recherche infirmière. L’édition 2022 du Prix national de la Recherche en Sciences Infirmières, co-organisée par l’université Sorbonne Paris Nord et Infirmiers.com, a récompensé, ce 10 octobre 2022, quatre lauréates d’exception.

Le Prix de la Recherche en Sciences infirmières, fondé à l’initiative du Pr Monique Rothan-Tondeur, est une distinction jusqu’alors inédite en France

L’objectif du Prix national de la Recherche en Sciences Infirmières est de valoriser la recherche infirmière en lui offrant plus de visibilité et de reconnaissance. Parce que le savoir infirmier est important pour la construction de l’identité professionnelle, pour améliorer les pratiques au quotidien et innover au bénéfice des patients, de la santé et des populations. La recherche est un moyen pour développer ce savoir. Et la recherche infirmière existe dans notre pays, même si elle peut encore se développer, expliquent ses instigateurs. La chaire de Recherche en Sciences Infirmières AP-HP-Université Sorbonne-Paris Nord, à l’initiative de sa directrice, le Pr. Monique Rothan-Tondeur, s’est ainsi associée à Infirmiers.com et au Groupe Profession Santé pour créer cette digne distinction à même de récompenser les travaux de recherche les plus significatifs dans ce domaine. Un événement placé sous le haut patronage du ministère de la Santé et de la Prévention.

Un jury d’experts réuni sous la présidence du Pr Rothan-Tondeur a statué pour décerner ce prix 2022 à quatre lauréates ayant contribué de manière remarquable à l’avancement des connaissances et au développement de la pratique infirmière par leurs travaux de recherche et leur diffusion à la fois dans des revues indexées et dans des revues professionnelles. L'évaluation a été réalisée sur une série de 10 critères dont l'originalité du thème de recherche, l'intérêt de la recherche, les financements obtenus ou encore l'engagement pour les sciences infirmières. La cérémonie de remise des prix s’est déroulée ce 10 octobre 2022 dans les locaux du ministère de la Santé à Paris, devant un parterre d’acteurs du secteur de la santé et de la recherche. 

Appuyer la recherche infirmière en France, c’est montrer aux infirmiers de la reconnaissance, au regard de la contribution qu’ils apportent à la société et au système de santé, mais aussi leur rappeler qu’ils ont un devoir envers la société inscrit dans le Code de Santé Publique, devoir de fournir des soins pertinents, efficaces et efficients, s’est félicitée Monique Rothan-Tondeur.La prochaine édition est annoncée pour 2024.

Prix d’honneur : Chantal Eymard

La formation par la passion et la transmission

Le Prix d’honneur a été attribué à Chantal Eymard, infirmière, titulaire d'une habilitation à diriger des recherches (HDR), pour son implication et sa large contribution, tout au long de sa carrière, au développement des sciences infirmières. Cette reconnaissance est liée à la valeur de ses productions scientifiques, de son enseignement et de ses expertises.

Chantal Eymard a publié plus de 60 articles dont certains dans des revues à orientation professionnelle et d'autres dans des revues scientifiques indexées, dans le souci de participer autant à la culture scientifique que professionnelle. Elle a rédigé 9 ouvrages et participé à la rédaction de 12 autres.

Chantal Eymard a aussi présenté près de 150 communications orales et affichées. Ses nombreux travaux de recherche s’appuient sur l’hypothèse selon laquelle en confrontant les étudiants ou le professionnel à des obstacles épistémologiques, une formation par la recherche participe à la modélisation d’un système de pensée, la construction d’un rapport aux savoirs savants et aux savoirs expérientiels et contribue à différents positionnements dans la relation soignante et l’éducation thérapeutique du patient.

Au niveau pédagogique, Chantal Eymard a mis en place des formations universitaires ouvertes à la formation continue des professionnels de la santé et du travail social, notamment une licence Éducation dans le secteur sanitaire et le travail social et un Master Formation et encadrement dans le secteur sanitaire et le travail social, et un master en éducation thérapeutique. Elle a également dirigé 17 doctorants. Elle met par ailleurs en œuvre des partenariats de formation nationaux et internationaux.

Son expertise reconnue l'a amenée à de nombreux engagements, parmi lesquels la présidence du Programme hospitalier de recherche infirmière et paramédicale, la vice-présidence de nombreux réseaux nationaux et internationaux ainsi que des missions pour la Haute Autorité de Santé, le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur et autres institutions.

Chantal Eymard s’est vue remettre les insignes de la Légion d’honneur par la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso.

Parmi ses publications :

  • Eymard C. L’accompagnement à l’observance thérapeutique des personnes toxicomanes sous traitement de substitution en situation de précarité. Drogues, santé et société. 2007;6(2):153-84.
  • Foucaud J, Bury J, Balcou-Debussche M, Eymard C. Éducation thérapeutique du patient. Modèles, pratiques et évaluation. Inpes, 2010.
  • Eymard C, Moncet MC. Initiation à la recherche en soins et santé. Paris : Lamarre ; 2003.

Prix du "Chercheur confirmé" :  Isabelle Fromantin

Agir plus efficacement dans le traitement des plaies

Isabelle Fromantin infirmière, titulaire d'une habilitation à diriger des recherches (HDR), s’est vue récompensée pour sa remarquable carrière de chercheuse par le prix du Chercheur confirmé. Après quelques années en humanitaire et en cancérologie (pédiatrie, ORL), elle décide de travailler en unité mobile de soins palliatifs à l’Institut Curie (1997-2000) en ouvrant une consultation infirmière dédiée à la prise en charge des plaies tumorales et des escarres (2000). En effet, ces plaies posaient de gros problèmes, laissant les patients dans un grand inconfort et une souffrance en sus de leur pathologie initiale. En cherchant à améliorer la qualité des prises en charge, la recherche s’est imposée à elle comme un outil, un moyen d’améliorer les pratiques de soins. Pour trouver comment agir plus efficacement sur les plaies malodorantes, elle a collaboré avec des chercheurs et s'est initiée à la microbiologie et à la chimie analytique. Cet exercice lui a fait découvrir l’immense potentiel de la recherche translationnelle. Pour autant, le travail quotidien avec les patients et les équipes l’ont toujours ramenée à son savoir-faire et son métier : celui d’infirmière. Aujourd’hui, elle anime une équipe pluriprofessionnelle (infirmières, podologue, chercheurs, techniciens…) qui mène de front des activités cliniques, de recherche et d’enseignement, et elle est également en charge du développement de la recherche en soins dans l’institution. L’équipe accueille, tout au long de l’année, des étudiants et infirmiers, avec l’objectif de transmettre, dans le même esprit de compagnonnage qui l’a initialement aidée à comprendre le grand intérêt de la recherche et des sciences.

L’unité est spécialisée dans le traitement des plaies. De ce fait, les recherches ont été réfléchies à partir de ce champ. Tous les travaux sont menés en interdisciplinarité avec des paramédicaux, cliniciens de différentes spécialités et laboratoires de recherche (exemples : CEpiA, université Paris-Est Créteil ; ERRMECe, université de Cergy-Pontoise ; Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale ; Unistra, université de Strasbourg).

Par cette approche complémentaire, l’objectif est de mener des recherches en action, avec des productions utiles à la communauté (connaissances, brevets, amélioration des techniques de soins). Les 5 dernières années, 2 brevets ont été déposés (pansement et cône d’olfaction) et 2 autres sont en préparation pour 2022-2023. Les travaux ont porté sur les symptômes locaux des plaies, sur les odeurs et les composés volatils, et sur la prévention. Pour ses recherches, Isabelle Fromantin a obtenu près de 4 millions d’euros de financements. Elle a signé 79 publications indexées dans PubMed.

Parmi ses publications :

  • Leemans M, Bauër P, Cuzuel V, Audureau E, Fromantin I. Volatile organic compounds analysis as a potential novel screening tool for breast cancer: a systematic review. Biomark Insights. 2022;17:11772719221100709.
  • Nicodème M, Dureau S, Chéron M et al. Frequency and management of hemorrhagic malignant wounds: a retrospective, single-center, observational study. J Pain Symptom Manage. 2021;62(1):134-40.
  • Thuleau A, Gilbert C, Bauër P et al. A new transcutaneous method for breast cancer detection with dogs. Oncology. 2019;96(2):110-3.

Prix du "Jeune chercheur" : Alexandra Usclade

Accompagner au mieux les gestes invasifs

Alexandra Usclade est infirmière depuis dix-huit ans en cancérologie adulte et pédiatrique. Cette expérience lui a permis d’acquérir des compétences spécifiques dans la réalisation de soins techniques et relationnels, mais aussi dans l’évaluation des pratiques professionnelles. Elle a très vite compris que ces soins en pédiatrie requièrent la prise en compte de la famille et, plus spécifiquement, la collaboration avec les parents comme partenaires de soins pour une prise en soins singulière et une amélioration de la qualité de vie des enfants malades.

Elle a intégré un poste d’infirmière puéricultrice de recherche clinique et paramédicale avec, pour principal mission, le développement de la recherche en soins dans le secteur de la pédiatrie. Sa prise de fonction en tant que coordinatrice paramédicale de la recherche a été un véritable défi et une volonté de mettre à disposition des professionnels paramédicaux du CHU les compétences acquises et la dynamique de développement de la recherche instituée en pédiatrie : mise en place d’un projet de recherche, de l’élaboration du projet à la valorisation de ce dernier, tout en assurant une faisabilité et une rigueur scientifique.

Alexandra Usclade travaille sur les gestes invasifs, souvent difficiles, douloureux et anxiogènes notamment pour les enfants atteints de pathologies chroniques. Car la mémorisation d’événements douloureux joue un rôle essentiel dans l’anticipation de l’expérience suivante et peut entraîner des conséquences à long terme. Alexandra Usclade a ainsi dirigé 5 programmes de recherche mixtes (obtenant des financements) et est récipiendaire de plusieurs prix, dont le premier prix pour la présentation en 180 secondes aux Journées francophones de la recherche en soins 2021.

Parmi ses publications :

Usclade A, Blanc N, Kohlmuller M et al. Infrared augmented reality device versus standard procedure for peripheral venous catheterisation in children less than 3 years old: a quasiâ€Âexperimental cluster randomised controlled trial. J Clin Nurs. 2022;31(11-12):1628-35.

Prix de la "Meilleure publication" : Stéphanie Thurillet

L’auto-évaluation de la peur chez les patients pédiatriques

Stéphanie Thurillet, infirmière puéricultrice, a été récompensée par le prix de la Meilleure publication pour son récent article dans le réputé Journal of Pediatric Nursing* portant sur la création et la validation d'une échelle d'auto-évaluation de la peur chez les enfants âgés de 4 à 12 ans. Le fruit de 9 années de travail (de l'idée à la production)  sur un sujet d'importance et particulièrement original puisqu'il s'agit de la première échelle du genre. Car si la douleur est souvent traitée, la peur du soin, particulièrement importante chez l'enfant, n'a que très peu été étudiée. Le travail de méthode a été particulièrement remarqué et très bien décrit. Tous les membres du jury ont été unanimes sur le fait que cette publication permet une contribution significative pour les sciences infirmières, en proposant une échelle novatrice à la communauté internationale.

Cette distinction couronne chez Stéphanie Thurillet une véritable appétence pour la recherche. Celle-ci s’est révélée en 2011 lorsqu’elle a participé à un recueil de données qui l’a incitée à suivre une formation de recherche en 2013 au terme de laquelle elle a obtenu un PHRIP en 2014. Cet intérêt pour la recherche s'est traduit par une véritable et rapide montée en compétence qu'elle a également mise au service des autres au sein de son CHU.

Elle a également présenté une dizaine de communications orales dans des congrès nationaux et internationaux comme, par exemple, à la prestigieuse 5th International Conference On Nursing Science & Practice à New York.

*IF 2.145 : 2e quartile en sciences infirmières

Pour en savoir plus

Prix national de la Recherche en Sciences Infirmières 2022

Betty Mamane, Directrice de la rédaction


Source : infirmiers.com