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Identité soignante : à la recherche du sens perdu…

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Ethique et soin

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Y a-t-il une ou des identités soignantes ? Une réflexion profonde pourrait être envisagée sur ces sujets car, tandis que se profilent les premiers infirmiers de pratique avancée, de futurs doctorants en sciences infirmières, des aides-soignants qui aspirent à monter en compétence… l'image du soignant, elle, ne semble pas évoluer. Pourtant, avoir une vision juste des professions de santé, qu'on soit acteur ou usager, semble être un préalable à toute forme de reconnaissance… Aujourd'hui, en 2019, la question est posée : qu'est-ce qu'un soignant ?

Identité soignante : à la recherche du sens perdu…

En se promenant sur les forums de discussions et les réseaux sociaux, il suffit de lire et d'analyser les nombreuses visions de l'identité soignante par les soignants eux-mêmes pour comprendre que c'est un sac de nœud...

Premier exercice très simple. Demandez à n'importe quel quidam de vous brosser le portrait d'un métier. Celui qu'il préfère. Fleuriste, pompier, boulangère, menuisier... Cet exercice, très scolaire, ne devrait pas être un problème pour la majeure partie des interrogés. Sans surprise, la réponse que vous obtiendrez sera une vision assez juste et précise de la dite profession.

Maintenant, remettez votre imperméable d'enquêteur pour entamer un second exercice. Cette fois, il s’agit d'interroger la personne sur sa représentation des métiers du soin. Les réponses ne seront certainement pas aussi concrètes, voire même plus sibyllines. Allant des sacro-saint termes vocation ou don de soi au dégoût plus affiché du je ne pourrais pas faire ça !. In fine, vous n'en saurez pas davantage. Si ce n'est - et de façon très caricaturale - que le médecin signant des ordonnances et que l'infirmier(e) faisant des piqûres sont néanmoins des métiers à l'utilité sans nulle autre pareille !

Bref, vous l'aurez compris, cette démonstration pleine d'ironie est surtout là pour servir mon constat. Je dirais même un paradoxe. Alors que les professions du soin demeurent inamovibles dans le top des métiers les plus appréciés en France, il existe, semble-t-il, d'une part importante de la population française, une représentation sociétale des soignants sclérosée d'images d’Épinal. Elles ont la saveur surannée d'une époque où servir était le pléonasme de blouse blanche. Où l'homme était médecin et la femme, de préférence religieuse, était infirmière. Un vieux tableau démodé qui, à notre époque, laisse encore dire chez certains commentateurs : De quoi se plaignent les soignants ? Ils ont choisi de faire ce métier !

Alors que les professions du soin demeurent indétrônables dans le top des métiers les plus appréciés en France, il existe, semble-t-il, d'une part importante de la population française, une représentation sociétale des soignants sclérosée d'images d’Épinal.

Une représentation soignante "brouillonne"...

Cela m'interroge doublement. D'abord sur l'image du soignant par le regard des usagers. C'est un fait, le métier de soignant paramédical évolue. Récente évolution universitaire, modification des référentiels de compétences dans un souci d'émancipation toujours plus importante du corps médical, les soignants s'affirment et revêtent une importance qualitative dont on ne peut se départir. Au sein de la communauté médicale et paramédicale ces profondes mutations, ainsi que les problématiques inhérentes rencontrées, génèrent de vifs débats qui, a fortiori, concernent aussi la population française usagère au quotidien du système de santé. Cependant, hors des murs immaculés de la communauté soignante, cela suscite peu, ou de façon molle, l'adhésion des Français. Ce manque de ferveur donne l'impression que les doléances soignantes sont partiellement inaudibles, incompréhensibles ou, du moins, parfois illégitimes.

J'en arrive à ma seconde interrogation. Cette image n'est-elle pas renvoyée, en premier lieu, par le soignant ? En effet, entre les mélancoliques du c'était mieux avant !, les passionnés de l'humain à proportion mesurée, les mystiques révélés, les nouvelles générations de soignants ayant trouvé le chemin du soin grâce aux séries B (après tout, pourquoi pas ?) et ceux ayant été propulsé par la catapulte Pôle Emploi dans une formation paramédicale dont ils n'avaient cure, si ce n'est que pour son employabilité, la représentation soignante est brouillonne parmi les professionnels de santé.

En se promenant sur les forums de discussions et les réseaux sociaux, il suffit de lire et d'analyser les nombreuses visions de l'identité soignante par les soignants eux-mêmes pour comprendre que c'est un sac de nœud, duquel émerge que toutes les raisons sont assurément bonnes d'être soignant, mais où l'on s'empêtre aussi sans arriver à en faire ressortir aux yeux du grand public un corpus de valeurs communes solides et modernes.

De près ou de loin, nous rencontrerons un professionnel de santé. De près ou de loin, nous serons directement ou indirectement des usagers du système de santé. Toutefois, une relation de Je t'aime, moi non plus est entretenue avec son huile du moteur, c'est à dire les soignants. Sous couvert de vieux filtres, qui méritent d'être changés au moment où le contrôle technique de toute la chaîne santé est opéré, il est grand temps de se remettre à niveau.

Sous couvert de vieux filtres, qui méritent d'être changés au moment où le contrôle technique de toute la chaîne santé est opéré, il est grand temps de se remettre à niveau.

Y a-t'il une ou des identités soignantes ?

Tout d'abord pour les usagers, en prenant réellement conscience de l'expertise et de l'étendue des compétences-métiers des professionnels de santé dont ils sont le cœur de métier. Fini le temps du fantasme, un soignant paramédical ne se contente plus que d'une simple exécution ordonnée, c'est un expert de soin ayant développé un raisonnement clinique et une riche réflexion technique au service du patient. La notion de service est, dans ce cas, très différente sans être pour autant moins efficace !

Puis, au soignant lui-même d'ouvrir le capot. Il est venu le temps de redonner un sens à ce que l'on fait, un sens à ce que l'on est, en mettant notre histoire professionnelle en perspective des attentes actuelles. Il ne s'agit pas d'écraser les fondations humaines, socle de nos professions, pour en fabriquer des techniciens du soins froids et distants afin de s'affirmer exclusivement dans un niveau scolaire difficilement acquis. Non. Cela serait la pire émanation d'une évolution ratée et un réel non-sens. C'est plutôt continuer à bâtir des professions alliant dorénavant la technique, le relationnel et le savoir en conservant ce juste équilibre humaniste.

Alors, y a-t'il une ou des identités soignantes ? Une réflexion profonde pourrait être envisagée sur ces sujets car, tandis que se profilent les premiers infirmiers de pratique avancée, de futurs doctorants en sciences infirmières, des aides-soignants qui aspirent à monter en compétence… l'image du soignant, elle, ne semble pas évoluer. Pourtant, avoir une vision juste des professions de santé, qu'on soit acteur ou usager, me semble être un préalable à toute forme de reconnaissance… Aujourd'hui, en 2019, je nous pose cette question : qu'est-ce qu'un soignant ? A vous de m’aider à y répondre avec autant de sens que de cœur !

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Aide-soignant MITHA - Service de Santé des Armées - Ministère des Armées.

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Commentaires (3)

Ben Becks

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4 commentaires

#5

Merci

Bien à toi Alexis.

Ben Becks

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4 commentaires

#4

L'écume des lignes...

Alexis,

Comme de coutume, merci pour ta plume, ta profondeur d'âme et cette réflexion toujours plus spirituelle sur notre condition ; celle qui se veut et se constitue mère de notre identité professionnelle. Tout comme toi, je m'interroge. ASH, puis AS, IDE et Cadre de santé, et les racines de mon identité profondément ancrées à la manière du Colosse de Rhodes, seuls les feuillages et leurs ramifications ont évolué. Et les questions, légitimes du reste, que tu te poses sont autant de bouteilles lancées à la mer dont l'écume des messages qu'elles transportent et conservent jalousement en leur cœur sauront, je l'espère, trouver récepteur au gré de l'écume des vagues.

La maturité de ton propos prouve une chose certaine : tu sais observer et analyser ce et ceux qui t'entourent ; et tu le fais avec une grandeur d'âme et une finesse d'esprit qui, assurément, feront de ton évolution professionnelle la part belle à l'émancipation intellectuelle à laquelle notre profession aspire.

La relève est assurée ! Puisses-tu -à l'instar des passionnés de ton patrimoine qui savent encore regarder avec le cœur -maintenir nos métiers à l'état d'excellence dans le cœur des usagers de soins. Prestation honorifique qu'ils méritent, sans qu'il soit permis d'en douter.

Bien à toi, mon cher Ami.

binoute1

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650 commentaires

#3

ça commence mal...

l'article débute en commençant pas évoquer des professions (fleuriste, pompiers...) et ensuite demande le même exercices avec LES métiers du soin.
Un beau biais.

Pour que la comparaison fût on devrait alors parler, non pas des pompiers, des métiers de premiers secours. Comme on parlerait des métiers de la vente, dans lequel est inclus le fleuriste ;)

Une identité soignante ? me concernant, non. A regret d'ailleurs, mais chaque spécialisation ne prêchant que pour sa paroisse, cela me parait compliqué d'y arriver. Cette séparation étant bien entretenue par les soi-disants représentants : lequel se battent pour le DEI ? Non, c'est plutôt la bataille pour le DEBO ou le DEP; et c'est tant mieux pour les IDE concernés ! Mais cela n'apportera rien aux IDE d'EHPAD ou aux IDE scolaires par exemple.

De même, je ne me trouve aucun atome crochus avec un dentiste; et pourtant ce sont des soignants aussi :)