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Pratique avancée : 3 ans après sa création, une formation en baisse d’attractivité

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Pratique avancée

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Selon son dernier recensement réalisé auprès des universités, l’Union Nationale des Infirmiers en Pratique Avancée (UNIPA) constate une légère baisse d’attractivité de la formation auprès des étudiants. Entretien avec Tatiana Henriot, présidente de l’organisation.

L'exercice en pratique avancée souffre déjà d'un manque d'attractivité, notamment en libéral.

Comme chaque année depuis la création de l’infirmière en pratique avancée, l’Union Nationale des Infirmiers en Pratique Avancée (UNIPA) dévoile les résultats de son recensement auprès des universités proposant la formation à cette profession. L’objectif : dresser un état des lieux du nombre d’étudiants et cartographier leur répartition au sein des différentes universités. Décryptage avec Tatiana Henriot, qui préside l’organisation.

Dans quel contexte avez-vous réalisé cette enquête ?

Nous réalisons cette enquête pour la troisième consécutive, depuis la création du statut de l’IPA. Nous le faisons généralement en lien avec la Direction générale des finances publiques, même si, cette année, nous l’avons effectuée seuls. Nous envoyons un questionnaire à chaque responsable pédagogique présent dans les universités qui proposent la formation. En plus des données sur les effectifs, nous demandons également si les formations suivies sont en temps plein ou en temps partiel. Ensuite, nous assurons le suivi des informations et nous les vérifions ; nous avons un regard croisé avec les étudiants, également.

Cette enquête est très utile pour nous car elle nous permet, d’une part, de connaître les chiffres des diplômés en pratique avancée. Et, d’autre part, d’évaluer la montée en charge des formations, et de confronter ces chiffres aux objectifs fixés par le gouvernement, à savoir 5 000 IPA formés d’ici la fin 2022 (dont nous sommes loin du compte). Ainsi, lors de la deuxième année suivant la création de l’IPA, seules 2 universités proposaient le cursus ; aujourd’hui, elles sont 27. Enfin, l’enquête nous permet de renseigner les candidats à la formation ainsi que nos adhérents.

La formation des IPA en chiffres
•    Entre 2019 et 2021, 935 IPA ont été formés.
•    1 425 infirmiers sont actuellement en formation, toutes mentions confondues, dont 648 en année de Master 1 (contre 729 en 2021).
•    Pour l’année 2022, la mention « Pathologies chroniques stabilisées » représente 54,7% des étudiants en Master 2, contre 54,2% en 2021 ;
•    La mention « Santé mentale et psychiatrie » est seconde, avec 27,2%, en augmentation (21,5% en 2021) ;
•    La mention « Onco-hématologie » représente 12% des étudiants, contre 16,3% en 2021 ;
•    La mention « Néphrologie- dialyse et transplantation rénale » (NDT), 5,5%, contre 8% en 2021 ;
•    0,6% des étudiants sont inscrits dans la nouvelle mention « Urgences ».

Quels constats en tirez-vous ?

On observe que, trois ans seulement après sa création, il y a déjà une cassure au niveau de la courbe des entrées dans la formation. Est-ce parce que les établissements envoient moins en formation ? Ou est-ce dû au fait que les libéraux ne parviennent pas à se former, pour des raisons financières ou d’accompagnement inadapté ? La réponse est sans doute multifactorielle. Il y a effectivement la crise sanitaire et ses conséquences, les établissements qui sont en tension et un modèle financier qui n’est pas attractif pour la profession. De manière générale, la formation est peu connue de la profession, des institutions et des établissements. Pour intervenir en IFSI, je vois bien qu’elle n’est pas assez intégrée dans les parcours et que certains ne la connaissent que très peu. Certains instituts prévoient néanmoins des petits modules sur les poursuites de carrière et l’y intègrent à cette occasion.

Pour être infirmier de pratique avancée, il faut avoir pratiqué 3 ans ; on peut passer le diplôme en formation initiale, mais il ne sera alors validé qu’après 3 ans d’exercice. Toutefois, on constate que ceux qui s’engagent dans la formation sont essentiellement des gens qui ont déjà une certaine expérience. Car ces études sont lourdes, c’est deux à trois ans de plus ; c’est un projet à la fois professionnel et personnel qui demande beaucoup d’investissement.

Vous évoquiez des raisons multiples à cette perte de dynamique. Quels sont les autres freins identifiés ?

Dans l’accompagnement, il y a également des points d’achoppement. Par exemple, certaines ARS, qui misaient au départ beaucoup sur la formation IPA, ont diminué leurs financements parce que les contingents d’étudiants ne sont pas remplis. L’accès à la formation est donc très inégal en fonction des territoires. Certaines universités parviennent à remplir leurs quotas car elles vont disposer de 80 places pour 600 candidats, tandis que d’autres ont ouvert 100 places et ne vont accueillir que 40 étudiants.

Plus largement, nous sommes face à un problème d’attractivité de la profession et d’inadéquation des textes qui l’encadrent. Nous avons notamment raté le coche des soins primaires, avec un modèle économique qui n’est pas du tout adapté. Pareillement, en hospitalier, les IPA se voient toujours appliqués leurs anciennes grilles de rémunération. Ce sont essentiellement les textes administratifs qui bloquent. Par exemple, dans le privé, la facturation auprès des IPA qui exercent en libéral ne peut pas se faire grâce à l’avenant 7 de la convention nationale des infirmières et infirmiers libéraux alors que c’est possible dans le public. Or si on ne lève pas ces difficultés administratives, on ralentit le déploiement de la profession, voire on la tue. Certains professionnels en exercice ont déjà décidé d’arrêter. D’ailleurs, en formation, on le voit : ce n’est quasiment plus que pour un exercice hospitalier. Au tout début, je dirais qu’on était à 50% hospitaliers, 50% en soins primaires, mais on est désormais plus proche des 80-20. On se heurte à des problématiques réglementaires, administratives, législatives… qui font que le temps des textes n’est pas celui du temps du terrain.

L’enquête démontre un écart important entre la mention « Pathologies chroniques stabilisées » et les autres mentions. Comment l’expliquez-vous ?

La pratique avancée a été réfléchie comme adossée à une pratique médicale, mais l’exercice s’effectue, dans les faits, selon une approche populationnelle. Et la mention pathologie chronique stabilisée est celle qui offre le plus de possibilités. On voit monter la santé mentale, également, surtout après la crise sanitaire, parce qu’on y met désormais plus de moyens. Mais même en onco-hématologie, on peut avoir une approche populationnelle, notamment en amont, avec la prévention et l’éducation, qui sont toutes les deux au cœur de notre métier. La mention NDT, elle, a contrario, dépend de l’accès à des plateaux techniques. Il nous faut encore travailler sur ces deux dernières mentions.

Qu’en est-il de la toute nouvelle mention « Urgences » ? Quelle visibilité avez-vous ?

Les 5 étudiants mentionnés dans l’enquête ont intégré la formation en septembre et ils seront diplômés en juillet. Il n’y a que l’université de Marseille qui s’est engagée à proposer cette formation. D’autres universités l’avaient fait mais se sont ensuite désengagées car le texte encadrant la mention tardait à sortir. De même, l’arrêté définissant la liste des actes réalisables spécifiques à la mention n’est paru que récemment.  6 ou 7 universités se sont positionnées pour la rentrée prochaine, et d’autres ont intégré la formation à leurs plaquettes, ce qui signifient qu’elles peuvent l’ouvrir aux étudiants. Elles sont certainement en attente de leur accréditation, qui leur seront délivrées en juin. 

Nous essayons de lisser en amont les problématiques rencontrées sur les autres mentions. La mention « Urgences » concernera essentiellement le milieu hospitalier, donc la partie économique sera certainement moins préoccupante. On peut néanmoins avoir des IPA qui exercent en soins primaires dans le cadre des services d’accueil des urgences. Et c’est justement pour cela qu’on réfléchit à cette possibilité avec la CNAM et le ministère de la Santé. C’est également la seule mention pour laquelle le premier recours sera autorisé, en raison du protocole de coopération qui sera mis en place. Nous nous réunissons en groupes de travail afin que celui-ci soit prêt pour la rentrée, pour que les IPA de la mention puissent faire ce pour quoi ils seront formés.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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