Le Pr Nicolas Sirven, professeur en sciences économiques à l'EHESP, Émilie Chen, ingénieure d'étude à l'EHESP, et Catherine Raffray, cadre de santé au CHU de Rennes, ont animé un webinaire organisé par la Fondation MNH consacré aux coûts réels de l’absentéisme et du présentéisme dans les structures de soins. Leurs échanges ont nourri le sujet.
Un travail de recherche pour évaluer les coûts de l’absentéisme et du présentéisme dans les organisations de soins
Catherine Raffray a tout d’abord parlé de la vraie vie, du terrain, rappelant que l’une des missions des cadres de santé était de faire en sorte de disposer du nombre de soignants suffisant, ce qui n’est pas toujours le cas. Elle a, pour cela donné quelques exemples de situations vécues par beaucoup, comme un arrêt de travail d’un IDE qui se prolonge sans avoir pu l’anticiper, la recherche d’un infirmier dans le pool, la demande d’aide aux autres pôles et l’institution qui ne permet pas de payer des heures supplémentaires dans ce cas.
Le Pr Nicolas Sirven a ensuite évoqué le travail scientifique réalisé sur le champ de la détérioration des conditions de travail et du problème de l’absentéisme et du présentéisme qui en découlent, le présentéisme décrivant, rappelons-le, la situation de l’agent qui vient travailler même lorsqu’il est malade. Son équipe s’est attachée à tenter de mesurer la perte de production, en quantité et en qualité, que ces deux situations génèrent. L’originalité de ce travail vient du fait qu’il ne se place plus du côté du salarié, mais bien du point de vue de l’employeur.
La perte de productivité résultant de l’absentéisme d’un agent ne se limite pas à la perte du salaire.
Mesurer précisement les coûts de productivité et de qualité des soins
L’hypothèse de l’étude menée par l’équipe VALORIS considère que la perte de productivité résultant de l’absentéisme d’un agent ne se limite pas à la perte du salaire. Leur approche est de fournir un coefficient multiplicateur au nombre de jours de salaire perdus en intégrant le coût du présentéisme ainsi que celui de la perte en qualité et en sécurité des soins.
Ils ont, pour étayer leurs recherches, élaboré un questionnaire qui s’inspire d’une étude suédoise sur le sujet, et l’ont adapté à la France. Une version de test a été diffusée auprès des médecins et cadres de santé, puis a fait l’objet d’un ajustement et d’une validation. Ce questionnaire comprend une partie d’ordre général sur l’organisation et l’environnement de travail, pour identifier les contextes de production, puis se concentre sur l’impact de l’absentéisme et du présentéisme sur l’activité du service.
Un questionnaire envoyé aux managers de santé pour éprouver l’outil
Le questionnaire validé a été lancé en janvier 2025 auprès des cadres de santé, des cadres supérieurs de santé et des directeurs de soin. Le Pr Sirven a présenté les premiers résultats issus des 689 réponses de professionnels du domaine de la chirurgie, hors cardiaque. Les répondants choisissent un métier (IDE, AS, etc.) et appliquent leurs évaluations par rapport à ce métier en rapport avec les informations recueillies dans le PMSI.
En pratique, l’outil imaginé par l’équipe VALORIS enregistre la perte salariale en nombre de jours d’absence, puis, calcule le coût total en appliquant le coefficient multiplicateur de perte en productivité et en qualité. Pour le présentéisme, en productivité et en qualité des soins. Par exemple, le Pr Sirven a donné l’exemple d’une absence d’un IDE d’une durée de cent jour qui coûterait en moyenne 16 000 € en salaire. En appliquant les coefficients modificateurs de perte de productivité en quantité et en qualité, la perte s’élèverait à 46 000 €. Et l’augmentation est encore plus importante lorsque l’on y ajoute le présentéisme.
Une extension de l’étude vers le médicosocial
Ce travail relève dont d’une vraie logique de retour sur investissement de la promotion de la qualité de vie au travail (QVT). Le webinaire s’est poursuivi par une session où l'équipe de l'EHESP a partagé les résultats concrets obtenus et répondu aux questions des participants pour que chacun puisse, dès aujourd'hui, se saisir de cette méthode et l'appliquer dans son service. Un guide dédié est disponible dans la newsletter de la Fondation MNH ou sur son site internet.
Pour participer à l’étude, envoyez vos questionnaires à emilie.chen@ehesp.fr.
Accédez au replay du webinaire ICI.