Les EHPAD connaissent, depuis plusieurs années, un déficit de notoriété essentiellement dû au scandale survenu au sein des établissements Orpea en 2022. Depuis, ce secteur est surveillé, notamment pas la Haute Autorité de Santé (HAS) qui a établi des critères de qualité pour les structures accueillant des hébergés dits « médicosociaux ».
La responsabilité des cadres de santé dans la qualité des soins
Bien que les infirmiers coordinateurs soient très présents dans nombre d’EHPAD, on trouve encore des cadres de santé qui ont la responsabilité de préserver la qualité des soins et de fidéliser les professionnels qui y exercent. C’est la raison pour laquelle nous avons écouté attentivement le podcast proposé par l’Institut de Recherche en Economie de la Santé (IRDES) au cours duquel la Docteure en sciences économiques Anne Penneau, Maîtresse de recherches au sein de l’IRDES a été interviewée pour évoquer une étude qu’elle a menée à ce sujet.
Une présence médicale très hétérogène en EHPAD
Elle y décrit tout d’abord les trois profils de résidents que l’on peut trouver dans ces institutions que sont les personnes souffrant de maladies neurodégénératives, les personnes en fin de vie, qui représentent environ un quart de ces résidents et restent en moyenne moins de trois mois, et enfin des personnes, souvent plus jeunes, isolées socialement, présentant un handicap ou des troubles psychiques. Cette étude de l’IRDES s’attache donc à évaluer la qualité de la prise en charge des résidents selon différents critères édités par la HAS. C’est ainsi qu’elle met en lumière l’hétérogénéité de la présence médicale dans les EHPAD, les médecins coordonnateurs n’étant pas toujours présents. C’est ainsi que les patients en fin de vie sont souvent suivis par leur médecin généraliste référent.
Trois critères de base pour évaluer la qualité de ces établissements
Ces travaux se basent sur trois critères de base. Le premier compare les prix payés par les résidents et les indicateurs de qualité HAS. Anne Penneau remarque ici que ce ne sont pas les établissements où les résidents payent le plus cher qui offrent des prises en charge de qualité. Le second critère concerne les moyens mis à disposition pour accompagner les patients en soins palliatifs ou nécessitant des pansements complexes par une structure d’Hospitalisation à Domicile (HAD) qui se déplace au sein de l’EHPAD, ce qui est plus économique que de déplacer le patient lui-même. Enfin, le troisième critère a pour objet les prescriptions de benzodiazépines.
Le problème récurrent des prescriptions de benzodiazépines
Les benzodiazépines sont les médicaments anxiolytiques et hypnotiques les plus consommés en France. Leur utilisation prolongée est associée à une diminution de leurs effets, à un risque de dépendance et à une augmentation des effets indésirables. Or, il semble, d’après une autre étude de l’IRDES, que des prescriptions inappropriées de benzodiazépines soient très fréquentes chez les personnes âgées de plus de 65 ans, notamment parmi les résidents d’EHPAD. Les résultats de ce travail montrent une augmentation de 10 points des prescriptions potentiellement inappropriées de benzodiazépines après l'entrée en EHPAD pour des patients n'ayant jamais consommé de benzodiazépines auparavant.
Réguler les pratiques de prescription et fidéliser les soignants
Les chercheurs ont observé également que les établissements qui disposent d'une proportion plus élevée d'infirmiers ou qui sont rattachés à un hôpital public présentent une hausse des prescriptions moins importante au moment de l'entrée en EHPAD. Le travail des cadres de santé s’avère donc, dans ce contexte, primordial car il est en mesure de réguler ces pratiques de surprescription, mais aussi de fidéliser les personnels soignants exerçant dans ces établissements, voire de convaincre leur direction de compléter les effectifs infirmiers, afin de gagner en qualité de prise en charge. Les infirmiers coordinateurs sont les chevilles ouvrières des EHPAD mais ne disposent pas de tous les leviers pour faire monter les établissements en qualité. Ils doivent pouvoir pour cela s’appuyer sur le cadre de santé.
Écouter le podcast dans son intégralité ICI.