Soigner ses proches, d’Anne Taquet-Assoignons (Seli Arslan)
Poser un pansement ou faire une piqure à un proche est un geste courant et presque obligé pour les infirmiers. Soigner son entourage n’est pourtant pas anodin, et il importe d’y réfléchir.
« Dès le début des études, on est sollicité par les parents, les frères, les sœurs... », témoigne Catherine, infirmière libérale, l’une des nombreuses professionnelles du soin interrogées dans ce livre s’attachant à répondre à une question qui les concerne toutes : comment répondre aux sollicitations de son entourage ? Une problématique à laquelle a également été confrontée l’auteure qui a exercé pendant trente ans comme psychologue clinicienne avant de devenir enseignante dans des organismes de formation, notamment en soins infirmiers. De la fierté que procure la confiance que peut mettre en vous un proche souffrant à l’angoisse de passer à côté de quelque chose de grave ne relevant pas de ses compétences, Anne Taquet-Assoignons rappelle ici avec des cas concrets que soigner un membre de sa famille ou un ami s’avère une pratique aussi évidente que délicate. D’autant que son champ d’activité se révèle très vaste : donner un conseil ou un avis, interpréter des symptômes ou des examens, expliquer un diagnostic, aider à naviguer dans le système de soins ou participer activement à ces derniers. Autant de situations auxquelles on n’a souvent pas été préparées.
Déterminer si l’on est en capacité de soigner ses proches ou de les conseiller
Tout particulièrement destiné aux étudiants ou aux débutants, l’ouvrage ne cherche pas à livrer une liste de recommandations mais de quoi nourrir sa réflexion pour déterminer si l’on est en capacité de soigner ses proches, ou même de les conseiller face à un problème de santé. Il est important de savoir poser soi-même ses limites en trouvant l’équilibre entre les bénéfices indéniables que peuvent apporter cette situation mais aussi ses inconvénients et ses risques. L’éclairage singulier qu’apporte chaque témoignage est enrichissant, qu’il renvoie ou non à sa propre expérience. Tous rappellent qu’il convient de ne jamais prendre à la légère la décision d’accomplir un acte de soin, et que répondre à une demande est naturelle pour un soignant, y compris avec ses proches hors d’un cadre professionnel. Par amour, par commodité ou par devoir, l’essentiel est d’agir en conscience, donc en connaissance de cause.
Et aussi...
CANCER
Vivre avec vivre après, de Christophe André, Cloé Bram et Violaine Forissier (L’iconoclaste)
Ils se sont rencontrés lors d’une table ronde sur la santé et les médecines complémentaires dans un petit village de l’Aubrac, sous un chapiteau bondé de 800 personnes, alors que s’abattait dehors une pluie torrentielle. Un échange vibrant qui les a profondément marqués. Violaine Forissier est oncologue, Cloé Brami médecin spécialisée en cancérologie, et toutes deux défendent la démarche d’une médecine intégrative. Christophe André, le célèbre psychiatre spécialiste des troubles anxieux, est quant à lui connu pour son approche du soin qui intègre la méditation. Après avoir vu ses deux parents emportés par le cancer, il a lui-même été frappé par cette maladie. Avoir effectué sa traversée l’a immédiatement lié à ses deux consœurs. Ils ont voulu poursuivre l’échange par ce livre. Une quête de médecine qui soigne et qui prend soin, au-delà du traitement médical. Avec un autre regard sur une maladie qui fait partie de la vie, et une médecine qui s’enrichit en s’ouvrant au complémentaire, à l’émotion, au vécu, au sens. Pour vivre avec le cancer, puis vivre après.
REGARD
Sociologie de la maladie, de Philippe Adam et Claude Herzlich
Nous savons tous ce qu’est être malade, souffrir d’une maladie plus ou moins invalidante, à laquelle la médecine s’attachera à répondre par un soin qui tentera de résoudre un problème organique. Un cancer, un diabète, une infection ou toutes sortes de dysfonctionnements qui semblent d’ailleurs réduire la santé à cette réalité organique. Mais le malade et la médecine nous en apprennent aussi sur l’état et la nature de notre société. Différente selon les époques et le milieu social, la maladie résulte en fait souvent d’une interaction complexe entre quantités de facteurs, comme le montre dans le détail ce livre signé par deux sociologues. Ils optent toutefois pour une démarche pluridisciplinaire. Avec d’abord un point de vue historique qui nous montre l’évolution du regard et du traitement concernant celui que l’on déclare malade. Une forme d’anormalité qu’il convient de prendre en charge, avec une médecine qui se veut de plus en plus scientifique dans les sociétés industrielles. La réalité biologique se révèle finalement largement modelé par la prise en charge dont elle fait l’objet, tandis que le social façonne notre état de santé.