DOCUMENTAIRE

La Tournée, dans les pas d'une IDEL au plus près des patients

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Publié le 20/02/2026

Dans La Tournée, Guillaume Vatan suit le quotidien d'une infirmière libérale bretonne, alors qu'elle s'apprête à tourner la page de ce mode d'exercice. Un documentaire vrai et au plus près du métier, qui met en lumière à la fois son rythme éreintant mais aussi la force du relationnel avec les patients.

Eurielle, l'IDEL du documentaire La Tournée

Crédit photo : Les Productions du Cosquer

Elle rentre les poubelles lorsque résonne un avis de tempête ; elle livre ses conseils maquillage ou de déco d’intérieur ; elle s’arrange pour faire parvenir des guirlandes de Noël. Et dans le même temps, elle surveille la glycémie, refait des pansements. S’assure que ses patients, souvent très âgés et isolés, prennent bien leurs médicaments. Alors que le monde dort encore, que le lever de soleil n’est qu’une vague promesse – il ne se montrera finalement jamais, dissimulé derrière les nuages bretons – elle est déjà sur la route pour donner ses premiers soins.

Elle, c’est Eurielle, infirmière libérale à Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor. Sa journée débute à 6h15, s’achève à 21h, souvent après une permanence en cabinet. 15 ans qu’elle exerce ce métier, qu’elle «adore», mais qui a déjà pris son dû : un burn-out qui l'a forcée à s'arrêter, malgré la culpabilité. Alors quand on la rencontre, Eurielle fait part de son envie d’autre chose, d’un autre mode d’exercice. D’un autre horizon de soins. Une maison pluridisciplinaire dédiée aux plaies et à la cicatrisation, pour cette passionnée de ce champ du soin, peut-être? À moins qu’elle ne s’engage dans une formation en pratique avancée.

Un documentaire au plus près de l'exercice libéral

Affiche de La Tournée, documentaire de Guillaume VatanLa Tournée, documentaire de Guillaume Vatan, s’attache aux pas de cette infirmière, véritable boule d’énergie, alors qu’elle s’apprête à dire au revoir à des patients qu’elle connaît, pour certains, depuis des années et pour qui elle représente parfois le seul remède à l’isolement. Les visites s’enchaînent, Eurielle court après le temps. Dans sa voiture, entre deux domiciles, elle écoute s’égrainer les notes de piano – elle-même en joue – lors de moments suspendus. Ce sont lors de ces instants que pointent, furtivement, les signes d'une fatigue qui s'exprime comme à regret.

Pour relater son quotidien, le réalisateur reste au plus près de son sujet. Collé à son épaule, il pénètre avec elle dans l’intimité de ses patients, recueille à la volée quelques confidences. «L’autorisation de tournage a été la chose la plus dure à obtenir», confie-t-il. «Je n’avais que le temps d’Eurielle, c’est elle qui a préparé le terrain», en identifiant ceux qui accepteraient la caméra et qui adhèreraient au projet. «Les gens ne savaient pas qui j’étais», mais ils ont fait confiance à leur infirmière.

60 minutes sans fioritures, ni commentaires

En découle un documentaire à l’os, qui ne s’embarrasse pas de fioritures ni de commentaires en off. Pendant 60 minutes, on ne suivra donc qu’Eurielle, dans une succession de bouts du quotidien où elle accomplit ses soins, mais qui révèlent surtout la puissance du lien humain. «Je voulais que l’on soit proche d’elle. Je ne voulais pas que l’on triche, je voulais que l’on voie la réalité, les patients tels qu’ils sont.» Rien de ce qui se déroule sur l'écran n'est construit, tout est filmé «quasiment en temps réel.»

Ce projet de documentaire, Guillaume Vatan le nourrissait déjà depuis quelque temps. «J’avais envie de filmer quelqu’un qui est dans le soin. Mais qui ne soit pas à l’hôpital, parce que ça a déjà beaucoup été fait. Et c’est une profession que l’on connaît très peu», témoigne-t-il. De plus, «l’aspect road movie allait donner quelque chose d’assez cinématographique.»

C’est une amie qui lui présente Eurielle, alors qu’elle projette d’abandonner le libéral. Un moment charnière, une convergence des projets «qu’il fallait que j’attrape», capable d’apporter de la dramaturgie, du récit. «J’avais besoin de récit pour que ce ne soit pas uniquement des visites les unes après les autres.» Sur l’écran, Eurielle déploie sans filtre son énergie, mais aussi son attachement pour ces gens qui lui confient leurs petits riens comme leurs joies et leurs inquiétudes. Et l’émotion, alors, d’affleurer. «Il n’est pas large, le fil sur lequel on marche tous», souffle-t-elle à la caméra.

Projeté déjà dans plusieurs villes, dont Paris, Callac et Loudéac, le documentaire le sera une dernière fois au cinéma "Les Korrigans", à Guingamp, le 5 mars prochain. Il est également disponible en replay sur la chaîne bretonne Tébéo.


Source : infirmiers.com