Infirmière en psychiatrie : comment s’y lancer après l’IFSI ?

Publié le 14/09/2026

Clotilde, 23 ans, à sa sortie de l'Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI), a pris son premier poste dans un Établissement Public de Santé Mentale (EPSM) du nord de la France. Elle délivre conseils et témoignages pour s’engager le mieux possible dans cette voie.

infirmière hôpital

« Lorsque j’étais étudiante en IFSI, pendant les étés, j’ai travaillé au sein de l’EPSM dans lequel je suis embauchée aujourd’hui, pour gagner un peu d'argent. L’établissement m’offrait la possibilité de faire des mensualités en tant qu'aide-soignante durant la période estivale. Je l’ai fait deux fois : en fin de 1re et de 2e année. Au départ, c’était vraiment juste l’aspect financier qui m’intéressait, mais j'ai finalement rapidement réalisé que cela me plaisait énormément. En 3e année, j'ai donc demandé à effectuer des stages au sein de cet établissement, ce qui m'a énormément plu. Une fois diplômée, j'ai postulé et j’ai été prise directement. »

Préparation à la psychiatrie

Quand Clotilde était à l’IFSI, avant la récente réforme de la formation, il était obligatoire de réaliser un stage de cinq semaines en psychiatrie : « En 3e année, avec l'habitude des stages et l'autonomie qui commence à arriver, il est plus facile de se préparer pour la suite. Mon stage de cinq semaines m'a aidé mais, en même temps, comme je connaissais déjà un peu l'établissement et le personnel, cela a été plus facile pour moi. Je pense que cet unique stage est un peu court si l’on souhaite vraiment travailler en psychiatrie. En particulier pour commencer à appréhender les pathologies et le contact avec les patients. Cela demande un certain temps de développer une communication adaptée aux patients en psychiatrie. »

Travailler, comme Clotilde l’a fait, en tant qu’aide-soignante en psychiatrie durant l’été, permet d'avoir une perspective différente de celle d'un étudiant. « Les équipes ne nous voient pas forcément de la même façon. C'est plus facile pour approcher les patients et comprendre les pathologies. Je conseille également aux étudiants en 3e année d’IFSI qui souhaitent vraiment faire de la psychiatrie, de réaliser leur stage pré-professionnel en psychiatrie. »  Il s’agit d’un stage de neuf à dix semaines qui donne l’occasion de se tester, de voir si l’on aime vraiment cet environnement, si l’on se sent capable par la suite de prendre son poste dans un tel service. Clotilde n’a malheureusement pas pu faire son stage pré-professionnel en psychiatrie faute de place. Elle s’est rabattue sur l’addictologie.

Une journée type

Dans un service de psychiatrie, tout est assez ritualisé pour éviter le plus possible de perturber les patients. Lorsque Clotilde arrive à 6h45 le matin, elle prend les transmissions puis prépare les médicaments. Elle réveille les patients vers 7h30. De 7h30 à 9h, c'est le temps de la toilette. À 9h, débute le petit-déjeuner. Ensuite, pour les patients qui peuvent bénéficier de la réhabilitation, vient le temps des activités : du réveil articulaire, de la lecture, etc. Ce sont les patients qui choisissent l’activité en fonction de leur état.

Pendant ce temps-là, les infirmières prodiguent des soins aux patients qui ne souhaitent pas prendre part aux activités thérapeutiques.  Le repas de midi, avec les traitements, ponctue le milieu de la journée. Après avoir mangé les patients peuvent faire une sieste. Les infirmières font les transmissions à ce moment-là puisqu’elles sont relayées par les infirmières qui prennent leur service l’après-midi, de 13h45 à 21h15. En principe, il y a une équipe d’infirmières dédiées aux nuits, mais il arrive que, sur les vacances ou en cas d’arrêts de travail, les équipes de jour gèrent également les nuits.

Gestion des crises

 « Nous pouvons enchaîner des mois très calmes et puis, d'un coup, avoir des patients qui font crise sur crise, sans savoir vraiment comment les calmer. Parfois, ces patients se montrent violents, se mettent à frapper », explique Clotilde. Nous sommes censées être au minimum trois infirmières par unité. «Dans mon service, qui compte deux chambres d’isolement, nous pouvons aller jusqu’à 22 patients maximum. Lorsqu’un patient commence à décompenser c'est un peu plus compliqué parce que la plupart du temps, cela entraîne la décompensation d'autres patients. Si nous ne sommes que trois infirmières, la situation peut devenir compliquée. Globalement, si nous ne sommes que trois, des temps comme la toilette le matin deviennent très tendus, surtout si les patients sont très peu autonomes. Parfois nous sommes plus nombreuses, cela dépend vraiment des plannings. » 

En tout cas, si un patient fait une crise importante, les infirmiers se servent d’un système qui s'appelle le PTI pour « Protection travailleur isolé ».  Ce sont des téléphones qu’ils placent dans leurs poches et gardent ainsi toujours sur eux. Quand il se passe quelque chose d’ingérable - un patient en crise, un patient qui fait un arrêt cardiaque... -, et qu’ils ne se sentent pas de gérer seuls ou avec leurs collègues -, ils peuvent jeter le téléphone à terre. L'appareil va sonner dans tous les services de l'hôpital et indiquer leur position. Certaines personnes se détachent alors des équipes pour venir les aider.

Qualités spécifiques

Qu’en est-il des compétences qu’il faut avoir pour exercer en psychiatrie ? Selon Clotilde, la première vertu est la patience : « Les patients répètent souvent la même chose et sont très collés à vous. Il faut avoir une qualité d'écoute et aimer les soins relationnels. L’activité d’infirmière en service de psychiatrie est davantage tournée vers le soin relationnel que vers le soin technique. Comme je suis en sortie de diplôme (je suis diplômée depuis un an et demi seulement), je pense que je me sentirais encore capable de retourner dans un service plus technique. En revanche, pour des infirmières qui sont là depuis longtemps, quand il y a des soins techniques c'est un peu plus complexe parce qu’elles n’ont plus l'habitude. » Après plusieurs années d'exercice en psychiatrie, il peut être judicieux de refaire une formation courte avant de retourner dans un hôpital pour pouvoir faire des soins somatiques. Simplement pour reprendre un peu confiance en soi.

Une approche particulière

L'approche avec les patients est totalement différente de celle de l'hôpital, où les collègues de Clotilde sont en sous-effectif et n'ont pas forcément le temps de passer du temps avec les patients. « Ici, nous sommes toute la journée avec eux. Il n'y a pas un moment à part, si ce n’est sur le temps des transmissions, où nous ne sommes pas au contact des patients », souligne-t-elle. « Je trouve très intéressant et agréable de pouvoir travailler autour de jeux de société, de la musique... Nous gérons la façon dont nous communiquons avec les patients. Ce n’est pas nécessairement régulé par le timing de l'hôpital, mis à part les temps des repas, de la toilette, des traitements. Le reste du temps, c'est nous qui occupons l'espace, qui choisissons nos médiations. J’adore ça. »

Une question de service

Clotilde exerce avec des patients chroniques dans en service fermé. Ce n’est pas du tout le même travail qu’en service ouvert, en service d’entrée ou en service extrahospitalier. « Mon travail au quotidien consiste à accompagner les patients à travailler leurs projets futurs. Comme ce sont des patients atteints de pathologies chroniques, les services concernés sont les Ehpad, les foyers d'accueil médicalisés ou encore les maisons d'accueil spécialisées. L’objectif est de travailler ce projet avec eux et de continuer à stabiliser la pathologie pour qu’ils puissent avoir des places dans ces structures. »

Dans un service fermé, les patients ont la possibilité de sortir ou non de l'unité, sur avis médical. Ils sont atteints de plus de deux pathologies et ont beaucoup de mal, pour la plupart, avec la gestion du temps et de l'espace. Ils vont donc forcément se mettre en danger quand ils sont à l'extérieur. Le service fermé a pour but de les protéger au maximum. Il y a des patients sous contrainte, souvent à la demande d'un représentant de l'État, des patients qu’il n’est pas possible de laisser en service ouvert, qui ne peuvent pas aller et venir comme ils veulent. Dans un service ouvert, les patients, en « soins libres », peuvent aller et venir dans le parc comme ils le souhaitent. 

 

 

 

 

Elise Kuntzelmann

Source : infirmiers.com