Selon les résultats de l’étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) publiés le 16 septembre dans la revue BMJ Medicine, le risque de décès d’un nouveau-né est plus élevé pour les mères qui résident dans les communes les plus défavorisées. Depuis quelques années, la France connait un rebond de la mortalité infantile, au point de placer le pays parmi les derniers pays européens, démontrait en mars dernier l’Institut national d’études démographiques (INED). Elle est ainsi passée de 3,5 décès pour 1.000 enfants nés vivants en 2011 à 4,1 en 2024. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce phénomène jugé alarmant : hausse de l’âge des mères au moment de l’accouchement, grande prématurité, manque de personnels ou encore situation de précarité. C’est vers cette dernière explication que tend à pencher l’étude de l’Inserm.
Un indice de désavantage sociale dans la période périnatale
En 2022 déjà, une précédente enquête mettait en lumière une hausse significative de la mortalité infantile en France depuis 2012 et identifiait la mortalité néonatale comme cause principale du phénomène. Afin de déterminer les populations et zones géographiques les plus touchées, une équipe scientifique composée de chercheurs de l’Inserm, l'Université Paris Cité, l'Inrae, l'Université Paris Nord et l'AP-HP a mis au point un indice de désavantage social adapté à la période périnatale pour chaque commune de France hexagonale, explique l’Inserm dans un communiqué. Son élaboration s’appuie sur plusieurs facteurs déjà associés à l’état de santé des nouveau-nés : « le taux de chômage, le pourcentage de personnes immigrées dans le secteur, celle de locataires, de familles monoparentales, et le revenu médian par ménage. » Les chercheurs ont ensuite croisé cet indicateur avec le taux de mortalité néonatale sur deux périodes, à savoir entre 2001 et 2008, et entre 2015 et 2020.
À niveau de vie égal, un quart des décès auraient pu être évités
Les résultats révèlent « d’importantes inégalités face à la mortalité néonatale », conclut l’Inserm. Entre 2015 et 2020, les 20 % d’enfants nés de mères vivant dans les communes les plus défavorisées présentent un taux de décès dans les 28 jours suivant la naissance de 3,34 pour 1 000 naissances vivantes. C’est 1,7 fois supérieur à celui des 20% d’enfants issus des communes les plus favorisées (1,95 décès pour 1 000 naissances). « Si toute la population avait le même risque de mortalité néonatale que les 20 % les plus favorisés, on estime qu’environ un quart des décès, soit 2 496 décès de nouveau-nés, auraient pu être évités rien que sur la période entre 2015 et 2020 », commente Victor Sartorius, le premier auteur de l’étude, cité dans le communiqué. L’augmentation de la mortalité néonatale serait en réalité tirée par une hausse qui se limiterait aux zones les plus défavorisées, les autres présentant un taux de mortalité qui reste stable.
L'urgence d'adopter des politiques de santé publique adaptées
Ces conclusions s’expliqueraient par des facteurs de risque qui sont associés à des niveaux socio-économiques moins élevés, comme le tabagisme, le surpoids, l’exposition à la pollution, qui « entraînent un risque plus élevé de prématurité ou de petit poids de naissance chez le bébé », eux-mêmes risques de décès néonatal. « Il faut aussi évoquer l’organisation de notre système de soin ; on sait que l’accès aux soins et la capacité des résidents à se saisir du système de santé est réduit dans les territoires défavorisés », ajoute Victor Sartorius. « De plus, les forts taux d’occupation dans les unités qui prennent en charge les nouveau-nés en état critique couplés aux sous-effectifs pourraient aussi être une hypothèse parmi les causes à explorer. » En mai 2024, un rapport de la Cour des comptes pointait en effet des « résultats sanitaires médiocres » en périnatalité ainsi qu’une désorganisation des soins. Et dans sa récente analyse des événements indésirables graves liés aux soins (EIGS) chez les nouveau-nés, la Haute Autorité de Santé (HAS) estimait que 57 % de ces événements, dont les décès, auraient pu être évités.
« La question est donc de savoir comment améliorer l’organisation de l’offre de soins et les conditions de prise en charge des patients, notamment dans les territoires les plus fragiles selon notre indice de désavantage social et périnatal. Cela pourrait passer par un renforcement des effectifs, une meilleure formation des soignants et des infrastructures adaptées, par exemple », avance Jennifer Zeitlin, la dernière autrice de l’étude. L’équipe suggère également de réaliser des audits de l’offre de soin en périnatalité dans chaque territoire. « Notre étude montre à quel point les populations défavorisées sont en première ligne face à la mortalité néonatale et souligne l’urgence de mettre en place des mesures de santé publique » qui permettent de limiter ces risques.
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