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Contre le coronavirus : en quoi consistent les "plans blancs" et "plans bleus" ?

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Epidémiologie

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La France a entamé jeudi 29 octobre à minuit son deuxième confinement devant l'aggravation de la situation : cette fois encore la population est appelée à rester au maximum chez elle, même si les mesures prises témoignent d'un petit peu plus de souplesse : les écoles restent ouvertes, les Ehpad peuvent recevoir de la visite et une partie du pays continue à travailler (à l'exception des restaurateurs, des commerces non-essentiels et du monde de la culture et du spectacle notamment). Pour les établissements de santé et pour les établissements médico-sociaux, en première ligne, il s'agit aussi de se tenir prêts. Lors de crises majeures, le gouvernement peut ainsi déclencher le "plan blanc" dans les hôpitaux et le "plan bleu" dans les Ehpad sur l’ensemble du territoire. On fait le point sur ces mesures exceptionnelles.

Contre le coronavirus : en quoi consistent les "plans blancs" et "plans bleus" ?

Le plan blanc recense les moyens des établissements de santé susceptibles d’être mobilisésDans les Ehpad, le plan bleu vise également la mise en œuvre rapide et cohérente des moyens indispensables pour faire face à la crise afin de protéger les personnes âgées, fragiles et donc plus à risque. 

Un plan blanc pour les hôpitaux, bleu pour les Ehpad. Les établissements de santé et médico-sociaux doivent pouvoir faire face à la contamination de nombreux patients atteints par le Covid-19 et ces deux plans doivent leur permettre de gérer cette crise. Car la priorité est toujours la même : ralentir, au maximum, la propagation du virus en France. 

On répond à des questions très concrètes lors de ces réunions : si l’on manque de lits, qu’est-ce qu’on fait ? Comment, physiquement, est-ce qu’on parvient à séparer les personnes potentiellement contaminées des autres à l’intérieur de l’établissement...

Un plan blanc dans les hôpitaux : quèsaco ?

Le plan blanc, inscrit dans la loi depuis 2004 et déclenché dans les établissements de santé, est un dispositif de crise qui permet aux hôpitaux de mobiliser immédiatement les moyens de toute nature dont il[s] dispose[nt] en cas d’afflux de patients, ou pour faire face à une situation sanitaire exceptionnelle, rappelle le ministère de la Santé. Ce dispositif peut ainsi être déclenché par le directeur ou le responsable de l’établissement (en lien avec les Agences régionales de santé), qui doit en informer sans délai le préfet. Il peut également être mis en place à la demande du préfet. Le Plan Blanc intègre les orientations du schéma ORSAN (organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles) établi en 2014 afin d’optimiser la réponse sanitaire à l’échelle régionale en réponse à une crise majeure. Le plan blanc recense les moyens des établissements de santé susceptibles d’être mobilisés. En clair, il prévoit notamment les modalités selon lesquelles le personnel nécessaire peut-être maintenu sur place ou, le cas échéant, rappelé lorsque la situation le justifie. Chaque hôpital doit ainsi se doter d’une cellule de crise pilotée par le chef d’établissement. 

Le plan blanc implique un grand nombre d’acteurs, précise Joachim Tavares, ancien directeur d’Ehpad et fondateur de Papyhappy.frParfois autour de la table se réunissent les directeurs d’hôpitaux, le préfet, la direction de l’ARS, les pompiers, les gendarmes, les représentants de la médecine de ville… Il s’agit véritablement d’une coordination de tous les corps de métiers susceptibles d’agir dans le cas d’une crise sanitaire exceptionnelle. L’objectif ? Eviter absolument aux hôpitaux de se trouver débordés ou dépassés. On répond à des questions très concrètes lors de ces réunions : si l’on manque de lits, qu’est-ce qu’on fait ? (Parfois on dirige les patients vers d’autres établissements mais le protocole doit être clairement établi à l’avance), comment, physiquement, est-ce qu’on parvient à séparer les personnes potentiellement contaminées des autres à l’intérieur de l’établissement ? (Parfois il s’agit de découper l’établissement en plusieurs zones) Comment assure-t-on le maintien des effectifs soignants… Un volet important du plan blanc concerne aussi la gestion des places hospitalières (avec des sorties anticipées de patients si nécessaire) et des blocs chirurgicaux (les opérations non urgentes peuvent être reportées). Les plans prévoient aussi la mise en place de cellules psychologiques dans les cas les plus extrêmes. Enfin, ils s’appliquent de manière graduée en fonction de la situation et peuvent concerner un hôpital ou l’ensemble du territoire.

Tous les établissements de santé priés de déclencher leur "plan blanc"

Tous les établissements de santé français doivent déclencher sans attendre leur plan blanc et déprogrammer des activités médicales afin de libérer de la disponibilité en lits pour les malades du Covid, a indiqué le ministre de la Santé Olivier Véran dans un courrier adressé mercredi 28 octobre aux directeurs d'hôpitaux. Face aux risques de saturation dans certains territoires, il devient nécessaire d'augmenter plus fortement les possibilités de prise en charge de patients infectés par le coronavirus, écrit Olivier Véran. Le ministre leur demande donc de déclencher sans attendre, pour tous les établissements ne l'ayant pas encore fait, les premiers paliers de déprogrammation et de vérifier la mise en oeuvre effective de ces reports. Dans les régions les plus en tension, il demande aux établissements de santé d'activer sans attendre les paliers plus élevés en déprogrammant toutes les activités chirurgicales et médicales pouvant l'être. Ces mesures devront toutefois préserver la prise en charge des cancers, des greffes, des malades chroniques requérant des soins urgents, ainsi que la psychiatrie, notamment les publics mineurs avec handicap psychique.

Le plan blanc a été réactivé dès le 16 octobre dans les hôpitaux d'Ile-de-France et à Lyon sur demande des Agences régionale de Santé. L'ARS du Grand Est a également annoncé lundi 26 octobre avoir demandé à tous les établissements de santé de déclencher le plan blanc pour faire face au rebond épidémique significatif.

En réalité c’est beaucoup de pédagogie mais aussi beaucoup d’autorité. C’est-à-dire qu’il faut savoir interdire l’accès de l’établissement lorsque la décision a été prise de ne pas autoriser les visites dans les Ehpad.

Plan bleu dans les Ehpad : quelles sont les mesures ?

Dans les Ehpad, le plan bleu, créé après la canicule de 2003, vise également la mise en œuvre rapide et cohérente des moyens indispensables pour faire face à la crise afin de protéger les personnes âgées, fragiles et donc plus à risque. Le plan bleu est déclenché par le directeur d’établissement en lien avec les Agences régionales de santé et implique, dans chaque établissement, de faire le point sur les consignes de circulation, la procédure de renforcement des personnels et toutes les adaptations nécessaires au fonctionnement en mode dégradé (nettoyage et désinfection renforcé des chambres, mise en place de circuits spécifiques pour le nettoyage des draps dans les chambres contaminées…) Comme dans le cas des plans blancs, des cellules de crise sont déployées, avec pour mission de faire un point précis sur la situation, d'évaluer les besoins, de recenser les moyens à disposition et d'identifier les actions à mettre en œuvre pour réagir de la façon la plus efficace possible.

Le plan bleu est activé cette fois pour le coronavirus, mais il arrive qu’on le déploie lors d’une crise de grippe ou de gastroentérite, explique l’ancien directeur d’Ehpad Joachim Tavares. Son application est relativement simple mais demande un travail considérable et une mobilisation de toutes les équipes en amont. Concrètement, on commence par nommer des soignants référents (le médecin coordinateur en Ehpad, ou bien le cadre de santé), puis on désigne des relais parmi les aides-soignants et les infirmiers. C’est vraiment un travail collégial, qui se fait avec les acteurs locaux. On signe des protocoles de façon à être les plus réactifs possibles en cas de crise. L’idée est bien de fluidifier et de simplifier les démarches. Des décisions très précises sont prises et appliquées dans les maisons de retraite à l’issue de ces réunions. Mise en place de SAS de décontamination à l’entrée des chambres, maintien des portes de chambres fermées, mise à disposition de masques, gants, solutions hydroalcooliques et poubelles pour les personnels qui se trouvent au contact des résidents, ce qui implique d’anticiper et de gérer les stocks. Il faut aussi établir des plannings avec précision, prévoir et organiser le remplacement rapide des personnels soignants touchés par l’épidémie, les équipes ont aussi pour consigne d’être facilement joignables... On fait donc en sorte d’être dans une anticipation maximale. C’est vraiment la mise en place d’une stratégie face à un ennemi. Le plan bleu exige aussi des équipes un gros travail de pédagogie. On se met d’accord sur des communications pour inciter les gens à effectuer les gestes barrières (lavage de main, se moucher dans des mouchoirs jetables, tousser dans son coude…). L’ancien directeur d’Ehpad va même plus loin : En réalité c’est beaucoup de pédagogie mais aussi beaucoup d’autorité. C’est-à-dire qu’il faut savoir interdire l’accès de l’établissement lorsque la décision a été prise de ne pas autoriser les visites.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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