GRANDS DOSSIERS

Contre le coronavirus : en quoi consistent les "plans blancs" et "plans bleus" ?

Cet article fait partie du dossier :

Epidémiologie

    Précédent Suivant

La France a commencé la semaine avec des mesures renforcées contre le coronavirus et s'attend à une aggravation de la situation : tous les rassemblements de plus de 1 000 personnes sont interdits et les écoles des zones les plus touchées sont fermées pour tenter de freiner l’épidémie, alors que le pays est entré en phase 2 et se prépare pour la phase 3. Pour les établissements de santé et pour les établissements médico-sociaux, en première ligne, il s'agit aussi de se tenir prêts. Le gouvernement a ainsi déclenché la semaine dernière le "plan blanc" dans les hôpitaux et le "plan bleu" dans les Ehpad sur l’ensemble du territoire. On fait le point sur ces mesures exceptionnelles.

Contre le coronavirus : en quoi consistent les "plans blancs" et "plans bleus" ?

Les plans bleus et blancs ont été déclenchés le 6 mars sur l’ensemble du territoire.

Un plan blanc pour les hôpitaux, bleu pour les Ehpad. Les établissements de santé et médico-sociaux doivent pouvoir faire face à la contamination de nombreux patients atteints par le Covid-19 et ces deux plans doivent leur permettre de gérer cette crise. Car la priorité est toujours la même : ralentir, au maximum, la propagation du virus en France, tout en se préparant à l’éventualité d’une entrée en phase 3. Depuis le 24 janvier, 1 412 cas confirmés ont été identifiés en France et 30 personnes sont décédées depuis le début de l’épidémie, précise Santé Publique FranceNous venons de décider pour l'ensemble du territoire la mise sous tension de l'ensemble des établissements de santé et médico-sociaux qui déclencheront leurs plans de mobilisation interne, a ainsi annoncé le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran le 6 mars dans son point de situation journalier sur le Covid-19. Toutes les ARS sont déjà organisées en cellule de crise en lien avec tous les partenaires et établissements, a-t-il précisé.

On répond à des questions très concrètes lors de ces réunions : si l’on manque de lits, qu’est-ce qu’on fait ? Comment, physiquement, est-ce qu’on parvient à séparer les personnes potentiellement contaminées des autres à l’intérieur de l’établissement...

Un plan blanc dans les hôpitaux : quèsaco ?

Le plan blanc, inscrit dans la loi depuis 2004 et déclenché dans les établissements de santé, est un dispositif de crise qui permet aux hôpitaux de mobiliser immédiatement les moyens de toute nature dont il[s] dispose[nt] en cas d’afflux de patients, ou pour faire face à une situation sanitaire exceptionnelle, rappelle le ministère de la Santé. Ce dispositif peut ainsi être déclenché par le directeur ou le responsable de l’établissement (en lien avec les Agences régionales de santé), qui doit en informer sans délai le préfet. Il peut également être mis en place à la demande du préfet. Le Plan Blanc intègre les orientations du schéma ORSAN (organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles) établi en 2014 afin d’optimiser la réponse sanitaire à l’échelle régionale en réponse à une crise majeure. Le plan blanc recense les moyens des établissements de santé susceptibles d’être mobilisés. En clair, il prévoit notamment les modalités selon lesquelles le personnel nécessaire peut-être maintenu sur place ou, le cas échéant, rappelé lorsque la situation le justifie. Chaque hôpital doit ainsi se doter d’une cellule de crise pilotée par le chef d’établissement. 

Le plan blanc implique un grand nombre d’acteurs, précise Joachim Tavares, ancien directeur d’Ehpad et fondateur de Papyhappy.frParfois autour de la table se réunissent les directeurs d’hôpitaux, le préfet, la direction de l’ARS, les pompiers, les gendarmes, les représentants de la médecine de ville… Il s’agit véritablement d’une coordination de tous les corps de métiers susceptibles d’agir dans le cas d’une crise sanitaire exceptionnelle. L’objectif ? Eviter absolument aux hôpitaux de se trouver débordés ou dépassés. On répond à des questions très concrètes lors de ces réunions : si l’on manque de lits, qu’est-ce qu’on fait ? (Parfois on dirige les patients vers d’autres établissements mais le protocole doit être clairement établi à l’avance), comment, physiquement, est-ce qu’on parvient à séparer les personnes potentiellement contaminées des autres à l’intérieur de l’établissement ? (Parfois il s’agit de découper l’établissement en plusieurs zones) Comment assure-t-on le maintien des effectifs soignants… Un volet important du plan blanc concerne aussi la gestion des places hospitalières (avec des sorties anticipées de patients si nécessaire) et des blocs chirurgicaux (les opérations non urgentes peuvent être reportées). Les plans prévoient aussi la mise en place de cellules psychologiques dans les cas les plus extrêmes. Enfin, ils s’appliquent de manière graduée en fonction de la situation et peuvent concerner un hôpital ou l’ensemble du territoire.

Le "plan blanc" activé dans plusieurs établissements

Depuis l’annonce du plan blanc, il a d’ores et déjà été activé dans plusieurs hôpitaux français et notamment dans les établissements hospitaliers de Creil et de Compiègne, dans le département de l'Oise, particulièrement touché par l'épidémie. Tout comme à l’hôpital Emile Muller de Mulhouse, commune de l’Est de la France, l’un des foyers de l’épidémie depuis le vaste rassemblement évangélique fin février, également sur le pied de guerre. La situation contraint l’hôpital, déjà secoué par une longue grève des urgentistes il y a quelques mois pour protester contre la pénurie de personnel, à se réorganiser pour faire face à cette nouvelle crise d’ampleur. C’est un énorme défi. Toutes nos équipes sont sur le front, explique la directrice de l’hôpital qui a activé samedi le plan blanc dans cet établissement d’environ 820 lits. Ce dispositif de mobilisation maximale a également été déployé à l’hôpital de Colmar, l’autre établissement haut-rhinois qui accueille également des personnes infectées par le virus. Même chose au CHRU de Besançon où la direction a tenu une conférence de presse ce 9 mars déclenchant à son tour le plan blanc.

Par ailleurs, le ministère a annoncé qu’en anticipation des besoins à venir, la réserve sanitaire était mobilisée par les agences régionales de santé qui en font la demande, en renfort des établissements de santé. Elle est composée de professionnels de santé volontaires (directeur d'hôpital, médecin, psychologue, pharmacien, infirmier, ambulancier) qui peuvent être en activité, à la retraite depuis moins de cinq ans ou en formation.

En réalité c’est beaucoup de pédagogie mais aussi beaucoup d’autorité. C’est-à-dire qu’il faut savoir interdire l’accès de l’établissement lorsque la décision a été prise de ne pas autoriser les visites dans les Ehpad.

Plan bleu dans les Ehpad : quelles sont les mesures ?

Dans les Ehpad, le plan bleu, créé après la canicule de 2003, vise également la mise en œuvre rapide et cohérente des moyens indispensables pour faire face à la crise afin de protéger les personnes âgées, fragiles et donc plus à risque. Le plan bleu est déclenché par le directeur d’établissement en lien avec les Agences régionales de santé et implique, dans chaque établissement, de faire le point sur les consignes de circulation, la procédure de renforcement des personnels et toutes les adaptations nécessaires au fonctionnement en mode dégradé (nettoyage et désinfection renforcé des chambres, mise en place de circuits spécifiques pour le nettoyage des draps dans les chambres contaminées…) Comme dans le cas des plans blancs, des cellules de crise sont déployées, avec pour mission de faire un point précis sur la situation, d'évaluer les besoins, de recenser les moyens à disposition et d'identifier les actions à mettre en œuvre pour réagir de la façon la plus efficace possible.

Le plan bleu est activé cette fois pour le coronavirus, mais il arrive qu’on le déploie lors d’une crise de grippe ou de gastroentérite, explique l’ancien directeur d’Ehpad Joachim Tavares. Son application est relativement simple mais demande un travail considérable et une mobilisation de toutes les équipes en amont. Concrètement, on commence par nommer des soignants référents (le médecin coordinateur en Ehpad, ou bien le cadre de santé), puis on désigne des relais parmi les aides-soignants et les infirmiers. C’est vraiment un travail collégial, qui se fait avec les acteurs locaux. On signe des protocoles de façon à être les plus réactifs possibles en cas de crise. L’idée est bien de fluidifier et de simplifier les démarches. Des décisions très précises sont prises et appliquées dans les maisons de retraite à l’issue de ces réunions. Mise en place de SAS de décontamination à l’entrée des chambres, maintien des portes de chambres fermées, mise à disposition de masques, gants, solutions hydroalcooliques et poubelles pour les personnels qui se trouvent au contact des résidents, ce qui implique d’anticiper et de gérer les stocks. Il faut aussi établir des plannings avec précision, prévoir et organiser le remplacement rapide des personnels soignants touchés par l’épidémie, les équipes ont aussi pour consigne d’être facilement joignables... On fait donc en sorte d’être dans une anticipation maximale. C’est vraiment la mise en place d’une stratégie face à un ennemi. Le plan bleu exige aussi des équipes un gros travail de pédagogie. On se met d’accord sur des communications pour inciter les gens à effectuer les gestes barrières (lavage de main, se moucher dans des mouchoirs jetables, tousser dans son coude…). L’ancien directeur d’Ehpad va même plus loin : En réalité c’est beaucoup de pédagogie mais aussi beaucoup d’autorité. C’est-à-dire qu’il faut savoir interdire l’accès de l’établissement lorsque la décision a été prise de ne pas autoriser les visites.

Creative Commons License

Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

Retour au sommaire du dossier Epidémiologie

Commentaires (0)