Les indicateurs de souffrance au travail chez les soignants ne cessent d’alerter. Les taux de burn-out sont estimés entre 40 et 60% et les intentions de quitter la profession concernent un infirmier sur quatre et un médecin. Ce constat conduit à explorer les facteurs explicatifs.
Une discordance entre les valeurs professionnelles et la réalité de la pratique
Le «Moral Injury», ou «blessure morale» en français, est un concept issu du monde anglo-saxon. Il renvoie à une discordance profonde entre les valeurs professionnelles des soignants et la réalité de leur pratique quotidienne, marquée par des contraintes organisationnelles et économiques. Quand un professionnel ne peut agir conformément à ses principes éthiques, ou qu’il éprouve un sentiment de trahison institutionnelle, une détresse spécifique peut émerger. Distincte du burn-out, elle peut toutefois en renforcer les effets. Cette souffrance touche au sens du travail, à l’identité professionnelle et à la qualité des soins prodigués.
Face à cette hypothèse, l’APHM et Aix-Marseille Université initient une enquête nationale inédite en France dont l’ambition est de mieux comprendre les manifestations de cette blessure morale et en mesurer l’impact sur la santé des professionnels. En contribuant à cette recherche, les soignants participent à une démarche visant à mieux comprendre une souffrance encore peu documentée en France.
Objectiver pour éclairer le débat public
L’étude repose sur une enquête en ligne mêlant données quantitatives et qualitatives. Son objectif principal est de décrire les différentes formes que peut prendre le «Moral Injury» chez les professionnels de santé en France et d’en analyser les manifestations concrètes.
L’enjeu ne se limite pas à une photographie descriptive. Les chercheurs entendent également identifier les déterminants du phénomène, qu’ils soient individuels ou organisationnels, et évaluer ses conséquences sur la santé mentale et physique. L’anxiété, la dépression, la qualité de vie et l’état de santé général font partie des indicateurs étudiés.
Au-delà de la production scientifique, la démarche vise à étayer les constats remontés du terrain. Disposer de données objectivées permet de renforcer la crédibilité des revendications professionnelles et de porter un plaidoyer argumenté auprès des décideurs publics. L’analyse des résultats devrait ainsi contribuer à nourrir une réflexion collective sur l’amélioration des conditions de travail et la qualité de vie des soignants, avec, en filigrane, la question de la qualité et de la sécurité des soins.
Une enquête disponible durant 12 mois
La participation à l’enquête, entièrement en ligne, dure environ 20 minutes et ne donne lieu à aucun bénéfice personnel ni indemnisation. La collecte et l’analyse des réponses de 3 073 participants s’étaleront sur 12 mois. Les professionnels volontaires sont invités à renseigner leurs données socio-démographiques et professionnelles, leurs habitudes de vie ainsi que leur état de santé.
Grâce à plusieurs outils d’évaluation validés scientifiquement, Moral Injury explore les perceptions, les conflits éthiques et les dissonances entre valeurs et pratiques et donne la possibilité de livrer des témoignages. Par exemple, une échelle visuelle analogique permet d’évaluer les actions ou politiques de l’organisation de santé, ou bien encore, un questionnaire permet d’évaluer les principes éthiques et leur application en pratique.
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