AU COEUR DU METIER

Pour la présentation du casier judiciaire pour l'entrée en Ifsi

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Réagissant à l'affaire Farid Benyettou, le conseil de l'ordre des infirmiers de Paris réclame le rétablissement de la demande de casier judiciaire pour l'admission au concours d'entrée en Institut de formation en soins infirmiers (Ifsi), dans un communiqué paru le 13 janvier 2015.

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La présentation du casier judiciaire lors de l'admission au concours d'entrée en Ifsi permettrait aux étudiants de ne pas être confrontés à des difficultés de recrutement une fois diplômés.

L'instance a réagi à l'affaire Farid Benyettou, étudiant en soins infirmiers qui était en stage depuis décembre 2014 dans le service d'urgences de l'hôpital Pitié-Salpêtrière (AP-HP, Paris) mais a été également condamné, le 14 mai 2008, par le tribunal correctionnel de Paris à six ans de prison ferme, dont quatre ans de sûreté pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Figure du XIXème arrondissement de Paris et de la mosquée Adda'wa, Farid Benyettou est présenté comme l'ex-"émir" de la "filière des Buttes-Chaumont" - qui recrutait et formait des jeunes envoyés en Irak pour combattre à partir de 2004 - et comme le "mentor" des deux frères qui ont commis l'attentat contre Charlie Hebdo le mercredi 7 janvier dernier.

Dans un communiqué mis en ligne lundi 12 janvier sur son site internet (mais non diffusé), la direction de l'AP-HP a assuré que l'étudiant était connu et surveillé par les services de police et qu'aucun comportement anormal n'a entravé le cours de sa scolarité. L'extrait de casier judiciaire n'étant pas réglementairement demandé pour intégrer une école d'infirmier, il a pu être reçu au concours d'infirmiers en 2011, explique-t-elle. L'AP-HP ajoute que la directrice de l'Ifsi, Véronique Marin La Meslée, a découvert le passé de Farid Benyettou en mars 2012, à l'issue d'un reportage télé. La directrice s'est immédiatement mise en lien avec les services de police, souligne l'AP-HP qui observe que la situation de l'élève était donc connue depuis le début de sa scolarité, tant par la direction de l'école que des services de police. La validation de sa formation, qui devait s'achever fin janvier, sera soumise à l'évaluation de droit commun, comme les autres élèves infirmiers, souligne l'AP-HP. L'institution observe qu'une condamnation portée sur le casier judiciaire n'interdit pas de se présenter au concours d'entrée d'un institut de formation mais interdit d'être recruté sur un emploi public. Elle rappelle en outre que c'est elle-même, en lien avec les services de police, qui a pris l'initiative de ne pas maintenir Farid Benyettou dans le planning du service où il terminait son dernier stage en tant qu'élève infirmier. Cette décision a été prise dès qu'a été connue l'identité des auteurs de l'attentat et le lien qu'ils avaient noué dans le cadre du groupe des 'Buttes Chaumont', assure-t-elle.

L'institution AP-HP observe qu'une condamnation portée sur le casier judiciaire n'interdit pas de se présenter au concours d'entrée d'un institut de formation mais "interdit d'être recruté sur un emploi public".

L'Ordre infirmier de Paris scandalisé par les propos de l'AP-HP

Dans un communiqué, le conseil de l'Ordre des infirmiers de Paris a vivement critiqué la position adoptée par l'AP-HP. S'il est normal que des personnes qui ont effectué des peines, puissent se réinsérer en sortant de prison, toutes les reconversions sont-elles pour autant possibles ?, demande-t-il. Laisserait-on un pédophile devenir éducateur de jeunes enfants ou professeur des écoles ?, interroge-t-il en estimant que le bon sens aurait exigé qu'une personne condamnée pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ne puisse exercer une profession humaniste. Le conseil se déclare également choqué par la légèreté et l'irresponsabilité de ceux qui ont fermé les yeux depuis 2012 [...]mettant ainsi un ancien prédicateur djihadiste en contact avec des personnes en état de faiblesse physique et morale. Il se dit aussi scandalisé par les propos de l'AP-HP indiquant que Farid Benyettou ne pourra pas travailler dans le public, sous-entendant qu'il pourra aller dans le privé.

L'ordre des infirmiers de Paris souligne "qu'il n'a à aucun moment été tenu informé ni par les autorités judiciaires ni par les autorités sanitaires du projet de l'entrée de M. Benyettou dans les études infirmières..."

Face à cette situation, l'ordre infirmier de Paris demande le rétablissement de la demande de casier judiciaire pour l'admission au concours d'entrée en Ifsi. Cela permettrait en outre aux étudiants de ne pas être confrontés à des difficultés de recrutement une fois diplômés, observe-t-il. Pour l'ordre national infirmier, le cas de Farid Benyettou illustre un problème plus général de fond qui est celui de l'accès aux études et de l'accès à la profession d'infirmière. Tout le monde peut-il accéder à cette profession ? Ne faut-il pas un contrôle approfondi y compris au moment de l'entrée dans les études ?, demande-t-il également. Il précise qu'il n'a à aucun moment été tenu informé ni par les autorités judiciaires ni par les autorités sanitaires du projet de l'entrée de M. Benyettou dans les études infirmières. Or la profession d'infirmier n'est pas une profession comme une autre, affirme l'ordre national. C'est une profession réglementée dont l'accès est contrôlé tant sur des critères de compétence que de moralité et d'indépendance de ses membres, critères qui sont identiques quel que soit le lieu de l'exercice professionnel (secteur public ou privé, exercice libéral), souligne-t-il. Rappelant que cette profession est dotée d'un ordre professionnel, lequel doit vérifier les compétences autant que la moralité en accédant notamment au casier judiciaire détaillé, il souhaite que soit considérée la possibilité que chaque étudiant se présente dès le début des études infirmières à l'ordre afin que ces vérifications soient faites.

La CME s'est "émue" de la présence dans un hôpital de l'AP-HP (Pitié-Salpêtrière) d'une personne qui a subi une telle condamnation.

Toutes les mesures ont été prises (CME AP-HP)

De son côté, la commission médicale d'établissement (CME) de l'AP-HP a évoqué cette affaire mardi matin lors de sa séance, a indiqué à l'APM son président, Loïc Capron. Ce dernier Loïc indique que la CME s'est émue de la présence dans un hôpital de l'AP-HP (Pitié-Salpêtrière) d'une personne qui a subi une telle condamnation. Il ajoute qu'en ce qui le concerne, il a salué la vigilance des enseignants infirmiers qui connaissaient la situation de cet élève dès 2012 et ont donné les alertes nécessaires, lesquelles ont conduit à le retirer du planning des urgences la semaine dernière. Pour Loïc Capron, toutes les mesures nécessaires ont été prises. On ne peut pas jeter la pierre à l'AP-HP à ce sujet, insiste-t-il en assurant que la CME a été "claire" à ce sujet.

Quand à Farid Benyettou, interrogé lundi 12 janvier sur iTélé, a affirmé qu'il condamn[ait] les tueries perpétrées la semaine dernière. Je ne suis absolument pas d'accord avec ce qui s'est passé, a-t-il assuré. L'islam condamne tout ce qui a été fait, sans exception, que ce soit l'assassinat lâche et monstrueux des journalistes, des policiers et de certains membres de la communauté juive, a-t-il affirmé. Tout cela ne doit pas être attribué à l'islam, a-t-il insisté.

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Commentaires (4)

WUCAN

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19 commentaires

#4

Oui à l'extrait de casier judiciaire et au dossier médical

J'attire votre attention sur ce point : qu'est ce qui est le plus grave ? La bonne moralité du soignant ou l'intégrité de sa santé mentale et psychique ?

Je connais personnellement une aide-soignante devenue étudiante infirmière hospitalisée en psychiatrie et le diagnostic de schizophrénie paranoïde a été posé. Elle est actuellement en troisième année, sous traitement et va certainement avoir son diplôme...

Personne n'est à l'abri d'une décompensation psychiatrique qui peut conduire ou pas, à des actes légalement répréhensibles... ou pas...

Combien d'infirmiers, et de professionnels de santé et plus largement de personnes ayant la charge d'autres personnes vulnérables ou d'enfants sont alcooliques, se droguent ou sont suivis sous traitement ? Personnellement cela m'inquiète beaucoup plus au niveau de la sécurité des soins qu'un éventuel acte terroriste...

Une fois encore notre ordre est à côté de la plaque, plus qu'une question de compatibilité du passé judiciaire avec l'humanisme, c'est une question d'équilibre mental et psychique qu'il faudrait pouvoir garantir chez tous les professionnels !

Quant à la question des dérives sectaires soulevée par BRONCO, elle est selon moi annexe, dans la mesure où différents courants de pensée peuvent exister et que je suis contre la pensée unique (il n'y aurait qu'une seule façon de bien soigner, la notre...). Pour preuve dernièrement, le couple anglais qui a retiré contre avis médical son enfant atteint de tumeur cancéreuse de l'hôpital, qui a fuit et a été poursuivi, pour avoir voulu le faire soigner différemment et qui a permis sa guérison, puisqu'aux dernières nouvelles, qui n'ont pas non plus détaillé par quel miracle ce fut possible, l'enfant ne présentait plus de tumeur cancéreuse. La médecine ne saurait tolérer une telle pub !

BRONCO

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41 commentaires

#3

Moralité et ONI

Comment l'ONI va vérifier la moralité et l'indépendance de ses membres quand certains IDE appartiennent à des mouvements sectaires ? Ceux ci sévissent dans des services accueillants des patients vulnérables ( Oncologie , Médico-social ... ) .
Il y a quelque temps le président de l'ONI avait été entendu sur le sujet des dérives sectaires par nos sénateurs et le moins que l'on puisse dire est que ses réponses étaient très évasives . Pourtant ce type de pratique peut amener a tuer des patients ( Arrêt des TTT en cours , méthodes de "soins new âge " ... ) .
Que l'on demande un extrait de casier judiciaire pour exercer d'accord . Mais on n'a pas besoin de l'ONI pour pour s'en apercevoir . Avant cela se faisait et l'ONI n'existait pas . Mais ça s'était avant .
Alors pour assurer nos patients que tous les IDE ont une morale exemplaire et que certains ne font pas de prosélytisme pour des sectes que propose concrètement l'ONI ? Là aussi il y a danger .

Utilisateur supprimé

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494 commentaires

#2

Milice ordinale ?

L'oni n'a pas été informé parce que tout le monde s'en fout de cette officine... Les politiques et plus précisément les tutelles, les structures de soins, les IDE...etc.

L'oni existe encore uniquement parce que c'est un organe de division et d'affaiblissement de la profession.

Hazel

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5 commentaires

#1

Accès au casier judiciaire ?

L'ONI aurait donc la possibilité d'accéder au casier judiciaire des infirmiers ? A quels extraits ?