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Présidentielles 2017 : le programme santé du candidat Macron

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Emmanuel Macron, candidat à l'élection présidentielle de 2017, a précisé ses propositions en matière de santé, le 6 janvier dernier à l'occasion d'un déplacement au centre hospitalier de Nevers.

Emmanuel Macron

Parmi les propositions du candidat Macron, un service sanitaire de trois mois intégré dans les maquettes pédagogiques des étudiants en santé afin de mener des actions de prévention dans les écoles ou les Ehpad.

L'ancien ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique avait dévoilé ses premières pistes dans un livre qu'il a publié en novembre 2016, intitulé "Révolution". Le 6 janvier dernier, il s'est fait beaucoup plus précis tout en insistant à plusieurs reprises sur la nécessité d'effectuer une révolution culturelle. Pour cela, il a invité à s'appuyer plus sur les personnels soignants que sur le système de santé et les établissements et à ouvrir une phase nouvelle de décentralisation et de déconcentration.

Emmanuel Macron (qui ne participe pas à l'élection primaire de la gauche les dimanches 22 et 29 janvier prochains) a rappelé les différents "défis" à venir pour le système de santé ("crise" de l'hôpital, vieillissement de la population, développement des maladies chroniques...) et a articulé ses propositions autour de quatre chantiers : la révolution de la prévention, l'accès de tous à des soins de qualité, la transformation de l'hôpital et une vraie politique industrielle et d'innovation.

Création d'un "service sanitaire" et le remboursement à 100% des lunettes et prothèses dentaires.

Sur la prévention, il a proposé de créer un service sanitaire de trois mois pour les étudiants en santé, c'est-à-dire les étudiants en médecine, en pharmacie, en dentaire ou en soins infirmiers. Ce service, qui serait intégré dans les maquettes pédagogiques, permettrait à ces étudiants de mener des actions de prévention dans les écoles ou les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes(Ehpad). Il concernerait plus de 40.000 étudiants chaque année, a-t-il souligné. Le candidat souhaite aussi fixer des objectifs nationaux en matière de prévention, comme par exemple celui d'arriver à une génération sans tabac. C'est un défi collectif mené en formant et en incitant, a-t-il assuré en se défendant de vouloir déclencher une bataille avec les buralistes.

Comme il l'a déjà indiqué dans son livre, il suggère aussi de modifier le mécanisme de rémunération des professionnels de santé, en fondant une partie de leur rémunération sur des objectifs de santé publique, mais sans préciser davantage ce qu'il imagine par rapport à la situation actuelle. Il veut aussi donner davantage de "liberté" aux professionnels pour s'organiser, et donner plus de latitude aux agences régionales de santé (ARS) pour lancer des appels à projets en fonction des besoins locaux. La révolution de la prévention ne partira pas de l'Etat, elle se construira sur les territoires par des initiatives multiples, avec les élus et les professionnels de santé, a-t-il insisté sous les applaudissements.

Afin que les Français puissent prendre soin, sans se ruiner, de leurs yeux, de leurs dents et de leur audition, Emmanuel Macron a annoncé qu'il se fixait comme "objectif" de faire prendre en charge à 100% d'ici 2022 les lunettes, les prothèses dentaires et les prothèses auditives, suscitant là-aussi des applaudissements nourris. Il ne s'agit pas [par ce biais] de dépenser de manière inconsidérée mais de davantage responsabiliser la sécurité sociale et les mutuelles en les faisant travailler ensemble mais aussi en faisant baisser les prix, a-t-il expliqué en remarquant qu'en France, les prix des prothèses auditives étaient trois plus élevés qu'en Allemagne.

Pas de suppression de l'AME, prise en charge à 100% des hypertendus sévères

S'agissant de son deuxième chantier (accès de tous à des soins de qualité), Emmanuel Macron s'est une nouvelle fois déclaré défavorable au déremboursement des petits soins. Il a fait explicitement référence au projet de François Fillon en le qualifiant de projet conservateur et en estimant qu'il était inefficace et injuste. Outre son opposition aux déremboursements, le candidat s'est également élevé contre la suppression de l'aide médicale de l'Etat (AME) (destinée aux étrangers en situation irrégulière et précaire), proposée par le Front national et la droite conservatrice. Ce "n'est pas une bonne idée". Là encore, c'est injuste et inefficace, a-t-il affirmé tout en appelant à mettre plus de responsabilité dans l'AME, ce, dans un esprit constructif et juste.

Dans le même ordre d'idées, il a déploré que l'hypertension artérielle sévère (1 million de patients concernés) ne soit plus considérée comme une affection de longue durée (ALD) depuis 2011. Je veux que les hypertendus sévères soient désormais pris en charge à 100% par l'assurance maladie, a-t-il annoncé en évaluant le coût de cette mesure à une dizaine de millions d'euros par an.

Evaluation du tiers payant généralisé

Emmanuel Macron s'est exprimé par la suite sur la mise en place du tiers payant généralisé, instauré par la loi de modernisation de notre système de santé en indiquant qu'il souhaitait prendre le temps d'évaluer les effets de cette mesure avant éventuellement de la modifier. Cette mesure est très populaire chez les patients tandis que les médecins la détestent, a-t-il remarqué. Le tiers payant généralisé va dans le bons sens car il permet d'éviter le renoncement à des soins [...]. En même temps, on a alourdi la tâche de certains professionnels de santé et ceux-ci doivent attendre plusieurs semaines ou mois avant d'être remboursés par la mutuelle, a-t-il constaté.

"Je veux qu'on ne soit pas dogmatique et qu'on ne fasse ni plaisir aux patients [...] ni plaisir aux médecins", a affirmé l'ancien ministre. "Nous évaluerons, nous regarderons et nous déciderons".

S'exprimant sur la question des déserts médicaux, il a jugé indispensable de rouvrir le numerus clausus tout en estimant que cette mesure ne sera pas suffisante pour répondre aux problèmes actuels de démographie médicale et faire face à la nécessité d'assurer la continuité des soins et de rendre attractifs les territoires ruraux. D'où ses propositions de doubler le nombre de maisons pluridisciplinaires de santé d'ici 2022 et de développer la télémédecine.

Un Doctissimo public

Emmanuel Macron a aussi annoncé qu'il comptait développer sur internet un Doctissimo public, c'est-à-dire un portail permettant de disposer d'informations actualisées et fiables sur les pathologies, les médicaments, les services publics de santé situés à proximité, les modalités de prise de rendez-vous et les délais. L'égalité d'accès à l'information, ce n'est rien d'autre aussi que l'égalité d'accès à la santé, a-t-il affirmé à cette occasion.

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