Le nombre d’appels enregistrés au cours de l’année 2025 a certes diminué, mais le niveau d’activité de la plateforme d’écoute de SPS, l’institut pour la santé des soignants, demeure élevé : un peu plus de 5 500, soit une moyenne de 15 par jour, quand il en recensait 7 000 en 2024, avec une hausse des demandes émanant des soignants. Ces derniers, d’ailleurs, sont encore en augmentation, notamment chez les étudiants à hauteur de 51,2%, dont 30% pour signaler des difficultés liées directement au parcours de formation, «révélant une intensification des besoins d’accompagnement dès la formation initiale». Les appels provenant des soignants, eux, croissent de 13%. Les appels sont donc moins nombreux mais la part des professionnels de santé, elle, augmente. Un phénomène qui s’explique par le recentrage de SPS, effectué en février 2025, sur sa mission d’écoute et d’orientation des soignants en souffrance, limitant de fait la prise en charge des appels émanant du grand public, explique-t-il.
Dans le détail, «sur les 5 560 appels enregistrés, 3 494 ont été passés par des soignants (près des deux tiers des appelants) et 1 101 par des étudiants en santé (20 %), soit au total 4 595 demandes d’écoute relevant du secteur de la santé.» 25% de ces appels émanaient de la région Île-de-France, mais leur nombre est en réalité en hausse sur l’ensemble des territoires. «Le Grand-Est se distingue par les plus fortes hausses, tant chez les étudiants que chez les soignants, avec respectivement +86 % et +38,5 %.» Entre 2023 et 2024, le nombre de requêtes avait déjà connu une forte augmentation globale, de l’ordre de 35%. Les soignants ont fait appel à la plateforme pour des raisons personnelles dans un peu plus de la moitié des cas. Dans plus d’un tiers des cas, ils ont contacté le dispositif pour des motifs d’ordre professionnel (épuisement professionnel, conflit avec les collègues et démotivation), décrit-il par ailleurs.
Une hausse des appels du secteur médical par rapport au paramédical
Concernant la typologie des appels, la grande majorité (90%) ont duré plus d’une minute, avec un temps moyen d’échange d’environ 26 minutes. 7% des appels ont toutefois dépassé l’heure. «Par ailleurs, un quart ont été passés la nuit et 11 % le dimanche, confirmant un recours à la plateforme souvent en dehors des temps de travail classiques.» Des durées et des fréquences qui s’avèrent certes élevées, mais qui demeurent stables par rapport à 2025, observe SPS. «Les soignants ayant contacté la plateforme sont majoritairement des femmes (78 %) et exercent le plus souvent une activité salariée (81 %), avec un âge moyen de 43 ans», soit un constat similaire, là aussi, à celui de 2024. En revanche, SPS note un basculement marqué vers le secteur médical ; il a représenté 48% des appels, quand celui associé au secteur du paramédical tend à diminuer (28% contre 57% en 2024 où il était largement dominant). «À eux deux, ces secteurs ont concentré les trois-quarts des sollicitations», remarque-t-il toutefois, avec les infirmiers(ère)s (30 %), les aides-soignant(e)s (16 %) et les médecins (13 %) qui concentrent à eux seuls plus de la moitié des appels. Parallèlement, la part des personnels administratifs s’est également légèrement accrue : de 9% en 2024, elle est passée à 11% en 2025.
6 appels sur 10 ont donné lieu à des réorientations
Quant aux motifs, SPS s’inquiète de davantage d'appels en lien avec la dépression et l'épuisement. «Cinq situations relevant d’un risque de passage à l’acte imminent et nécessitant une intervention immédiate ont été identifiées. Toutes émanaient de soignants», indique-t-il également. Près de 6 appels sur 10 de plus de cinq minutes ont donné lieu à une réorientation vers un professionnel ou une structure adaptée : psychologue (30%), médecin traitant (9 %), psychiatre (4 %), services ou organismes en lien avec le travail (ressources humaines, manager, médecine du travail, instances représentatives du personnel : 9 %), mais aussi équipes pédagogiques et service social des universités pour les étudiants, ou encore associations d’aide aux victimes et assistantes sociales, selon les situations.
«Le bilan 2025 révèle une réalité préoccupante : la demande d’aide s’accentue chez les soignants et augmente fortement chez les étudiants en santé. Ces chiffres mettent en lumière l’ampleur des besoins et la persistance des difficultés rencontrées par les soignants, dès la formation initiale», conclut SPS. En mai 2025, une enquête Odoxa venait quantifier la souffrance des soignants en estimant à 35% la part de ces professionnels de santé se déclarant en mauvaise santé psychologique.
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