La création de la spécialité autonome d'infirmier de l'Éducation nationale et de l'enseignement supérieur (INFENES) au niveau Master a été officiellement gravée dans le marbre par l'article 5 de la loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 sur la profession d'infirmier. «Quinze mois plus tard, la Direction générale des ressources humaines (DGRH) a réuni, lundi 14 septembre les organisations syndicales pour en écrire la mise en œuvre. L'objectif est posé : un diplôme d'État d'INFENES de niveau master, habilité avec les universités, adossé à un master dédié, pour une publication des textes au printemps 2027», annonce le syndicat des 7800 infirmiers et infirmières de l'Éducation nationale.
Quelle organisation ?
«Dans les faits, le concours (d'entrée à l'Éducation nationale) restera ouvert à toutes les infirmières diplômées d'État, les lauréates bénéficieront d'une année de formation statutaire menant au diplôme, et la validation des acquis de l'expérience ne sera pas bloquante pour les titulaires en poste», explique Gwenaëlle Durand. «Le ministère a confirmé qu'il n'y aurait qu'un seul corps, un seul statut, une seule grille et une mission socle identique pour toutes les infirmières de l'Education national et de l'Enseignement supérieur».
La reconnaissance d'un exercice spécifique
«Il s'agit d'une énorme victoire pour le Snies-Unsa Éducation», a réagi sa secrétaire générale Gwenaëlle Durand, dont le syndicat portait cette demande depuis plusieurs années. «La loi infirmière et ses décrets impose à notre ministère la spécialité, et donc la création d'un Master Infirmière de l'Éducation nationale et de l'enseignement supérieur. La spécialité, on la demande depuis des années, parce que notre lieu d'exercice est très différent de celui de nos collègues hospitalières ou libérales. Ce sont des missions vraiment particulières auprès d'un public particulier, allant de la petite section (donc d'élèves de 2 ou 3 ans) jusqu'à l'enseignement supérieur, (c'est à dire de jeunes adultes de plus de 20 ans), qui nécessitent des connaissances bien spécifiques. La loi reconnaît notre spécialité de niveau Master (niveau 7, soit un diplôme d'Études supérieures de niveau Bac+5). Aujourd'hui, c'est donc une victoire énorme d'obtenir ainsi enfin ce Master et la reconnaissance de notre spécificité d'exercice.»
Le Snies-unsa Éducation «travaille à présent pas à pas» avec la DGRH et ses services ainsi que la direction générale de l'enseignement scolaire (Dgesco) «pour construire ensemble ce nouveau Master», explique Gwenaëlle Durand.
Le syndicat fait toutefois part de quelques points de vigilance : «nous attachons une grande importance à l'obtention d'un seul statut car on ne veut pas un corps d'infirmières à deux vitesse (avec d'un côté celles qui seraient détentrices de ce Master, et les autres). C'est pourquoi nous souhaitons une Validation des acquis de l'expérience (VAE) non contraignante pour les personnels titulaires depuis de nombreuses années. Il faut que cette VAE soit accessible à toutes et à tous, ce que nous a confirmé le ministère».
Quid des infirmières contractuelles ?
Le syndicat reste également attentif à la question de l'évolution des rémunérations et des effectifs. «Guillaume Aujaleu, adjoint au directeur général des ressources humaines et chef du service en charge des personnels de santé, a indiqué n'avoir, à ce jour, aucun mandat sur les rémunérations, ni sur les créations de postes, ni sur le financement de la formation». Un chantier qu'il faudra pourtant rapidement ouvrir.
Surtout, «pas un mot n'a été dit des infirmières contractuelles, qui représentent aujourd'hui plus de 25 % des effectifs», regrette Gwenaëlle Durand. Les rectorats recrutent fréquemment des infirmières contractuelles (CDD) pour remplacer des agents ou combler des postes vacants (qui ne disposent pas, par définition, du diplôme d'Infirmière de l'Éducation nationale). « Les ignorer, c'est révéler à la fois le déficit d'attractivité du métier et le choix de gestion qui le masque : des collègues précaires, sans perspective de carrière ni de formation, qui assurent pourtant la continuité du service auprès des élèves. Elles doivent être accompagnées vers le concours et avoir accès à la formation, sans que le futur diplôme devienne pour elles une barrière supplémentaire».
Inquiétudes autour de l'arrivée des IPA
La loi ouvre par ailleurs l'exercice des Infirmières en Pratique Avancée (IPA) dans les établissements scolaires sans toutefois en définir précisément le périmètre ni étudier concrètement l'articulation de ces professionnels avec les personnels existants : pour le Snies-Unsa Éducation, «la spécialité des INFENES doit être construite avant toute arrivée d'IPA, et aucun corps à deux vitesses ne sera accepté».
«On veut des textes sur nos missions avant de construire l'arrivée des IPA», souligne la secrétaire générale du syndicat. «Il faut leur trouver une place et des missions particulières. Il faut construire nos missions communes puis, on travaillera la place des IPA et des contractuelles, dans un deuxième temps. Nous attendons donc une circulaire annexe loi infirmière pour compléter les missions de 2015» (et notamment formaliser la consultation notamment, la prescription, le diagnostic et l'orientation sur la santé mentale et autre).
« Un diplôme d'État de niveau master, c'est la reconnaissance de ce que les infirmières de l'Éducation nationale font chaque jour : une consultation infirmière en accès direct, pour des millions d'élèves. Nous voulons un master ambitieux, adossé à la recherche en sciences infirmières, accessible à toutes, financé par l'employeur. Et nous mesurerons chaque étape à une question simple : les collègues auront-elles le temps, les moyens et la reconnaissance de faire ce que la loi leur confie ? », interroge Gwenaëlle Durand.
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