PRÉVENTION

Deux ans après son lancement, les infirmiers peinent à s'emparer de "Mon Bilan prévention"

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Publié le 08/10/2026

Les infirmiers ne représentent qu'une petite part des professionnels qui réalisent les bilans de prévention, qui entrent pourtant dans leur champ de compétence. La faute à un manque de connaissance de la part du public, couplée à des contraintes organisationnelles qui rendent difficile, voire impossible, la tenue de ces entretiens.

Soignante prenant la tension d'une femme âgée

Le dispositif a beau être défendu par la profession comme une opportunité de reconnaissance, notamment pour les infirmiers libéraux (IDEL), force est de constater que deux ans après son lancement, «Mon Bilan prévention» peine à s’inscrire dans la pratique. Selon l’état des lieux présenté lundi 5 octobre par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, à l’occasion du 2ème comité de pilotage du dispositif, près de 690 000 bilans ont été réalisés deux ans après son lancement, et 45 000 bilans le sont désormais chaque mois. «Soit un rythme qui permet d’atteindre les objectifs fixés par la Politique Prioritaire du Gouvernement 2026», s’est-elle félicitée. Un «succès» qui s’explique notamment par la mobilisation des professionnels de santé autorisés à les réaliser, dont les infirmiers, qui y contribuent toutefois encore marginalement.

D’après les données du ministère, la profession représente la seconde en termes d’inscrits à la liste des effecteurs de ces bilans, à 43,1%, juste derrière les pharmacies (43,6%). Pour autant, ils ne représentent que 4% des professionnels qui ont réalisé ces bilans depuis leur mise en place. À titre de comparaison, les médecins généralistes, certes moins nombreux sur le territoire, pèsent pour 34% des effecteurs réels des bilans de prévention alors qu’ils ne représentent que 4,4% des inscrits. Ce sont les pharmaciens qui, avec 58% des bilans réalisés, arrivent en tête des contributeurs.

Des contraintes de temps et une méconnaissance du dispositif

Et la situation s'explique par deux facteurs essentiels. «Il y a très peu de demandes de la part des patients, qui ne connaissent pas ou mal le dispositif», avance John Pinte, le président du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil). «Nous n'avons pas du tout la même file active que les pharmaciens, par exemple.» Les patients réguliers ne le réclament pas ; et les nouveaux, pas plus. «Nous aimerions pouvoir le faire, mais nous ne parvenons pas à accrocher la population.» Et puis, il y a une contrainte d'organisation : où trouver le temps ? Les entretiens demandent entre 35 et 45 minutes, difficiles à caser lors des tournées. «Certains infirmiers ont commencé à poser des journées dédiées entièrement à ces bilans de prévention, une par semaine ou par mois.» Mais là aussi, la bonne volonté des professionnels se heurtent à la méconnaissance du public. «Quand on bloque une journée pour un seul rendez-vous, est-ce que ça vaut vraiment le coup ?», remonte le président du Sniil.

Plusieurs Unions régionales des professionnels de santé (URPS), dont celle d'Occitanie, mettent toutefois en place des actions de communication pour informer le grand public de l'existence de ces bilans et du rôle que peuvent jouer les infirmiers, mais aussi des guides pratiques à destination des professionnels.

Un temps d'échange qui bénéficie d'une rémunération spécifique

Le dispositif est pris intégralement en charge par l’Assurance maladie et bénéficie de modalités de rémunération qui lui sont propres. Les infirmiers en métropole sont ainsi rémunérés à hauteur de 30 euros par bilan effectué, ceux exerçant en Outre-mer, à hauteur de 31,50 euros. Ce tarif ne peut pas faire l’objet de dépassement – avec une exception s’il est réalisé au domicile du patient, auquel cas l’IDEL peut facturer ses frais de déplacement –, et «il ne peut être facturé qu’une seule fois par personne et par tranche d’âge avec le code acte « RDI »», rappelle l’Assurance maladie.

Instauré fin 2024, « Mon Bilan prévention » consiste à organiser des temps d’échanges entre patients et professionnels de santé habilités (médecins, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes et, depuis le 1er octobre 2026, kinésithérapeutes) à quatre âges clés de la vie : 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans. Il doit permettre d’aborder un certain nombre de sujets, vaccination, prévention et repérages des maladies chroniques, antécédents médicaux personnels et familiaux, comportements et modes de vie… afin de proposer des actions de prévention. Il donne lieu à la rédaction d’un plan personnalisé de prévention, qui fixe notamment les objectifs personnels du patient à atteindre, les obstacles rencontrés dans le changement des habitudes de vie, et les ressources et intervenants que le patient peut consulter.


Source : infirmiers.com