Infirmières mobiles de nuit en EHPAD : « soulager les résidents et les urgences »

Publié le 01/10/2026

Le dispositif « équipe mobile IDE EHPAD » a été lancé il y a de cela une année au centre hospitalier de Vaison-la-Romaine (Vaucluse). Claudine et Angélique, IDE, l’ont toutes deux intégré. Entre soutien aux équipes et soins des résidents, elles évitent surtout le recours aux urgences lorsqu'elles peuvent se charger des situations. 

nuit, chambre éclairée

Claudine est devenue infirmière il y a huit ans, après une reconversion professionnelle. Son diplôme d’IDE en poche, elle a d’abord travaillé à l’USP (Unité de Soins Palliatifs) de Castres durant cinq années, puis a enchainé en EMSP (Equipe Mobile de Soins palliatifs) au centre hospitalier de Vaison-la-Romaine pendant deux ans. Depuis l’automne dernier, elle travaille pour l’équipe mobile de nuit dédiée aux EHPAD.

Angélique, de son côté, a intégré l’établissement de Vaison-la-Romaine en tant qu’infirmière il y a un peu plus d’un an, après 15 ans d’expérience en tant qu’aide-soignante en SMR (Soins Médicaux et de Réadaptation) et en médecine. Comme Claudine, elle a rejoint l’équipe mobile de nuit, rattachée au service des urgences de l’hôpital, en automne.

La mission principale des deux infirmières : se rendre dans les EHPAD pour entreprendre les soins réalisables sur place afin d’éviter un éventuel transfert aux urgences. En lien avec la régulation du SAMU, si l’orientation aux urgences s’avère nécessaire, elles doivent également préparer au mieux le ou la résident(e) en attendant les recours plus adaptés. À l’heure actuelle, elles se déplacent dans cinq EHPAD - dont l'un est rattaché au centre hospitalier de Vaison-la-Romaine, sur le territoire du nord Vaucluse.

« Notre priorité est d’abord la prise en charge des résidents et le soutien aux équipes de nuit des EHPAD avec lesquels nous collaborons, explique Claudine. À cela s’ajoute une mission d’humanisation auprès des personnes âgées dans le service des urgences de notre hôpital, soit en apportant notre compétence dans l’approche ou l’accompagnement de ces personnes (qui peuvent par exemple être désorientées), soit en préparant un retour vers l’EHPAD d’une personne déjà présente lors de notre arrivée, associée à une visite secondaire sur site, permettant ainsi une meilleure sécurisation ainsi qu’un meilleur accompagnement de ce retour. »

Le dispositif

«Ce dispositif fait suite au pacte de refondation des urgences de 2019, dans le cadre duquel un certain nombre de mesures ont été prises pour optimiser les parcours 'ville-Hôpital' de la personne âgée fragilisée. Le but est de limiter autant que possible le transfert des résidents d’EHPAD vers les urgences, concernant des soins qui pourraient potentiellement être faits à l’EHPAD grâce à la présence d'une infirmière de nuit, détaille Angélique. Nous savons que le transfert en pleine nuit d’un résident en EHPAD vers les urgences pour un soin paramédical réalisable au plus près, est source d’effets délétères (ex. : attente sur un brancard, désorientation, pertes des repères, fatigue, etc.). Améliorer et optimiser son parcours de soin, permettre de temporiser, afin in fine d’organiser la poursuite d’une prise en charge sur site ou ultérieurement par une admission hospitalière directe, fait partie intégrante de notre mission».

Les infirmières viennent aussi «en soutien sur site aux équipes et aux familles dans le cadre de l’accompagnement de fin de vie en EHPAD. »

Une nuit type

Lorsque les infirmières prennent leur poste aux urgences de l’hôpital, elles effectuent tout d’abord une relève avec l’équipe. Ceci afin de savoir si des résidents des EHPAD dans lesquels elles interviennent sont allés aux urgences durant la journée. Grâce à un accès aux logiciels des EHPAD, elles peuvent prendre connaissance des transmissions et de l’état des patients les plus fragiles ou en difficulté. « Cela nous permet de cibler des résidents à surveiller plus particulièrement. Ensuite, nous contactons directement les Aides-soignants (AS) des EHPAD, pour savoir si ils rencontrent déjà certaines difficultés à 20 h ou non. » Les AS s’occupent du coucher des résidents entre 20h et 22 h 30. Les infirmières mobiles de nuit se rendent systématiquement sur place à ce moment-là pour créer du lien, les rencontrer et identifier les résidents qui ont potentiellement besoin d’une surveillance. Ce moment est très utile pour échanger à propos des résidents, sans qu’il y ait nécessairement une problématique aiguë. « Puis, au cours de la nuit, s’il y a une urgence - un résident qui a chuté, qui s’est ouvert, etc.-, les AS nous appellent et nous nous déplaçons immédiatement. » Il arrive que les infirmières ne soient pas sollicitées par les EHPAD. Dans ces cas-là, elles apportent leur soutien aux urgences.

« Si je suis prise sur une urgence dans l’un des EHPAD, souligne l'infirmière, et que cela me prend beaucoup de temps, soit parce que j’ai des soins à effectuer, soit parce que j’attends une ambulance pour un transfert vers les urgences, je rappelle toujours les autres EHPAD pour faire un point de situation. Nous ne sommes pas tenues de passer tous les soirs, mais, il y a toujours, au minimum, un échange téléphonique. »

Chaque intervention est colligée sur le tableau de suivi, y compris lorsque l’intervention se fait aux urgences. 

Les deux infirmières ne travaillent pas en même temps, mais effectuent un roulement : une petite semaine, une grande semaine. En principe, elles devraient être trois pour couvrir la totalité des missions. « En cas de congés ou de formations, il arrive donc malheureusement qu’il n’y ait pas d’infirmières mobiles, indique Claudine. Les EHPAD sont prévenus puisque nous avons connaissance de notre planning à l’avance. »

Les AS qui travaillent à l’EHPAD connaissent mieux les résidents et sont en mesure de constater un changement dans leur comportement. Nous apportons notre expertise d’IDE. Cet échange, ce double regard est très important pour le diagnostic.

Troubles respiratoires, infections, chutes...

« Cet hiver, nous sommes intervenues pour soulager les symptômes liés aux troubles respiratoires et aux infections pulmonaires. Dans ce cadre-là, nous avons effectué des évaluations cliniques un peu plus poussées et, plus globalement, nous sommes venues en soutien aux équipes de nuit pour mettre de l’oxygène, pour perfuser si besoin, pour administrer du paracétamol ou pour débuter un traitement antibiotiques », énumère Claudine.

En cas de chutes, Claudine et Angélique se rendent rapidement sur place. Si des pansements suffisent, elles s'en chargent immédiatement. Si des points sont nécessaires, elles appellent le 15 pour un transfert. « Les infirmières peuvent aussi notifier une alerte concernant une pathologie stabilisée mais qui se déclenche dans la nuit, destinée au médecin qui arrive le matin », complète Angélique.

Parfois l’évaluation d’un résident est compliquée : « Les AS qui travaillent à l’EHPAD connaissent mieux les résidents et sont en mesure de constater un changement dans leur comportement. Nous apportons notre expertise d’IDE. Cet échange, ce double regard est très important pour le diagnostic. »

Formées aux urgences 

Avant de réellement intégrer le dispositif, Angélique et Claudine ont été formées quelques semaines, au côté des infirmières des urgences. « J’ai aussi passé une semaine avec l’équipe mobile de soins palliatifs, souligne Angélique. Cela a été personnalisé sur la base de nos compétences. Même si nous sommes accompagnées dans notre travail, par l’équipe mobile de gériatrie et par l’équipe mobile de soins palliatifs, il me paraît indispensable, d’avoir une expérience en gériatrie. Et puis, il faut faire preuve d’adaptabilité, tant concernant les lieux d’interventions que des situations qui sont diverses et variées. »

Le protocole anticipé permet à l’infirmière d’administrer des médicaments sans l’avis d’un médecin. S’il n’est pas mis en place, l’infirmière appelle le 15 pour obtenir un avis et une prescription médicale. Claudine et Angélique prodiguent donc aussi des soins sur place en EHPAD en restant en ligne avec un médecin du 15 : « Cela m’est arrivé, une nuit, de soigner un résident sans que son état ne s’améliore. J’ai appelé le 15, le médecin m’a donné des conseils et la prise en charge s’est poursuivie en direct. Une situation qui reste toujours mieux qu’un transfert aux urgences », conclut Claudine.

Appel à projet de l’ARS

Dans le cadre de l’appel à projet de l’ARS sur « le parcours de soins du patient de 75 ans et plus » l’établissement de Vaison-la-Romaine a candidaté sur le thème 3 : « une infirmière hospitalière pour intervention en EHPAD ».  L’IDE mobile EHPAD intervient selon un principe d’astreinte permettant aux EHPAD qui ont conventionnées avec l’établissement de solliciter l’IDE en cas de situations nécessitant une évaluation ou une intervention. « Ce 3e volet est un complément dans le parcours de soins de la personne âgée déjà initié par l’établissement. Ces projets sont à l’initiative du Dr Beau, médecin gériatre et président de la CME de notre établissement », fait savoir Marielle Boissier, cadre supérieure de santé au centre hospitalier de Vaison-la-Romaine.

 

 

 

Elise Kuntzelmann

Source : infirmiers.com