Syndicats d’infirmiers libéraux et Ordres des médecins et des infirmiers sont unanimes. L’amendement voté par les députés le 23 juin, qui retire la possibilité aux médecins de réaliser l’acte létal lorsque la personne qui en a fait la demande n’est pas en capacité de le faire, représente un véritable danger pour la profession infirmière. Le texte, adopté dans la soirée dans le cadre des dernières discussions autour de la loi sur la fin de vie, supprime en effet la mention «par un médecin ou», à l’alinéa 6 de l’Article 2, qui identifie les médecins et les infirmiers comme les seuls professionnels habilités à administrer la substance létale. «Cet amendement vise à s’assurer que les médecins ne violent pas le serment d'Hippocrate», avancent les députés RN, porteurs du texte. Qui ne voient visiblement pas de problème à faire retomber la responsabilité de l’acte uniquement sur les épaules de la profession infirmière.
«Si elle devait aboutir, une telle trajectoire impacterait fortement le droit des malades et les exercices médicaux et infirmiers», ont aussitôt réagi les Ordres des médecins et des infirmiers dans un communiqué conjoint. «Le médecin comme l’infirmier doivent «accompagner le mourant jusqu'à ses derniers moments, assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d'une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage» », martèlent-ils, appelant à réintroduire dans la loi le binôme que forment ces deux professionnels de santé. Ils réclament à nouveau l’inscription dans le texte d’une clause de conscience, une demande qu’ils avaient déjà formulée d’une même voix en février 2026 afin de sécuriser les soignants qui refuseraient de prendre part à l’acte.
Les infirmiers ne sont pas "une variable d'ajustement"
Du côté des syndicats, la réaction est plus violente. Les représentants des infirmiers libéraux, notamment, dénoncent un « deux poids, deux mesures » insupportable. Quand Convergence infirmière s’interroge «Si la conscience d’un médecin doit être protégée, pourquoi celle d’une infirmière ou d’un infirmier le serait-elle moins ?», le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil) rejette en bloc le rôle de simple exécutant que le texte entend faire jouer aux infirmiers. Car la réception de la demande, l’évaluation des critères d’éligibilité, et la décision et la prescription du produit demeureraient, elles, à la main des médecins. La Fédération nationale des infirmiers (FNI) dénonce ainsi un dispositif qui «crée un déséquilibre majeur», d’autant plus délétère que les infirmiers exercent au plus proche des patients et que «cette responsabilité particulièrement lourde» entraînera nécessairement «des risques psychosociaux, juridiques et relationnels importants».
Car en faisant peser la responsabilité de l’acte sur les infirmiers, l’amendement semble oublier que ces derniers aussi sont soumis à un code de déontologie, qui stipule notamment : «L’infirmier n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort.» Aussi ce transfert de responsabilité, s’il devait être acté, mérite-t-il d’être débattu en profondeur, argumente Convergence Infirmière. Il soulève en effet une pluralité de questions - l’infirmier sera-t-il seul au chevet du patient ? Si le produit ne fonctionne pas, qui décidera de la conduite à tenir ? Comment évaluer les impacts psychologiques sur les soignants ? - qui n’ont pour l’instant pas de réponse. «Les infirmières et infirmiers libéraux ne sont pas une variable d’ajustement. Ils ne peuvent devenir les seuls professionnels chargés de porter un acte aussi lourd de conséquences», conclut le Sniil. Les trois syndicats exigent la garantie d’une responsabilité réellement partagée entre médecins et infirmiers.
La profession infirmière s’est largement opposée à la création d’une loi sur l’aide à mourir, craignant notamment qu’elle ne fasse fuir les professionnels, présents et futurs, alors même qu’elle est déjà frappée de pénurie. Les débats à l’Assemblée nationale jusqu’au 30 juin, date du vote solennel, pour une adoption prévue le 5 juillet.
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