SANTÉ DES SOIGNANTS

À l’hôpital Foch, un « mini-hôpital » pour prendre soin des soignants

Publié le 29/09/2026

Consultations médicales, ateliers collectifs, santé mentale, nutrition ou encore prévention des troubles musculosquelettiques : l’hôpital Foch a créé un Centre Prévention & Travail destiné à ses 2 300 professionnels et étudiants. Un dispositif gratuit, confidentiel et accessible sur le temps de travail, récemment récompensé par le Prix Santé des Soignants. Une façon très concrète de remettre la santé de ceux qui soignent au centre des préoccupations.

Infirmières hospitalières pendant une pause.

Crédit photo : APHP-PSL-GARO/PHANIE

Prendre soin de ceux qui prennent soin des autres. À l’hôpital Foch, à Suresnes, le principe a pris la forme d’un lieu entièrement dédié à la santé des professionnels et des étudiants de l’établissement : le Centre Prévention & Travail. À sa tête, Sabrine Berrada, psychologue du travail et des organisations, cadre du service de santé au travail et directrice du centre depuis 2023.

L’idée est née pendant la crise sanitaire. À cette période, le service de santé au travail voit son activité bouleversée. Impossible de continuer à recevoir les salariés comme auparavant. L’équipe décide alors d’aller directement à leur rencontre, dans les services, de jour comme de nuit.

Sur le terrain, elle découvre des professionnels épuisés par les vagues successives de Covid. Après l’énergie des débuts viennent la lassitude, la fatigue, notamment compassionnelle, mais aussi les troubles du sommeil et de l’alimentation. Sabrine Berrada observe également des consommations importantes de café et de boissons énergétiques, mais aussi d’alcool ou de psychotropes.

Du Covid à un centre dédié à la prévention

Les échanges avec les professionnels font émerger une autre réalité : certains soignants repoussent depuis des années leurs propres consultations médicales. La dernière visite chez l’ophtalmologue ou le gynécologue remonte parfois à plusieurs années.

Pendant la crise sanitaire, plusieurs dispositifs sont expérimentés : sophrologie, ostéopathie ou encore musicothérapie. L’équipe constate surtout que les professionnels peuvent quitter leur service pendant une vingtaine de minutes pour prendre soin d’eux. Une première brèche dans des journées où le temps manque souvent.

À la sortie de la crise, la direction générale demande à Sabrine Berrada d’imaginer la suite.

Son idée :

Créer un mini-hôpital dans l’hôpital.

Dix-huit mois seront nécessaires pour construire le projet. Le Centre Prévention & Travail repose aujourd’hui sur trois piliers : des consultations individuelles, des ateliers collectifs et un volet consacré à la recherche et à l’innovation. Il accueille les professionnels mais également les étudiants en santé, considérés comme les futurs professionnels et donc comme une population à accompagner dès la formation.

Des consultations « de la tête aux pieds »

Ophtalmologie, dermatologie, cardiologie, santé de la femme, nutrition, podologie… L’offre est pensée comme une prise en charge globale et centrée sur la prévention primaire.

Le centre a également développé des consultations en médecine manuelle, sport-santé et bilan respiratoire. Les différentes prises en charge peuvent s’articuler entre elles. Une personne souhaitant reprendre une activité physique peut ainsi être orientée vers plusieurs professionnels selon ses besoins.

Pour faciliter l’accès aux soins, les consultations sont réalisées sans avance de frais ni reste à charge pour le salarié, avec la carte Vitale et la mutuelle. Le temps constitue un autre levier majeur : les professionnels peuvent se rendre au centre pendant leurs horaires de travail.

«L’établissement paye le salarié pour qu’il prenne soin de sa santé», résume Sabrine Berrada. Un choix validé par la direction générale qui traduit aussi une certaine conception de la prévention.

Le centre cherche également à lever un autre frein : celui de la confidentialité. Les professionnels qui y consultent ne sont pas pris en charge par leurs collègues de l’hôpital. Les praticiens sont spécifiquement recrutés pour exercer au sein du centre et les données d’identité sont anonymisées. Un principe jugé essentiel pour permettre aux salariés de consulter sans craindre de croiser un confrère ou un collègue.

Une consultation de cardiologie peut devenir l’occasion de demander au professionnel comment il se sent au travail. Des palpitations ou de l’anxiété peuvent ainsi conduire vers la psychologue.

La santé mentale comme porte à ouvrir

À côté des consultations, quatre types d’ateliers sont proposés autour des tensions musculaires, du sommeil, de la diététique et du vécu au travail. Ce dernier peut recouvrir des situations très différentes : un décès difficile, un conflit de valeurs, des tensions entre collègues ou encore une intégration professionnelle mal vécue.

Ces ateliers ont aussi la particularité de mélanger les professions. Médecins, aides-soignants, infirmiers, pharmaciens ou personnels administratifs peuvent s’y retrouver autour d’une même activité.

Une façon de casser les frontières habituelles de l’hôpital. «Tous les maillons de cette chaîne sont importants pour faire vivre un hôpital et faire fonctionner un hôpital», insiste Sabrine Berrada. Les échanges permettent aussi parfois de découvrir que certaines expériences difficiles sont partagées. Troubles du sommeil, reviviscences, situations vécues dans une chambre ou auprès d’un patient : mettre des mots sur ces expériences peut permettre de ne plus se sentir seul.

La santé mentale n’est d’ailleurs pas isolée du reste du parcours. Une consultation de cardiologie peut devenir l’occasion de demander au professionnel comment il se sent au travail. Des palpitations ou de l’anxiété peuvent ainsi conduire vers la psychologue. «Il n’est plus seul. Il partage sa détresse, sa souffrance», explique Sabrine Berrada. Le centre se veut ainsi à la croisée de la santé au travail et de la santé publique.

Prévenir, mais aussi considérer

Le dispositif peut également jouer sur l’attractivité de l’établissement. Sabrine Berrada rapporte que certains salariés partagent leur expérience sur les réseaux sociaux et que des professionnels d’autres établissements demandent désormais s’ils peuvent bénéficier du centre. Pour autant, elle se garde d’en faire une solution miracle à la fidélisation : celle-ci dépend aussi du service, de l’équipe et de l’encadrement.

Deux ans après son ouverture, le centre fonctionne sur un modèle de consultations externes facturées, avec l’objectif d’atteindre l’équilibre financier et non de générer des bénéfices. Pour Sabrine Berrada, ce modèle pourrait être reproduit ailleurs, à condition notamment que la direction de l’établissement porte réellement le projet.

Mais derrière les consultations et les ateliers se joue aussi quelque chose de plus simple : la reconnaissance. Le lieu a volontairement été pensé loin des codes hospitaliers, avec une ambiance plus proche de celle d’une maison. Café, thé, décoration : tout est fait pour que les professionnels aient le sentiment, pour une fois, d’être ceux dont on prend soin.

Corinne Pauline Nkondjock

Source : infirmiers.com