La pose de sonde nasogastrique (SNG) est un soin relativement courant que l’on peut retrouver dans la plupart des services hospitaliers, voire en ville, en Hospitalisation à domicile (HAD) en particulier. Elle n’en est pas moins « extrêmement appréhendée par les infirmiers quelle que soit l’expérience », ce geste invasif demandant une certaine « technicité tout en étant accompagnant et réassurant à l’égard du patient », constate Clément Thuillier*, infirmier diplômé d'Etat (IDE), fondateur de la plateforme de révisions Réussis ton Ifsi. Ce d’autant qu’il s’agit aussi un peu « d’une loterie » selon la morphologie (perméabilité des narines…) et la compliance du patient. Antonin Fatoux, IDE en réanimation en région toulousaine (31) et rédacteur sur la plateforme, est du même avis : « C’est un geste très traumatique. Il peut y avoir du sang au niveau du nez, de la bouche ; le patient peut vomir. »
Un geste qui n’est donc pas simple… ni sans risque, comme par exemple la pénétration de la sonde en dehors du tube digestif. D’ailleurs « en France, des patients décèdent encore de malpositions de sondes nasogastriques » relève Clément Thuillier, s’appuyant sur des case reports remontés par la Haute Autorité santé (HAS) en 2022. Ainsi, pour l'année 2022, « vingt événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) liés à ces malpositions ont été documentés, certains ayant conduit au décès du patient par inondation bronchique par produit de contraste, pneumothorax, ou encore, choc septique ».
Fréquence d’erreur de position de SNG
Dans son Flash sécurité patient de 2022 portant sur le changement de sonde nasogastrique chez l’adulte, la Haute Autorité de santé (HAS) indique qu’ « une synthèse d’études rétrospectives donne une fréquence d’erreur d’environ 2 % de position de sonde naso-gastrique dans les voies respiratoires basses. Après la survenue d’une erreur, la fréquence d’erreur de position lors des poses suivantes chez le même patient a été évaluée entre 13 % et 32 % selon les études. La mortalité globale liée à une pose de sonde naso-gastrique dans les voies respiratoires basses a été en moyenne de 4,3 % ; en cas d’erreurs de pose répétées chez un même patient, la mortalité a été supérieure à 20 % ».
La mesure classique NEX et le “Whoosh test” dans le viseur
Comment dès lors se prémunir de tels événements au décours de cette procédure ? Et ce, alors que dans l’Hexagone « la technique de pose de SNG ne fait pas partie du référentiel de formation infirmier » avec donc un apprentissage Ifsi-dépendant et/ou « sur le terrain par transmission orale »… avec le risque d'« une perpétuation de pratiques obsolètes et dangereuses ».
C’est le cas d’ailleurs avec la mesure de référence NEX (Nose-Ear-Xiphisternum/Narines-Oreille-Xiphoïde) traditionnellement considérée comme repère externe pour estimer la longueur d’insertion d’une SNG. En effet, cette méthode n’est pas forcément fiable car trop courte ; la sonde peut dès lors rester dans l’œsophage et exposer à un risque de fausse route ou d’inefficacité du soin. Plusieurs études internationales récentes (Taylor 2014, Torsy et al. 2015, Manzo 2023) pointent ainsi une sous-estimation de la longueur nécessaire d’environ 12 cm ! Et Clément Thuillier d’enfoncer le clou : « Aucune étude robuste ne la valide chez l’adulte » ; elle « n’a pas de niveau de preuve » et n’est pas davantage « une recommandation scientifique ».
Également dans le collimateur de ce partisan des données probantes : l’utilisation du Whoosh test. Aujourd’hui, l’injection d’air (50 à 60 mL) par auscultation épigastrique dans la sonde pour détecter un bruit de gargouillement ne doit plus être utilisée comme méthode de validation pour la pose initiale. Celle-ci ne peut l’être qu’en complément des autres contrôles. Cette évolution des recommandations vise à prévenir les complications graves liées aux malpositions trachéo-bronchiques.
À ce propos, notons d’ailleurs que le Whoosh test est proscrit au Royaume-Uni depuis 2005 et que l'interdiction a été renforcée en 2011 après le recensement de 21 décès liés à des malpositions de sondes. Il est également déconseillé en 2010 aux États-Unis par les sociétés savantes, et proscrit en Australie depuis 2023. « En France, en 2026, ce dernier ne l’est toujours alors que qu’il tue et qu’aucune organisation internationale ne le recommande ! », s’exaspère l’infirmier entrepreneur.
La mesure NEX+10, la bonne option
De fait, aujourd’hui, s’agissant de la mesure de la sonde, il y a consensus scientifique autour de deux méthodes :
- la NEX+10 qui consiste donc à ajouter 10 cm à la mesure de la distance entre la narine et le lobe de l’oreille, puis de l’oreille jusqu’au creux épigastrique, permettant ainsi de garantir un positionnement gastrique optimal (la revue systématique Torsy – 2022 – attribue à la méthode un taux de positionnement gastrique correct de l’ordre de 97,4% !). À noter : l’infirmier sera bien avisé de marquer cette longueur totale sur la sonde avec un feutre indélébile afin d’avoir un repère d’insertion ;
- la CoNEX. Pour la calculer : (NEX x 0,38696) + 30,37 + 6.
Reste que la littérature scientifique comme les représentants de la plateforme recommandent d’utiliser sur le terrain la méthode NEX+10 chez l’adulte.
Confirmation radiologique du bon positionnement
Une fois la sonde nasogastrique insérée et fixée, comment s’assurer encore de son bon positionnement lors de la pose initiale ? « La méthode de référence, validée par la littérature scientifique et les recommandations officielles, est la radiographie thoracique de contrôle centrée sous le diaphragme » assure Clément Thuillier. Et Antonin Fatoux de renchérir : « S'appuyer sur les recommandations internationales permet aux IDE d'argumenter sereinement ce contrôle, y compris face à des contraintes organisationnelles. C'est une protection médico-légale collective et, avant tout, un impératif de sécurité patient ».
Sachant qu’en attendant la radiographie, il est possible de procéder « à un contrôle visuel du repère externe (la marque au feutre sur la sonde est bien au niveau de la narine), à une aspiration du liquide gastrique (bon signe mais pas suffisant), enfin à une mesure du pH (aspirat gastrique sur une bandelette de pH sachant qu’un pH inférieur ou égal à 5 oriente vers une position gastrique mais test non infaillible) ».
À noter encore que cette vérification de l’emplacement de la sonde, quelle qu’elle soit, doit être effectuée certes juste après l’insertion, mais aussi au moins une fois par jour et avant chaque utilisation (alimentation/hydratation, médicaments)… sécurité du patient oblige.
Prudence avec les protocoles hospitaliers
Enfin, sur ce sujet des sondes nasogastriques, le fondateur de Réussis ton Ifsi met en garde ses pairs sur l’usage des protocoles hospitaliers, lesquels sont clairement « établissements- dépendant ». Parfois rédigés par un seul professionnel (médecin, infirmier …), certains « ne sont hélas pas actualisés » ou « ne s’appuient sur aucunes sources ». Or « ce qui donne la fiabilité, ce sont les sources ». Et donc de leur conseiller vivement en la matière de « s’appuyer sur la littérature scientifique (données probantes). »
*À l’occasion d’un atelier dédié à cette thématique lors du Salon Infirmier 2026.
À retenir
Lors de toute pose de sonde nasogastrique, un IDE devrait toujours se poser ces deux questions :
- “Est-ce que j’ai bien mesuré la sonde avec la bonne méthode ?”*
- “Est-ce que j’ai bien vérifié son positionnement avec la bonne méthode ?”*
*Dans le cas présent, respectivement la NEX+10 et la radiographie thoracique centrée sous le diaphragme.
Pour en savoir plus : Guide infirmier : la sonde nasogastrique, Réussis ton Ifsi ;
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