ONCOLOGIE

Une collaboration IPA/infirmier libéral optimise le suivi des plaies tumorales 

Publié le 18/05/2026

Au centre hospitalier intercommunal de Créteil (CHIC) la prise en charge et le suivi des plaies tumorales mobilise une infirmière en pratique avancée de l’établissement et les infirmiers libéraux du territoire pour un suivi optimal des patients.

Infirmières hospitalières pendant une pause.

Crédit photo : APHP-PSL-GARO/PHANIE

La prise en charge de la plaie tumorale chez les patients en oncologie implique une expertise particulière, «car ce type de plaie affiche un comportement physiopathologique singulier», explique Claire Devroedt, infirmière en pratique avancée (IPA) mention oncologie, au CHIC et coordinatrice de la pratique avancée pour le Groupement hospitalier de territoire (GHT) Hôpitaux Confluence. Au sein du service d’oncologie médicale, l’IPA reçoit notamment, en consultation, les patients concernés par ce genre de plaie pour le suivi du traitement, le suivi post-traitement ou encore la surveillance de la rémission. «Nous prenons en charge tous les cancers, mais je vois davantage les patients atteints de cancers du sein ou de cancers digestifs», précise-t-elle. Elle peut également les recevoir en hôpital de jour ou encore être sollicitée par les équipes des autres services hospitaliers pour avis. 

La complexité des plaies tumorales

On distingue deux types de plaies tumorales. Dans le premier cas, la plaie correspond à une extériorisation de la tumeur au niveau de son site d’origine (site primitif), comme cela peut être observé dans certains cancers ORL ou du sein. Dans le second cas, la plaie résulte d’une atteinte métastatique: elle traduit alors la présence de métastases sous-cutanées, issues par exemple d’un cancer du poumon ou du sein. «Le traitement de ce type de plaie repose sur le traitement du cancer, poursuit l’IPA. Son évolution représente donc un bon marqueur clinique de la réponse du patient au traitement, car s’il fonctionne, la plaie va se résorber, et inversement.» 

Avec les plaies tumorales, il ne faut en aucun cas rechercher la cicatrisation. L’objectif repose sur la gestion des symptômes.

Le traitement des symptômes 

La prise en charge de la plaie tumorale repose sur la gestion des symptômes: douleur, odeur, saignement (risque hémorragique élevé), risque infectieux. «Avec les plaies tumorales, il ne faut en aucun cas rechercher la cicatrisation, fait savoir l’IPA. L’objectif repose sur la gestion des symptômes, et cette notion importante doit être partagée par tous les professionnels intervenants auprès du patient.»
À la suite de la mise en place du traitement par l’oncologue, le patient bénéficie généralement d’une prise en charge en ville. «Je demande au patient s’il connaît déjà une infirmière libérale, et selon sa réponse, je peux le mettre en contact, indique Claire Devroedt.Généralement, je détaille tout le protocole sur l’ordonnance, mais il peut être amené à changer régulièrement selon l’évolution de la plaie, qui n’est pas prévisible.» En revanche, il existe des règles strictes à respecter. Il faut notamment éviter au maximum la détersion mécanique car ce sont des plaies à risque hémorragique. «L’infirmière libérale ne doit donc pas gratter la fibrine, d’autant plus que cela peut être douloureux pour le patient», précise-t-elle. Le nettoyage à l’eau et au savon est à privilégier et la surveillance clinique est primordiale.

Un échange, un soutien 

Les infirmiers libéraux n’ont pas nécessairement l’habitude de prendre en charge ce type de plaie en ville. «D'autant qu'en IFSI, les formations sur les plaies portent principalement sur les ulcères ou les escarres, qui sont les plus courants», observe l’IPA. C’est justement pour venir en appui que Claire Devroedt a cherché à renforcer des liens avec les infirmiers libéraux qui prennent en charge les patients suivis dans le service où elle exerce. «Je communique toujours mon numéro de téléphone sur les ordonnances afin que les acteurs libéraux, infirmières et médecins généralistes, puissent me contacter directement si besoin», souligne Claire Devroedt.

Infirmière libérale à Alfortville (Val-de-Marne), Aurélie Guiliani a été amenée à suivre une patiente pour son cancer du sein. «Une plaie tumorale est apparue pendant l’intercure, raconte-t-elle. Au cabinet, nous avons rapidement été désarmés d’autant plus qu’elle était également nauséabonde, donc compliquée à gérer pour la patiente et son entourage. » Elle a alors pris contact avec l’IPA. «Nous avons commencé à échanger régulièrement sur le protocole et l’évolution de la plaie, rapporte-t-elle.Parfois, en ville, nous pouvons stagner dans une prise en charge et être rapidement isolés. Le contact avec Claire est vraiment facilitant d’autant plus que le protocole doit régulièrement être réévalué.» 

Un planning de surveillance

De son côté, Tara Jouanneaux, infirmière libérale à Plessis-Trévise (Val-de-Marne) suivait déjà une patiente atteinte de la maladie d’Alzheimer lorsque celle-ci a développé une plaie tumorale au sein. «J’avais eu l’occasion de prendre en charge des plaies tumorales, mais jamais de cette importance», confie-t-elle. La plaie s’était dégradée notamment parce que les membres de la famille de la patiente, au regard de son état de santé, ne voulaient pas d’acharnement. Ils ont donc mis du temps à accepter une radiothérapie et une chimiothérapie per os. «Claire a joué un rôle très important dans la prise en charge, à la fois parce qu’elle était notre lien avec l’oncologie, et surtout, nous avons constamment évalué la plaie avec elle, en envoyant des photos», explique Tara Jouanneaux. «Lorsque je suis en lien avec des infirmières libérales, je reprends les bases de la prise en charge d’une plaie tumorale par téléphone, avant de faire un point sur la plaie, indique l’IPA. Généralement, lors du premier contact, nous déterminons ensemble une organisation pour la surveillance afin que je sois informée de l’évolution de la plaie.» Dans le cas de cette patiente, «dès lors qu’elle a reçu ses séances de radiothérapie, elle s’est progressivement résorbée», souligne Tara Jouanneaux

Une collaboration à approfondir 

Si les liens avec les infirmières du territoire se nouent progressivement, Claire Devroedt souhaiterait pouvoir les former davantage à la spécificité de ces plaies. Afin d’optimiser la collaboration ville/hôpital, la direction des soins du CHIC et Claire Devroedt ont d’ailleurs réuni, en 2025, les soignantes du secteur, au cours de deux soirées, pour échanger sur le sujet en collaboration avec le Dispositif d’appui à la coordination (DAC) santé 94. «C’était l’occasion de présenter un outil de communication sécurisée, Santélien, dont l’usage nous permettrait de partager les données entre tous les professionnels de ville. (infirmiers libéraux, pharmaciens, médecins généralistes) et de disposer d’une messagerie sécurisée pour le transfert rapide d’informations», rapporte-t-elle. La prochaine étape: étendre les collaborations en s’orientant notamment vers les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). 

Laure Martin

Source : infirmiers.com