«Les recommandations vaccinales contre la grippe sont trop peu suivies par les soignants, alors que l’efficacité des vaccins est bien démontrée», indiquent les auteurs dans le rapport, révélé mardi 5 mai dans un premier temps par France Inter. Ils «sont particulièrement exposés, chez eux et sur leur lieu de travail, et peuvent être à l'origine d'infections parfois indépendamment de leur volonté, la grippe pouvant être asymptomatique», analyse Christine Rouzioux, professeur de virologie et rapporteuse du rapport. Elle constate notamment «beaucoup de cas groupés» d’infection grippale - soit au minimum 3 personnes présentant des symptômes compatibles avec ceux de la grippe - qui apparaissent «au même endroit la même semaine», dans les hôpitaux ou les EHPAD. «À l’évidence, ce sont des cas liés aux soignants.» Et ils peuvent l'être d'autant plus que beaucoup continuent «de travailler alors qu'ils sont infectés, tandis que d'autres sont en arrêt de travail», fragilisant de plus les services lors des phases épidémiques, continue le rapport.
«L'obligation vaccinale permettrait de diminuer les risques d'infections et la mortalité, ainsi que le coût financier pour la société. Le coût de la vaccination est beaucoup moins important que le coût global de la grippe : consultations, hospitalisations, réanimations, mortalité et perte de productivité due à l'absentéisme des soignants infectés », ce qui renforce la « désorganisation des soins et des services», poursuit de son côté Christine Rouzioux. La grippe coûte, selon elle, 1 à 2 milliards d'euros contre 20 à 30 millions d'euros pour la vaccination de près de 2 millions de professionnels de santé.
Lutter contre «l'hésitation vaccinale» des soignants
Pour la troisième fois, après 2020 et 2023, l'Académie se positionne sur cette question qui génère de nombreux débats, notamment sur la liberté individuelle des soignants. Refuser la vaccination pour les soignants, «c’est nier leurs responsabilités médicales vis-à-vis des patients dont ils ont la charge», affirment les auteurs du document. Il en va, ajoutent-ils, de leur responsabilité médicale et de la solidarité professionnelle entre soignants.
Or nombre de soignants «se sentent non concernés, faute de percevoir la grippe comme grave, et négligent de réitérer leur vaccination annuelle, alors qu’ils savent que les vaccins sont gratuits, bien tolérés et sans effet secondaire.» Pourtant, parallèlement, un soignant vacciné, c'est aussi un soignant qui est plus enclin à parler vaccination avec ses patients, défendent-ils. Pour Christine Rouzioux, il est nécessaire de renforcer la communication auprès des soignants en l'adaptant «aux différents niveaux de connaissance» des soignants pour lutter contre «l'hésitation vaccinale». L'Académie de médecine identifie ainsi plusieurs facteurs explicatifs à cette hésitation : le manque de formation et la défiance face aux employeurs et aux institutions, qui n'ont souvent que peu à voir avec l'acte de vacciner lui-même et plutôt tout avec une insatisfaction face aux conditions de travail.«L’hésitation vaccinale reflète aussi un symptôme de dysfonctionnements plus généraux du système de santé, cristallisant un mécontentement quant aux conditions de travail actuelles», ajoutent-ils.
Au niveau législatif, la dernière loi de financement de la sécurité sociale prévoyait cette possibilité mais uniquement après un avis de la Haute autorité de santé (HAS), attendu au début de l'été. La dernière épidémie de grippe a engendré près de 1,2 million de consultations, 115.000 passages aux urgences et 24.000 hospitalisations et 12.700 décès (17.900 en 2024-25).
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