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Et si les infirmiers s'emparaient enfin des médias ?

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Compétences infirmières

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Faire entendre la voix infirmière dans les médias ? A l'international, les intéressés en sont convaincus : au même titre que celles d'autres professionnels de santé, les compétences et l'expertise des infirmiers méritent d'être diffusées et doivent être l'un des canaux de dissémination des connaissances en santé, voire un point d'appui parmi d'autres pour les pouvoirs publics en matière de prise de décision. 

Encore peu ancré dans la culture infirmière, le recours aux médias est appelé à prendre de l'ampleur pour mettre en lumière les compétences et l'expertise de la profession

Pour savoir quelle est l'audience des infirmiers dans les médias, plusieurs témoins issus de différents pays (Suisse, Espagne, Etats-Unis) ont fait part de leur constat et proposé des solutions à la faveur d'un symposium organisé lors du congrès 2021 du Conseil International des Infirmières (2-4 novembre). A l'unanimité, il ressort que les infirmiers bénéficient d'un manque de visibilité, voire d'une image négative dans la presse. Et ce alors que les journalistes se révèlent dans le même temps intéressés par les questions de santé. Un paradoxe apparent qui trouve plusieurs explications.

Ressources non-identifiées

La nécessité d'entendre la parole infirmière par le relais médiatique fait consensus. Mais reste à savoir comment être audible. Côté medias tout d'abord, les journalistes ne perçoivent pas précisément en quoi les infirmiers peuvent apporter une contribution utile, ni comment les approcher ; en retour, les paramédicaux n'identifient pas non plus nécessairement qui contacter pour rendre une information publique et la diffuser largement. D'où le développement de l'usage des réseaux sociaux par les infirmiers et d'un streaming à l'impact intra-communautaire limité, constate Rodrigo Cardoso, infirmier clinicien en Suisse et doctorant dans le domaine du journalisme paramédical. Dans les institutions par ailleurs (établissements sanitaires, universités...), les services de presse ont tendance à restreindre la communication et à confier l'expertise au corps médical, considéré comme une ressource quasi-exclusive d'information. Bien que certains infirmiers soient, ça et là, reconnus comme experts dans des domaines précis, ces éléments mis bout à bout ne laissent que peu de place à la promotion médiatique de l'expertise infirmière.

Je rêve que ces cours deviennent un jour obligatoires

Booster l'acculturation par la formation

A l'heure actuelle, la formation en soins infirmiers, quel qu'en soit le niveau et où qu'elle soit dispensée, ne fait pas la part belle à la communication. Pourtant, insiste la spécialiste en santé publique et journaliste santé américaine Diana J Mason, les médias sont un puissant outil pour éduquer la communauté et le grand public. L'acculturation à la dissémination des connaissances n'est donc pas acquise précocément malgré les besoins évidents de diffusion et de vulgarisation, ce qui en rend le réflexe moins fluide et plus tardif, lorsqu'il se fait. Pour les intervenants, il est essentiel d'introduire dès le cursus initial des cours de communication et développer le média training pour rendre naturelles les activités de publication et de publicisation. Hildegart Gonzalez Luis (Professeure associée au sein du département de communication de l'université de Navarra en Espagne) l'a bien compris : pour répondre au manque existant, elle a créé un cours de communication publique dédié aux étudiants de son université de rattachement. Je rêve que ces cours deviennent un jour obligatoires, imagine-t-elle face à l'accueil positif réservé à cette innovation.

La profession doit vaincre sa timidité et sa peur

Gagner en confiance

La formation est indispensable, certes. Mais doit être complétée par une prise de conscience, et surtout un gain de confiance chez les infirmiers. Souvent, les infirmiers manquent d'assurance et ont peur de ce qu'on va penser de leur intervention. Je leur réponds qu'ils n'ont pas à s'inquiéter sur le plan personnel ; c'est de leur expertise métier que les journalistes ont besoin pour comprendre le propos et les problématiques de santé, démystifie Barbara Glickstein, infirmière américaine de santé publique et spécialiste des médias. Bien que la pandémie de Covid-19 ait, d'une certaine manière, boosté l'élaboration de plans médias et propulsé sur le devant de la scène des personnalités comme Mario Macedo, un infirmier portugais identifié ces derniers mois par les journalistes locaux comme expert de la crise sanitaire, la profession doit vaincre sa timidité et sa peur pour les speakers présents au symposium. Et ce aussi bien sur le versant académique des revues scientifiques que dans la presse grand public, que H. Gonzalez Luis considère comme un formidable amplificateur. Une conception qui rejoint celle de Lauren Underwood, infirmière et Sénatrice américaine, pour qui augmenter la visibilité des infirmiers est incontournable.


Directrice de la rédaction
anne.perette-ficaja@gpsante.fr
@aperette

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Commentaires (2)

Phil

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59 commentaires

#5

Oui les médias devraient être saisis

Il serait temps que les médias s'intéressent à l'Ordre infirmier, créé sur une "fake new" qui prétendait que 92% des IDE en voulaient... alors que la Cour des Comptes dit que 70% des salariés refusent de le payer pour travailler...

Des millions d'euros dilapidés dans une mascarade grotesque.

binoute1

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640 commentaires

#4

Bravo!

mais attention que ceux qui prennent la parole ne fassent pas passer leurs voeux à eux pour une envie générale de la profession !
Genre "on veut pouvoir prescrire ou faire des certificats de dc" ( c'est une demande qui se développe) et qui équivaudrait à donner nous encore un peu plus de taf