ETHIQUE

Patient, je t'aime à la philo !

Cet article fait partie du dossier:

Ethique et soin

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L'amour a-t-il sa place dans le soin ? Nous allons tenter une réponse à partir de la mythologie grecque et d'autres sources qui permettront d'éclairer cet obscur sentiment qui nous sert de fourre-tout et dans lequel nous mélangeons un peu tout et n'importe quoi.

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Accompagner, soigner avec grâce et avec un peu d’amour...

L'occasion est belle de parler d'amour, ne nous en privons pas. Peut-on soigner sans amour ? La relation professionnelle entre le soignant et la personne soignée n’est pas exempte d’affects, mais comment se déclinent-ils précisément ? Nous avons évacué l’amour de notre discours professionnel au profit de valeurs comme le respect de la dignité. La laïcité a permis une vraie réflexion morale et philosophique moderne1 sur le soin mais, au même moment, elle a abandonné une dimension qui touche à la posture soignante, son esthétique, sa grâce. Comme si nous ne pouvions pas parler à la fois de respect de la dignité et d’amour. Le soin sera bien entendu le support de notre débat mais aujourd'hui, il s'agit de vous livrer, ni plus ni moins, LA recette de l'Amour : le bon, le vrai, le beau, le juste. Pour ma part, lors de ma formation initiale d'infirmier, je n'ai pas exploré ce concept en termes de relation soignant/soigné mais j'ose espérer que la lacune est comblée depuis ce temps (que les gens de vingt ans ne peuvent pas connaître...). Bref, si l'Amour vous intéresse un tant soit peu, vous angoisse un tantinet quelquefois ou, plus simplement, si vous souhaitez donner une place et du sens à l'amour dans votre vie, je vous invite au dévoilement (du concept bien sûr)...

L’exigence de la terminologie grecque...

La langue de Molière a toujours su parler magnifiquement d'amour mais elle ne sait pas aussi clairement que le grec parler de l'amour en soi. Le grec est une langue éminemment philosophique qui permet de nuancer très précisément la notion. Profitons donc de ce savoir ancien pour enrichir le sens de ce mot afin de mieux reconnaître les liens qui se tissent entre deux personnes. L’éros (Eρως) Certainement le terme grec le plus populaire pour parler d’amour : le dieu Eros est né de Poros (abondance) et de...

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Commentaires (3)

CrisP

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51 commentaires

#3

Merci Chère Christine

Merci pour cette intervention faisant une belle suite à mon article. Oui, vous avez raison quand vous dites qu'il "se passe quelque chose" entre soignant et soigné et je salue votre courage pour assumer cet amour quitte à en faire une COMPÉTENCE !! formidable, belle idée !
Si vous m'autorisez à pousser un peu la réflexion il y a toutefois un risque : Imaginez que la compétence ne soit pas validée... mais là nous sommes en pleine science fiction (un IDE incapable d'aimer ça n'existe pas... si ? aïe ! là on ouvre une porte qui débouche sur une salle bien
sombre, mais qui pourrait faire l'objet d'un article...)

je vous souhaite de belles vacances et bien sûr beaucoup d'amour(s)

Christophe Pacific

amicalement
Christophe Pacific

christine54

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28 commentaires

#2

(suite) La différence entre rite et routine

Lorsque nous faisons le même acte de soin pendant des mois à la même personne qu'il s'agisse d'une perfusion ou d'une toilette nous sommes susceptibles de nous laisser gagner par la routine ne seraitce que pour aller plus vite. la personne a progressivement le sentiment d'être un objet et non un sujet digne d'attention et le soin perd tout son sens. Au contraire, dans le rite et le partage ensemble de moments de soins répétitifs, il se passe quelque chose entre le soignant et la personne soignée, un partage de sens qui fait de ce temps un temps vivant où chacun se vit pleinement en tant que sujet. ( cf : un article à ce sujet dans Alzheimer éthique et société paru aux éditions Eres sous la direction d'E.Hirsch et F.Gzil en octobre 2013) Les soins infirmiers et notre identité sont menacés aujourd'hui. Je crois qu'il y a un travail extraordinaire à faire par notre profession pour s'émanciper du passé et se réconcilier la question de l'amour comme du bien en matière de soin dans notre société laïque. (en raison de l'influence de la religion à ce sujet)

christine54

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28 commentaires

#1

L'amour et la maîtrise de soi

Parler d’amour, au quotidien, fait l’objet d’une grande. pudeur par crainte pour le professionnel de perdre la maîtrise de son art car il s’agit bien pour lui de préserver la maîtrise de ses compétences et de ce qu’on appelle le professionnalisme là où l’amour apparaît comme une démaîtrise pour certains. C’est pourtant l’absence d’amour qui tue le professionnel en perte de vitesse, évoluant vers un burn out, devenant progressivement indifférent, insensible, malheureux puis déprimé. Incapable d’aimer autrui, il ne s’y retrouve plus et ne s’aime plus lui même. “Soi même comme un autre” dit Ricoeur Chacun possède en soi cette belle disposition à aimer, au point que cultiver cette disposition chez les soignants pourrait occuper un véritable champ disciplinaire dans notre formation et au cours de notre expérience. Aimer c’est en premier lieu “Respecter” et en second lieu “Mettre en éveil” notre sensibilité affective, intellectuelle, spirituelle. La première, autrement dit notre subjectivité, est essentielle et fut exploitée, comme outil, par J.Watson dans le cadre des soins de réadaptation. J’aimerais démontrer pour ma part le lien direct entre la “compétence à aimer” (oui!) et l’ensemble de nos compétences ainsi que son lien avec la capacité à assumer son rôle propre. L”amour rend aveugle dit-on mais l’absence d’amour ne rend elle pas aussi aveugle? Savoir aimer est indispensable à tout soignant. L’histoire du concept de care, élaboré sur l’observation des activités sociales et du soin par des proches (dont l’image en tête de proue de la mère , par des bénévoles et par des personnes de conditions modestes) a amené certains à opposer le concept du care au concept de justice. Là encore Ricoeur rappelle que, tant dans l’action individuelle que collective, il ne faut pas oppose amour et justice mais respecter la dialectique entre les deux. L’amour met du sens dans notre travail et fait par exemple la différence entre routine et rite