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Apprentissage de la santé numérique : où en est-on ?

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Formation en ifsi

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La crise sanitaire a immanquablement accéléré l'usage de la santé numérique, bien souvent à marche forcée. Mais son apprentissage en tant que tel est-il pour autant entré dans les mœurs des étudiants en soins infirmiers (ESI), des formateurs et des professionnels de santé en exercice ? Le point alors que vient d'être lancée mi-octobre la Stratégie d'accélération santé numérique (SASN). 

La SASN est structurée en 5 axes qui suivent la ligne de vie d’un projet en santé numérique, depuis l’acquisition des compétences par la formation jusqu’au déploiement

Cours d'enseignement diffusés sur Internet (MOOC), outils collaboratifs, questionnaires à choix multiples (QCM) interactifs, simulation en santé, e-learning, forums…, la e-santé a depuis déjà plusieurs années investi le domaine de la formation en santé. La feuille de route ministérielle du numérique en santé (MSS-DNS) 2018-2022 inclut d'ailleurs la formation comme un moyen pour accompagner l’accélération du virage numérique. Pour autant, sur le terrain, on ne peut pas dire que son intégration dans les référentiels de formation initiale soit aujourd'hui une réalité pleine et entière. Les professionnels de santé sont ainsi encore trop peu formés aux enjeux du numérique en santé alors que parallèlement les besoins et usages explosent. La formation initiale doit être un levier pour la montée en compétences au numérique en santé de l'ensemble de ces professions (médecin, infirmier, éducateur spécialisé…, ndlr), peut-on lire dans le dossier de presse consacré à la Stratégie d'accélération santé numérique (SASN), officiellement lancée le 18 octobre dernier lors du premier anniversaire de G_NIUS – le Guichet national de l’innovation et des usages en e-santé –  et qui a pour ambition de positionner la France en leader mondial de la santé numérique.

Une avancée « à marche forcée » dans les Ifsi

Certes, des axes sont notamment préconisés au niveau des instituts de formation, a souligné Lisette Cazellet, responsable formation Association Formatic Santé (encadré 1), pour le compte de Martine Fontaine, conseillère pédagogique régionale à l'ARS Occitanie, lors d'un atelier sur le sujet dans le cadre de la 15ème édition de l'université de la e-santé organisée par l'association Formatic santéDans les Ifsi, la pandémie a fait avancer les choses à marche forcée, dans certains cas plutôt avec des réussites, a-t-elle poursuivi. Des initiatives régionales sont d'ailleurs à pointer ça et là dans l'Hexagone (encadré 2). Reste qu'il faut voir comment cela va évoluer. Comment les nouveaux usages vont se pérenniser ? Comment les formateurs vont-ils monter en compétence ?.

Formatic, une association pionnière

Depuis sa création en 2003, l’association FORMATIC Santé fait figure de pionnière dans le domaine de la e-formation et de la e-santé. Avec le MOOC e-santé, elle a notamment initié depuis 2015 plus de 12 000 acteurs de santé à la e-santé, avec un taux de 25 à 36 % de validation du parcours selon les sessions. Un dispositif de formation actualisé en 2020-2021 dans le contexte de la feuille de route du numérique en santé, de la pandémie de Covid-19, et qui et a fait l'objet de deux sessions (au printemps et à l'automne-hiver), crise sanitaire oblige.
À noter également le projet en cours de l'association co-construit avec les acteurs de terrain : le MOOC & SPOC (cours en ligne pour formation intra-établissements) "Développer les usages du numérique pour le secteur médico-social". Il se déclinera selon deux parcours de formation au numérique : l'un pour les professionnels, et l'autre pour les personnes accompagnées et les aidants. Le premier sera opérationnel en janvier prochain tandis que le second le sera au 2nd semestre 2022

La formation, socle de base de la SASN

Les choses devraient toutefois prendre une tournure favorable dans les mois et années à venir avec la SASN désormais sur les rails. Dotée de 650 millions d'euros, provenant notamment du Programme d’investissements d’avenir (PIA-4 France relance), la SASN fait en effet la part belle au développement de la formation en la matière (en santé numérique) puisqu'un investissement inédit [lui] est accordé (81 millions d'euros), a souligné Olivier Véran. D’ici 2025, 210 000 étudiants en santé, dont les ESI, devraient ainsi être formés à la santé numérique dans 24 filières de formations et 36 universités du secteur santé. Les professionnels de santé et travailleurs sociaux en exercice sont également concernés, de même que les spécialistes du numérique en santé, (ingénieurs, juristes, évaluateurs de dispositifs médicaux…) ainsi que les citoyens et les patients (utilisation du numérique en santé et lutte contre les fractures numériques). L’approche retenue est de porter les efforts tant auprès des professionnels en formation initiale que ceux de la formation continue1.

Un référentiel socle de compétences transversal en préparation

Plus précisément, parmi les douze actions que compte le socle de base de la Stratégie figure celle consacrée au développement de l'offre de formation initiale en santé numérique pour les professionnels de santé et médico-sociaux. Dotée de 54 millions d'euros, cette action doit permettre d’intégrer des modules sur le numérique en santé pour l’ensemble des formations initiales médicales, paramédicales et travailleurs sociaux du supérieur, soit plus de 65 000 étudiants par an. Pour ce faire, ces enseignements s’appuieront sur un référentiel socle de compétences transversal à toutes les formations médicales et paramédicales intégrant entre autres les compétences relatives à la cybersécurité en santé, la télésanté ou les données de santé. Il est prévu d’intégrer dans les maquettes de cours des étudiants concernés la santé numérique. Aujourd'hui, la version 1 du référentiel est validée. Nous rentrons avec les organismes titulaires2 dans un second round plus administratif en vue d'un accord commun, souligne Matthieu Faure, directeur de projet et expert médico-social au sein de la délégation ministérielle au Numérique en santé. Et de poursuivre : les établissements répondant à l’appel à manifestations d'intérêt (AMI) [appel à projets, ndlr] pourront s’appuyer sur un référentiel transversal de compétences en cours de finalisation. Il définit le socle minimum de compétences au numérique en santé pour l’ensemble des professions de santé. Au-delà de l’AMI, ce référentiel aura également pour vocation d’intégrer dès 2022 l’ensemble des référentiels de compétences des professions de santé en fonction de leur calendrier établi. Une mise en œuvre opérationnelle qui sera toutefois plus ou moins rapide selon les différentes formations concernées compte tenu des modifications des référentiels de compétences et des arrêtés afin de donner un cadre pérenne aux formateurs.

À noter : une évaluation des compétences devrait être intégrée dans le dispositif via la plateforme Pix, laquelle permettra de délivrer cette évaluation qui pourra se concrétiser par une certification1. D'abord seulement accessible aux étudiants, cette plateforme publique, qui évalue, développe et certifie les compétences numériques, le sera également ensuite aux professionnels de santé en activité afin qu'ils puissent s'évaluer mais aussi accéder à des ressources en ligne, précise encore Matthieu Faure.

E-santé Occitanie se consacre aux IPA

Dans le cadre du module spécifique "UE méthodes de travail & outils numériques" intégré à la formation des infirmiers en pratique avancée (IPA), nous avons travaillé sur un parcours de soins complexe pour une maladie chronique stabilisée, a expliqué Lucien Lucido, chargé de mission au sein du groupement d'intérêt public (GIP) e-santé Occitanie lors de l'atelier sur le déploiement de la e-santé dans les référentiels de formations initiales et dans la formation continue à l'occasion de cette 15ème édition de l'université de la e-santé. L'objectif pour les IPA en formation était de savoir comment articuler les outils numériques3 dans cette prise en charge lors de ce parcours en trois étapes [domicile, hôpital, Ehpad, ndlr] sachant que beaucoup d’outils existent déjà. Après une première session réalisée en distanciel, une seconde a suivi en présentiel. L'occasion cette fois-ci pour les futurs IPA de manipuler les outils4. Un accompagnement du GIP e-santé Occitanie pour un apprentissage à la bonne saisie des usages qui devrait se poursuivre en mars 2022 auprès des internes en médecine en 8ème année… voire ensuite peut-être être encore décliné auprès d'autres publics étudiants en santé.

Formation continue : encore des progrès à faire

Une bonne chose car les besoins de formation continue en la matière sont réels. Certes, bon nombre de soignants, travailleurs médico-sociaux en exercice et formateurs se sont déjà formés, certains sur le tas, et utilisent ainsi notamment divers outils de santé numérique. Cependant, il leur reste encore à monter en compétences. Et l'offre de formation était jusqu'alors relativement restreinte. En effet, les programmes portant sur la e-santé restent encore très limités ou souvent axés sur la formation aux outils, comme en attestent par exemple ces trois5orientations pluriannuelles prioritaires (sur les 256 !) de développement professionnel continu (DPC) s'inscrivant dans le cadre de la politique nationale de santé et définies pour les années 2020 à 2022. Or la santé numérique renvoie aussi à la réglementation (secret partagé, protection des données de santé…) et à l'éthique (relation de soin en mode numérique) notamment. Dans le cadre de la prochaine triennale (2023-2025), l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) va proposer une nouvelle orientation prioritaire "santé numérique" basée sur le même référentiel de compétences transversal. Avec des modules de formation accessibles, l'offre sera là pour les professionnels, assure Matthieu Faure. Enfin, notons que des discussions sont en cours avec d’autres organismes de formation, dont l’ANFH, l'organisme collecteur de fonds de formation pour la Fonction publique hospitalière (FPH), pour proposer des modules de formation continue basés sur ce référentiel.

Notes

      1. Dossier de presse SASN, Gouvernement, 18 octobre 2021
      2. DGOS, Haut Conseil des professions paramédicales – HCPP, Conférence des doyens des facultés de médecine
      3. Espace numérique en santé (INS), DMP, CPE et e-CPS, dossier pharmaceutique (DP), logiciel de gestion en cabinet libéral, e-prescription médicaments et examens complémentaires…
      4. ViaTrajectoire, plateforme d'orientation multi-modules, Spico, système de partage d'informations et de coordination en Occitanie pour les professionnels du sanitaire, du médico-social et du social, et TéléO, plateforme régionale sécurisée pour la télémédecine d’urgence et l’échange d’imagerie
      5. "Pertinence du recours à l'innovation numérique en santé (intelligence artificielle, big data, internet des objets)" (orientation n°15) ; "Utilisation appropriée des outils informatisés de coordination (DMP, messageries sécurisées, dossiers patients informatisés)" (orientation n°24) et "Indications et bonnes pratiques en matière de télémédecine, de télésoins et de robotisation" (orientation n°25)


Journaliste

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