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Journée mondiale sans tabac : il faut accentuer les efforts

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Tabacologie

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C’est aujourd’hui mercredi 31 mai la journée mondiale sans tabac, une journée instituée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en 1987. Cette année, la campagne met l’accent sur les dangers du tabac pour le développement et propose des mesures concrètes à destination des autorités et du grand public pour lutter plus efficacement contre les mauvaises habitudes. Dans le viseur : l’industrie du tabac qui représente une menace pour le développement durable de tous les pays et notamment pour la santé et le bien-être économique des citoyens.

Six millions de morts chaque année dans le monde et certainement près de huit millions d’ici à 2030 sauf inversion de la tendance. Ce sont les derniers chiffres accablants du tabagisme avancés par l’OMS. Au lourd tribut payé par les populations sur le plan de la santé s’ajoute celui du développement avec des coûts considérables du tabagisme pour les économies nationales à cause des soins de santé et de la baisse de la productivité, souligne ainsi l’OMS qui place d’ailleurs le développement au cœur de sa campagne 2017.

Le tabagisme, qui provoque actuellement la mort d’un adulte sur dix sur la planète, est la deuxième cause de décès au niveau mondial

Quelles conséquences du tabac sur le développement ?

cigarette cendrier

Le tabagisme est responsable de 73 000 morts par an dans l’hexagone.

Les conséquences du tabac sur le développement représentent un argument de plus en faveur de la lutte contre le tabagisme dans le monde. C’est donc celui-ci que l’OMS a choisi de mettre en avant pour sa campagne 2017. Le tabagisme aggrave les inégalités en santé et la pauvreté car les personnes les plus pauvres consacrent moins de ressources aux besoins essentiels tels que les denrées alimentaires, l’éducation et les soins de santé. Quelque 80% des décès prématurés dus au tabagisme surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire qui ont plus de difficultés à atteindre les objectifs de développement, rappelle l’OMS. Mais ce n’est pas tout. La culture du tabac nécessite de grandes quantités de pesticides et d’engrais qui peuvent s’avérer toxiques et ainsi polluer les sources d’approvisionnement en eau. De plus, chaque année, la culture du tabac utilise 4,3 millions d’hectares de terres, ce qui entraîne une déforestation à l’échelle mondiale située entre 2% et 4%. Sans parler des deux millions de tonnes de déchets solides induite par la fabrication des produits du tabac.

Les chiffres clés du tabagisme*

  • L'épidémie mondiale de tabagisme fait près de 6 millions de morts chaque année dont plus de 600 000 sont des non-fumeurs.
  • C’est la deuxième cause de décès au niveau mondial.
  • En 2004, les enfants représentaient 28% des décès imputables au tabagisme passif.
  • La fumée du tabac contient plus de 4 000 substances chimiques, dont on sait qu'au moins 250 sont nocives et plus de 50 sont cancérigènes.
  • Presque la moitié des enfants respirent régulièrement, dans les lieux publics, un air pollué par la fumée de tabac.
  • Plus de 40% des enfants ont au moins l'un de leurs deux parents qui fume.
  • Plus de 80% du milliard de fumeurs dans le monde vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.
  • Une augmentation de 10% du prix du tabac suscite une baisse de la consommation de 4% dans les pays à revenu élevé qui peut aller jusqu'à 8% dans les pays à faible revenu ou revenu intermédiaire.
  • En 2011, le tabagisme quotidien a augmenté de 9% chez les jeunes, aussi bien chez les filles que chez les garçons. Mais plus l'usage s'intensifie, plus il devient masculin : ils sont 32,7 % à déclarer un usage quotidien pour 30,2% des filles.

*Source : www.education.gouv.fr

La France reste un des pays d’Europe occidentale où le tabagisme est le plus répandu : parmi les plus de 15 ans, plus du tiers sont fumeurs

En France, le nombre de fumeurs reste stable mais élevé

En France, le nombre de fumeurs reste stable mais trop élevé, c’est ce que révèle la dernière enquête publiée par le Baromètre santé, publiée le 30 mai 2017. En 2016, plus d’un tiers des personnes de 15-75 ans déclaraient fumer en France et près de 3 Français sur 10 fumaient quotidiennement. Ces prévalences sont stables depuis 2010, après la hausse observée entre 2005 et 2010. A ce constat s’ajoute l’accroissement des inégalités sociales sur la question du tabac. Plus on est pauvre, plus on fume et moins on parvient à arrêter de fumer, montre l’étude, qui rappelle que le tabagisme est responsable de 73 000 morts par an dans l’hexagone. En 2016, la prévalence du tabagisme quotidien a augmenté de 35,2% à 37,5% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus basse, alors qu’elle a diminué de 23,5 à 20,9% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus haute. Les écarts selon le niveau de diplôme suivent une tendance similaire, témoignant ainsi d’une augmentation des inégalités sociales en matière de tabagisme. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces comportements parmi les populations socialement défavorisées : l’utilisation de la cigarette pour gérer le stress, la difficulté à se projeter dans l’avenir, la méfiance à l’égard des messages de prévention, le déni du risque, une dépendance nicotinique plus importante, une norme sociale en faveur du tabagisme ou des événements difficiles pendant l’enfance notamment.

tableau prévalence tabac

La France, assez mauvaise élève

Si l’on compare le nombre de fumeurs en France et à l’étranger, le bilan n’est pas tellement reluisant si l’on en croit le Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 6 octobre 2016. La France reste un des pays d’Europe occidentale où le tabagisme est le plus répandu : parmi les personnes de plus de 15 ans, plus du tiers fument en France contre, par exemple, environ un quart en Allemagne 10, en Espagne, en Belgique et aux Pays-Bas 11, et environ un cinquième en Italie 11 et en Grande-Bretagne (parmi les adultes). L’écart est encore plus marqué avec les États-Unis et l’Australie, où les prévalences du tabagisme parmi les adultes étaient, respectivement, de 17% en 2014 13 et de 15% en 2014-2015. Quant à la cigarette électronique, son utilisation connaîtrait un léger essoufflement depuis 2014. La Chine, enfin, reste le plus gros consommateur de cigarettes à l'échelle mondiale.

Le tabac reste la première cause de cancer évitable : on considère que plus de 30 % de l'ensemble des cancers dépendent du tabac.

La prévention et des campagnes choc pour marquer les esprits

Parmi les principales mesures mises en œuvre par le plan national de réduction du tabagisme (PNRT), on compte le remboursement à hauteur de 150 euros annuels des substituts nicotiniques, le paquet neutre (instauré en mai 2016 et généralisé depuis le 1er janvier 2017), la campagne moi(s) sans tabac, ou encore, la nouvelle application Tabac info service. Malgré tout, il apparaît plus que nécessaire de poursuivre les efforts, comme s’y emploient associations et pouvoirs publics. Arrêter le tabac améliore votre souffle, votre fertilité et votre budget quotidien, martèle ainsi la Ligue contre le cancer. L'association, acteur historiquement engagé dans la lutte contre le tabac, restera vigilante quant à la mise en application des promesses émises lors de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron, notamment la hausse du prix du paquet à 10 €, précise-t-elle dans un communiqué. En France, 13 millions d’adultes fument quotidiennement. 6 fumeurs sur 10 souhaitent arrêter cette addiction, assure-t-elle à l’occasion de sa nouvelle campagne. Le tabac reste la première cause de cancer évitable : on considère que plus de 30 % de l'ensemble des cancers dépendent du tabac. Le Ministère des Solidarités et de la Santé et Santé publique France ont, de leur côté, associé leurs efforts. L’objectif de leur campagne ? Déconstruire les idées reçues. Quelques exemples choisis : De toute façon, le cancer du poumon, ça touche que les vieux ! Non, ça touche aussi les fumeurs dès 35 ans. Bah le sport tous les jours, ça élimine les risques de la cigarette ! Non, ça ne nettoie pas les poumons. Oh franchement, 4 cigarettes par jour ça va ! Non, ça multiplie par 3 le risque d’infarctus. L’Institut national du cancer a également conçu trois courtes vidéos pour renseigner précisément sur les méfaits du tabac, de loin le premier facteur de risque de développer un cancer à cause de sa composition 100% toxique. Le tabac est en France chaque année responsable de 73 000 décès dont 45 000 décès par cancer. On estime que 30% des décès par cancer sont dû au tabac et que le tabac est impliqué dans le développement de 17 cancers différents. Pour réduire ce risque de cancer, il n’est jamais trop tard pour arrêter et le plus tôt est le mieux, et ce, même en cas de consommation importante et depuis plusieurs années. Des aides efficaces sont disponibles et remboursées. Des professionnels de santé sont également présents pour aider les fumeurs à arrêter. Si les fumeurs restent trop nombreux, les campagnes, qui se sont multipliées ces dernières années, ont tout de même eu leurs effets et notamment celui d’écorner un peu l’image de la cigarette.

Enfin, pour les Parisiens, la Ville de Paris se mobilise pour sensibiliser le public aux risques liés au tabagisme, place de la République, autour de la terrasse du café Fluctuat nec mergitur, à partir de 12h00. Très fréquenté par le jeune public, ce café a décidé d’adhérer à la charte "Ma terrasse sans tabac" lancée par le Ministère des affaires sociales et de la santé à destination des cafés et restaurants volontaires. A cette occasion, tabacologues et professionnels de santé mettront documentation et testeurs (permettant de mesurer son taux de monoxyde de carbone expiré) à disposition de toutes et tous, et répondront aux questions des participants de l'opération tout au long de l'après-midi.

Pour Agnès Buzyn, les actions de préventions restent prioritaires pour lutter contre le tabagisme

Parce que le tabac est la première cause évitable de mortalité en France, la lutte contre le tabagisme est l'une des priorités de santé publique. Un programme national de réduction du tabagisme (PNRT), intégré au troisième Plan cancer, définit ainsi le cadre de la lutte contre le tabac. Mardi 30 mai 2017, lors de son discours d'ouverture des Rencontres de Santé publique France, Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, a réaffirmé son engagement en matière de prévention du tabagisme, avec notamment des actions de sensibilisation auprès des professionnels de santé et de leurs habitudes tabagiques. S'il a connu un net infléchissement chez les généralistes entre 2003 et 2015, la prévalence passant de 29 à 16 %, les chiffres sont alarmants chez les infirmières et les aides soignantes avec respectivement 31 et 44 %. Bien loin des 5 % de professionnels américains et anglais, précise le généraliste.

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Journaliste Infirmiers.com susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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