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Soins infirmiers et diversité culturelle en Guyane

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Exercice international

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Flo & Yo s'apprêtent à conquérir prochainement l'Amérique du Sud. Ils ont fait la connaissance de Louise, infirmière en Guyane, et partagent avec nous son expérience.

crédit photo Louise la Guyane

Crédit photo : Louise – La Guyane, riche en diversité culturelle.

Il y a quelque temps, nous vous avons présenté notre projet pour 2015 qui est de parcourir l’Amérique du Sud en van. Nous entamerons ce périple par la Guyane dés le mois de juillet. À la suite à cet article, nous avons fait la connaissance de Louise, infirmière diplômée d’État qui a démarré sa carrière en Guyane et qui nous a contactés. Dans cet échange, elle nous parle avec passion de la Guyane et nous présente toute la diversité culturelle que ce Département français d’outre-mer (DOM) peut offrir.

Soins infirmiers et diversité culturelle en Guyane

Je m’appelle Louise, j’ai 26 ans et je suis infirmière depuis novembre 2011. Je suis partie travailler en Guyane juste après l’obtention de mon diplôme. J’ai de la famille qui y habite et j’ai eu l’occasion de faire un stage en troisième année, trop court à mon goût. J’ai donc eu envie de revenir après mon diplôme.
J’ai travaillé deux ans et demi là-bas en Hospitalisation à Domicile (HAD), en secteur associatif et aux urgences de Kourou.

Le nom Guyane est d’origine amérindienne. Il signifie « terre d’eaux abondantes ». La Guyane est le plus grand département français, mais il est aussi le moins habité. La grande majorité de la population est concentrée sur le littoral et le long des fleuves Maroni et Oyapock. La population trouve son origine aux quatre coins du globe. Haïtiens, descendants d’esclaves africains (bushinengués) -sept ethnies, je crois-, Libanais, Chinois, Hmong, Javanais, Indiens, Européens, Surinamais, Brésiliens, Guyaniens, Antillais, Péruviens, Colombiens et Amérindiens, et j’en oublie, vivent en Guyane. Le français est la langue administrative, mais la plupart des gens parlent créole.

Crédit Photo Louise la GuyaneLa première adaptation à laquelle j'ai dû faire face en tant qu’infirmière (d’autant plus à domicile) fût de comprendre la base du créole guyanais. C’était, il y a quelques années encore, la deuxième région de France à payer le plus l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), notamment grâce au territoire de l’espace européen avec l’Agence Spatiale Européenne (ESA) et Arianespace. A contrario, il n’y a pas ou peu de Maison des Jeunes et de la Culture (MJC) pour les jeunes, peu de perspectives d’avenir pour certains, un taux important de décrochage scolaire, de violences chez les mineurs et j’en passe. Il y a pas mal d’inégalités sociales créant des dérives. S’intéresser à l’histoire de chaque communauté et son contexte d’arrivée en Guyane aide pas mal pour comprendre le climat social parfois lourd et violent.

Le climat social

La Guyane n’est pas toujours de tout repos. D’un côté, un certain pourcentage des représentants des forces de l’ordre sont des gendarmes mobiles, présents donc pour trois mois avec peu de connaissances du territoire (géographique, culturel, sociétal), d’un autre côté, il y a pas mal de trafics, le plus connu étant celui sur l’or, avec en parallèle, une immigration importante, un taux exponentiel de la natalité et des constructions d’infrastructures trop peu suffisantes.

Bien que les pouvoirs publics se pressent pour construire de nouveaux logements et quelques nouvelles écoles, la pression commence à se faire sentir. Selon les statistiques, la population de Saint-Laurent du Maroni actuelle aura doublé en 2050. Par ailleurs, la Guyane est la région en France la plus touchée par le chômage.

Dans le secteur médical, on est parfois confrontés aux croyances des gens.

La vie locale

Le coût de la vie est disparate. En venant de métropole, vous toucherez une prime de cherté de vie, en étant fonctionnaire notamment, mais que bien des gens ne perçoivent pas. Du coup, la plupart des gens consomment local sur les marchés et non à l’hypermarché, cela évite de trop se ruiner. Cela permet aussi de découvrir fruits et légumes jamais consommés jusqu’ici. Les marchandes se feront un plaisir de vous expliquer comment cuisiner la dachine ou autre. La nourriture est une chouette façon de s’intégrer.

Les spécialités culinaires

En plats typiques vous trouverez les viandes bois (cabiaï, pac, agouti) en sauce, c’est délicieux.

Après, chacun a ses spécialités : le rôti (plat indien par excellence), les soupes hmong, afingui, soupe bushinengué (soupe de manioc avec viande ou poisson), ceviches, plat péruvien… Il en existe tellement !

Mais je crois que ceux qui réunissent tout le monde sont le poulet frites et le madras, il s’agit d’un énorme hamburger, que vous pourrez déguster le soir avec des amis ou en famille, devant les camions resto de toute la Guyane. Je crois que c’est une institution là-bas. C’est l’occasion de se retrouver, de papoter.

Faune, flore, climat…

La faune est très riche en insectes, oiseaux, singes (allez à Saûl), mais vous ne verrez quasiment jamais de félins sauf au zoo, trop craintifs de l’homme (en forêt amazonienne, il y a encore des jaguars). Par contre, il y a des arbres gigantesques, avec des racines sortant de terre, des fougères impressionnantes, mais très peu de fleurs. Le climat est chaud, très chaud en saison sèche (de septembre à décembre) et humide, très humide en saison des pluies (janvier à mars et mai à juillet). Attention à ne pas laisser moisir ses vêtements dans le placard.

Les problématiques de santé publique en Guyane

Au niveau de la santé publique, plusieurs problématiques se posent. Tout d’abord d’actualité et épisodiques : des épidémies de dengue, chikungunya, fièvre jaune... L’ARS a mis en place des plaquettes et affiches de différentes langues pour que chacun puisse être réactif en cas de signes de maladie. Elles sont diffusées dans la rue, chez le médecin, pharmacie… La plupart des gens sont sensibilisés à ces sujets.

Pour en savoir plus sur la dengue

La dengue est une maladie liée à un arbovirus transmis par le moustique tigre, reconnaissable à ses pattes rayées, lors de ses repas sanguinolents. Cela se manifeste, par de fortes fièvres en pics, des courbatures, une chute du taux de plaquettes avec l’apparition des pétéchies en fin de crises, voire l’hémorragie dans les cas les plus graves et dans de rare cas le décès (heureusement, dans la plupart des cas, cela se limite à une grosse grippe). D’un point de vue médical, une recherche d’anticorps est faite pour s’informer du diagnostic virologique pour savoir s’il s’agit d’une primo-infection ou non (il existe quatre sérotypes de dengue) et on effectue un suivi du taux de plaquettes. Il faut surtout prendre des précautions durant la journée car c’est un moustique vivant le jour : bien se couvrir, utiliser des répulsifs, éviter la stagnation d’eau dans les pots de fleurs, cuves, arrosoir. L’ARS de Guyane et le conseil général/régional ont mis en place le passage de camions-citernes diffusant de l’insecticide le long des routes, rues, zones marécageuses en période d’épidémie.

Crédit Photo Louise la GuyaneLe thème de la sexualité est aussi un sujet important, car plus décomplexé qu’en métropole, via la danse, les chansons, le carnaval… (sans oublier les bébés carnaval : nette hausse des naissances neuf mois après février), surtout chez les ados. Il n’est pas rare qu’au collège, une ou plusieurs élèves tombent enceintes dans l’année. Les infirmiers scolaires sont au top en matière d’éducation à la contraception. La Guyane est également la région la plus touchée en France par le SIDA. Pour certains, cette pathologie est encore assimilée à un mauvais sort de la part de quelqu’un qui se venge.

La religion en Guyane

En Guyane, la religion est très présente, ou plutôt les religions. Il y a un essor des nouvelles églises adventistes, pentecôtistes provenant d’Haïti et du Brésil, le vaudou, surtout chez les Haïtiens, le culte des esprits et des ancêtres chez les Bushinengués. Il est possible de participer aux veillées mortuaires, très joyeuses, contraires à ce dont nous avons l’habitude en métropole, avec de gros repas pour tous ceux qui passent.

Dans le secteur médical, on est parfois confrontés aux croyances des gens, comme je l'expliquais précédemment avec le SIDA, ou bien lorsque quelqu’un meure. Mais généralement toutes ces cérémonies ont lieu en dehors de l’hôpital.

Pour l’anecdote, nous avons un chat avec mon conjoint, que nous avons adopté en Guyane. Il est né dans le mauvais quartier, car les gens ont peur des chats représentant, selon la croyance, les mauvais esprits. Du coup, il a fallu le faire accepter par nos voisins et par les enfants, très intrigués. Bien qu’ils avaient envie de le caresser, ils étaient très apeurés au début à tel point qu’ils lui jetaient des cailloux. Ils avaient peur qu’en le regardant droit dans les yeux, les yeux du chat s’échangent avec quiconque le regarderait. J’ai, une fois, fait une bourde en laissant ma petite voisine bébé, caresser le chat. Si celui-ci avait passé sa queue sous son nez, cela aurait était un signe de mort. Je me suis sentie très mal à l’aise après, car j’ai omis ce sacré détail pour nos voisins. Heureusement, ses sœurs n’ont rien vu.

Dernière petite note, le slogan publicitaire du secteur tourisme « La Guyane, personne ne vous croira ». Cela en fait sourire plus d’un, car effectivement cet endroit reste tellement différent de ce que l’on peut voir en métropole qu’il en reste très attachant.

Merci, Louise, d’avoir accepté de partager avec nous ton expérience en Guyane ! Grâce à ton interview nous avons aujourd’hui encore plus hâte de découvrir la Guyane !

Rédacteurs  contact@floetyo.com

Cet article a été publié le 28 janvier 2015 par Flo & Yo que nous remercions de cet échange.

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