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VIDÉO - "Je peux être appréciée comme déranger" Françoise, IDEL

Si le médecin pose un diagnostic, l’infirmière, elle, se rend parfois jusqu’à plusieurs fois par jour chez ses patients pour effectuer les soins, ce qui implique, de fait, une grande proximité –d’abord physique- avec la patientèle. Comment, en tant qu'infirmière libérale, parvient-on alors à garder la « bonne distance » ? Nous sommes allés à la rencontre d’une infirmière libérale lyonnaise, Françoise Lainé Mermet Maréchal. Pour elle, la distance est tout simplement impossible et ses patients, qu’elle connaît pour la plupart depuis de longues années, sont presque devenus des amis. 

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On l’avait découverte dans La Vie des gens, le très beau film-documentaire signé Olivier Ducray, sorti sur les écrans en 2015 et dont Infirmiers.com avait suivi la genèse. Françoise Lainé Mermet Maréchal parle fort et franchement. Quand elle entre chez quelqu’un, en général, on lui ouvre grand la porte, on la reçoit avec chaleur, son passage est très attendu. Cette infirmière libérale exerce dans le 3e arrondissement de Lyon, dans le quartier de La Part-Dieu. Chaque jour, elle rend visite à une vingtaine de patients, que ce soient des enfants jusqu’à sa doyenne, âgée de 97 ans, et avec tous -ceux qu’elle côtoie depuis longtemps notamment- elle entretient une relation quasi-amicale. La plupart la connaissent depuis des années, la croisent dans le quartier quand elle circule - toujours à trottinette.

La relation infirmier-patient : elle est nécessaire, elle est obligée, ça ne peut pas être une relation de technique, froide et distante. Parce qu’avec le temps, la répétition…

« Je m’impose un peu »

Françoise Lainé Mermet Maréchal n’est pas le genre de femme discrète ou effacée qui entrerait sur la pointe des pieds et se retirerait de même. Souvent, elle « bouscule » même un peu ses patients, les taquine, fait de l’ordre chez l’une qui est âgée ou décide de réaliser le soin là où elle l’entend quand elle se sent trop à l’étroit dans la pièce où on l’a d’abord cantonnée. Ma relation ? Elle est spontanée. Je peux être appréciée comme je peux déranger par ma gouaille… parfois j’ose un peu m’immiscer dans la façon d’être [des enfants] avec leurs vieux parents… Je m’impose un peu, concède-t-elle.

La relation infirmier-patient, surtout en libéral, avec le passage à domicile, induit bien autre chose que du simple soin. Cette relation, elle est nécessaire, elle est obligée, ça ne peut pas être une relation de technique, froide et distante. Parce qu’avec le temps, la répétition… il ne peut en être autrement, résume François, un patient de Françoise depuis vingt ans. Quelquefois elle m’a un peu secouée parce que je ne croyais pas en ce qu’elle me disait, raconte Marcelle, la femme d’un patient de Françoise, aujourd’hui décédé. A présent, les deux femmes continuent à échanger des livres, pour garder un lien. Marc-Aurèle Durand est paraplégique depuis un accident de voiture, en 1994. Il connaît Françoise depuis 17 ans et ces derniers temps, elle se rend chez lui deux fois par jour pour soigner une plaie chronique. A chaque fois que j’ai un pépin, je fais appel à Françoise. La dernière fois que je l’ai vue, c’était pour une brûlure au doigt, se souvient-il. Que représente son infirmière ? Quand j’ai peur, elle vient me soigner, je me sens en sécurité, elle me rassure. Marc-Aurèle apprécie surtout la disponibilité de Françoise, alors que c’est difficile aujourd’hui de trouver des gens pour être soigné à domicile, assure-t-il. Pour que les médecins se déplacent, après plusieurs échecs, je n’osais plus dire que j’étais paralysé ! On est très dépendant quand on est handicapé

Nous on est là pour faire un geste technique. Par contre c’est vrai que le fait de toucher les gens, le fait de rentrer dans leur intimité et le fait d’aller tous les jours chez eux… crée nécessairement un lien, souligne Françoise. Une proximité qui a aussi ses limites. Françoise en a d’ailleurs fait l’expérience. La fille d’un couple de ses patients a décidé de changer d’infirmière. Ma fille était jalouse, explique Simone, Françoise prenait trop de place dans la famille. Aujourd’hui, elle continue pourtant à leur rendre visite de temps en temps, quand la fille n’est pas là, et se réjouit de voir qu’ils vont bien.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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