IBODE

Crise des IBODE : l'hôpital parisien Lariboisière alerte sur l'effondrement des effectifs

Publié le 26/10/2026

À l’hôpital Lariboisière de l’AP-HP, le nombre d’infirmiers de bloc opératoire diplômés d’État (IBODE) a été divisé par 2, en passant de 10 IBODE avant le Covid à 5 actuellement. Une situation qui témoigne, selon le Collectif Inter-Blocs (CIB), d’une crise plus large de la spécialité. Reçu le 23 octobre par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), le collectif dénonce l’absence de réponses concrètes à ses revendications et envisage désormais une grève nationale.

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Crédit photo : BURGER / PHANIE

La situation se dégrade au bloc opératoire de l’hôpital Lariboisière. Selon les informations transmises par le Collectif Inter-Blocs (CIB), l’équipe, qui comptait auparavant 10 infirmiers de bloc opératoire diplômés d’État (IBODE) ne compte désormais plus que 5 IBODE. Une diminution de plus de 50 % des effectifs, qui pèse directement sur les professionnels encore en poste.

"Avant Covid, nous étions 10 IBODE, ce qui nous permettait d'avoir une activité correcte et une bonne qualité de vie au travail. Au fur et à mesure des années, notre situation s'est dégradée." déplore une IBODE de Lariboisière qui a souhaité rester anonyme.

Gardes et astreintes à répétition, dépassements horaires, fatigue grandissante : les conditions d’exercice se détériorent. Face à ces difficultés, les IBODE de l’établissement ont sollicité le CIB pour faire entendre leurs revendications.

Crise structurelle

Pour le collectif, cette situation est loin d’être exceptionnelle. À Necker, Soissons ou encore Martigues, d’autres équipes ont déjà fait appel à lui pour des difficultés similaires. Après plusieurs semaines de négociations, les infirmiers de bloc opératoire du bloc Laennec de l’hôpital Necker-Enfants malades ont finalement accepté le protocole de sortie de grève proposé par la direction.

Derrière ces situations locales, le CIB décrit une crise structurelle, alimentée par les difficultés de recrutement, les départs de professionnels expérimentés, le manque de formations financées et des contraintes professionnelles toujours plus importantes.

Le collectif dénonce également la banalisation d’un fonctionnement dégradé dans les établissements de santé. À Lariboisière, il indique avoir déjà entrepris des démarches auprès des interlocuteurs institutionnels concernés et assure poursuivre son accompagnement auprès des professionnels.

Depuis la Covid, y a eu des départs successifs non remplacés. Au mois d’avril dernier, notre cadre est partie à la retraite et la logisticienne du service aussi. L’été a été très difficile et nous tournons à 5 IBODE actuellement.

Aucun départ n’a été anticipé, selon notre source, qui, ajoute : " Nous réalisons des chirurgies exigeantes qui nécessitent une certaine endurance physique et d'être en nombre suffisant. Les dernières recrues ne restent pas à cause des conditions d'exercice difficiles".

Une crise reconnue par la DGOS, mais sans réponse budgétaire

C’est dans ce contexte que le Collectif Inter-Blocs a rencontré, vendredi 23 octobre, les représentants de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS). Au cœur des échanges : la reconnaissance de la spécialité, les conditions d’exercice et l’avenir de la profession.

À l’issue de cette réunion, le CIB fait état d’un constat partagé sur les difficultés rencontrées par les IBODE, mais déplore l’absence de perspectives concrètes.

Selon le collectif, la DGOS aurait notamment invoqué les contraintes financières actuelles pour justifier l’impossibilité d’engager des discussions sur les mesures attendues. Parmi les arguments rapportés figurent les difficultés budgétaires et le rejet du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027.

Une réponse jugée insuffisante par les représentants des IBODE, qui refusent que les restrictions financières empêchent toute évolution de leur situation. Le collectif réclame notamment une reconnaissance salariale et statutaire propre à la spécialité. Il estime que le niveau de formation, les compétences techniques et les responsabilités exercées au bloc opératoire ne sont pas suffisamment pris en compte.

Au-delà des rémunérations, c’est aussi la place des IBODE dans l’organisation des soins chirurgicaux qui est questionnée. Pour le CIB, la reconnaissance de leur qualification constitue un enjeu indissociable de la sécurité des prises en charge.

Le système dérogatoire de nouveau contesté

Autre point de désaccord : le maintien du dispositif dérogatoire permettant à des infirmiers diplômés d’État non spécialisés d’accomplir certains actes relevant des compétences des IBODE, dans les conditions prévues par les mesures transitoires.

Le Collectif Inter-Blocs réclame la fin de ce système, qu’il considère comme une réponse aux besoins immédiats de fonctionnement des établissements plutôt qu’une solution durable à la qualification des professionnels.

Pour sortir de cette situation, il défend une proposition de formation en alternance destinée aux IDE concernés par ces mesures transitoires. L’objectif affiché est de favoriser leur qualification tout en tenant compte des réalités organisationnelles des blocs opératoires.

Cette revendication s’inscrit dans une problématique plus large : celle de l’accès à la formation spécialisée. Le manque de financements disponibles figure, selon le CIB, parmi les facteurs contribuant aux difficultés de recrutement et au renouvellement des équipes.

Le collectif interpelle également la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, dont il affirme avoir sollicité le cabinet à plusieurs reprises, sans obtenir de réponse.

Une grève nationale des IBODE en préparation ?

« Nous sommes en cours de discussion d’un mouvement social pour faire entendre la voix des IBODE de Lariboisière» annonce Grégory Chakir, le Président Collectif Inter-Blocs.  

Face à l’absence d’avancées jugées satisfaisantes, le Collectif Inter-Blocs envisage désormais de durcir sa mobilisation. Dans sa communication publiée après la rencontre avec la DGOS, il annonce réfléchir à l’organisation d’une grève nationale spécifique aux IBODE, à laquelle pourraient également participer les étudiants infirmiers de bloc opératoire et les IDE exerçant au bloc. 

Aucune date n’est toutefois annoncée à ce stade. Parallèlement, le collectif entend poursuivre son action sur le terrain politique. Il souhaite défendre sa proposition de loi et sa pétition auprès de l’Assemblée nationale afin d’obtenir un débat parlementaire sur la reconnaissance de la spécialité.

Un nouveau rendez-vous avec la DGOS est prévu dans un mois. Le collectif entend poursuivre les discussions, tout en réclamant des engagements concrets, affirme le Président du Collectif Inter-Blocs :

Le Collectif Inter-Blocs sera pleinement investi aux côtés des collègues de Lariboisière, comme il l’a été dans ces autres établissements. Des démarches ont déjà été engagées auprès des interlocuteurs institutionnels concernés.

Pour le CIB, l’enjeu dépasse désormais les difficultés rencontrées dans quelques établissements car il concerne les conditions d’exercice, la reconnaissance et l’avenir de toute une spécialité infirmière.

 

 

Corinne Pauline Nkondjock

Source : infirmiers.com