Laurianne, 27 ans, travaille de nuit au pool de remplacement des Hospices civils de Lyon. Lors de notre rencontre, elle venait de passer deux jours en médecine interne parce que sa collègue fixe à ce service était en congé. «Ce weekend je vais travailler dans le service d'ORL, explique-t-elle. En général, les cadres en charge de nos plannings et de nos affectations, essayent de faire "tourner" les infirmières dites "en réserve", car il est le plus souvent possible d’anticiper les besoins, notamment en ce qui concerne les congés».
Laurianne connait donc, en général, à l'avance où elle sera affectée. Il arrive toutefois qu’elle ne sache pas, le jour même, dans quel service se rendre. «Dans ce cas, je contacte mes cadres pour savoir s’il y a des besoins de renfort, des arrêts maladie de dernière minute, des congés, etc.», poursuit-elle.
Des affectations de durées variables
Les passages dans les différents services sont de durées très variables: «On peut très bien faire une nuit en service de chirurgie un lundi (en particulier les lundis, mercredis et vendredis sont chargés en raison d’un nombre plus important de blocs opératoires en journée), puis le mardi, comme il y a moins d’opérations programmées, aller en renfort dans des services dénombrant davantage de situations complexes et de préparation de blocs pour le lendemain. La nuit suivante, on peut très bien se retrouver en médecine, par exemple». L’établissement hospitalier dans lequel exerce Laurianne compte une pluralité de services différents (médecine, chirurgie, urgences gynécologique, gériatrie etc.) qui nécessite chacun une prise en charge et une organisation différente. Les échanges avec ses supérieurs lui permettent de communiquer sur ses appétences et sa volonté ou non d’être affectée à tel ou tel service.
Adaptabilité et maîtrise de soi indispensables
Être infirmière au pool ne nécessite pas une formation particulière, le diplôme d’IDE est suffisant. Cela requiert cependant un certain nombre de qualités personnelles indéniables telle que l'adaptabilité et la maîtrise de soi. «J'ai des collègues qui ne supporteraient pas de savoir à peine 30 minutes avant, qu’elles seront affectées au service de pneumologie. Elles le vivraient de manière trop anxiogène. Personnellement, cela ne me gêne pas du tout de devoir constamment m'adapter. C’est sûr qu’il faut aimer sortir de sa zone de confort», analyse Laurianne. L’infirmière, qui travaille maintenant depuis deux ans au pool après trois années d’intérim en sortie d’IFSI, confie que c’était un choix bien réfléchi de s’orienter vers l’intérim et vers le pool, pour se mettre un petit peu en difficulté. «Je pense que c’est une façon d’être, à l’avenir, le plus à l’aise possible quelle que soit la situation. Et puis j'apprends constamment. Je ne reste pas cantonnée à une seule spécialité. Je ne critique pas pour autant les infirmiers qui souhaitent rester fixes dans un service. C’est un choix.»
En tant qu'infirmière de pool, j'ai l'impression d'apporter de la fraîcheur dans les services de spécialités.
Laurianne dit aussi avoir la sensation, en tant qu’infirmière au pool, de pouvoir apporter de la fraîcheur dans les services de spécialités. «Parfois, on peut avoir un peu la tête dans le guidon quand on ne voit que de l’ORL ou de la chirurgie. Nous, avec notre expérience en médecine hépatique ou cardiaque par exemple, il arrive que l’on apporte un petit complément d'information et d’expertise. Cela permet de booster les prises en charge ou à minima de les questionner.»
Elle donne ainsi l’exemple d’une période, dans son établissement, pendant laquelle il y avait beaucoup moins de personnel dans le service d'ORL. Les infirmières du pool y étaient donc souvent affectées. Elles étaient aussi dans le service des greffés hépatiques. «Il se trouve qu'il y avait beaucoup de greffés dans le service d'ORL à ce moment-là, raconte Laurianne. En tant qu’infirmières au pool, nous avons pu élargir une prise en charge très spécifique grâce à des expériences vécues ou à des protocoles connus dans d’autres services. C’est assez valorisant d’apporter de temps en temps ces compléments d’expertise.»
Conseil à de futurs diplômés
À la sortie de l’IFSI, les jeunes infirmiers doivent se questionner sur ce qu'ils recherchent vraiment comme première expérience en tant que professionnels. Se sentent-ils capables de travailler de jour comme de nuit, en 12 h, en 8h ou en 10h, en changeant de spécialité tous les jours? Estiment-ils posséder les ressources pour s’adapter en permanence, se remettre en question afin de s'adapter aux patients, aux médecins et aux protocoles? «En tant que jeune diplômé, on peut très bien préférer avoir ses repères dans un seul service et approfondir ses connaissances sur la prise en charge d’une seule spécialité. En ce qui me concerne, j’avais envie d'en apprendre plus sur diverses spécialités et je ne souhaitais pas avoir d'attache à une seule équipe, admet Laurianne. En tout cas, c'est une expérience que je ne regrette pas. En sortie d’IFSI, cela ne coûte rien d'essayer et de se rendre compte de ce qui nous convient le mieux. Il faut demander à être doublé, à voir les choses, à pratiquer, à effectuer des formations. Ce qui est certain, c’est que l’IFSI ne nous forme pas suffisamment à la réalité du terrain.»
De son côté, Manon, 27 ans, infirmière au pool depuis un an et demi après une période d’intérim, également employée aux Hospices civils de Lyon, délivre un conseil clair: «Si l’on est de nature un peu stressée, il vaut peut-être mieux privilégier, en sortie d’IFSI, un service fixe pour prendre confiance. En revanche, si on le sent, il ne faut pas hésiter. Quand on aime bien être polyvalent, c'est assez intéressant et avantageux. Et puis cela peut permettre de se faire une idée de tout ce qui existe, avant de se poser dans un service.»
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