COURS IFSI

Cours - Psychiatrie - Le risque suicidaire

Chaque année, plus d'un million d'individus se suicident ce qui en fait la treizième cause de mortalité la plus fréquente dans le monde selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Définition

Le passage à l’acte suicidaire est une tentative pour rompre un état de tension psychique intolérable.

Etymologiquement, le suicide est composé de deux mots en latin : sui qui signifie soi et caedere qui signifie tuer. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)1 :

  • Suicide : l’acte de se donner délibérément la mort.
  • Tentative de suicide : tout comportement suicidaire non mortel, un acte d’auto-intoxication, d’automutilation ou d’auto-agression avec intention de mourir ou pas.
  • Comportement suicidaire : ensemble de comportements allant des idées suicidaires à la planification du suicide, la tentative de suicide et le suicide.

Le passage à l’acte suicidaire est une tentative pour rompre un état de tension psychique intolérable.

Epidémiologie

Chaque année en France, environ 10 500 personnes2 meurent par suicide. Trois quarts des victimes sont des hommes. Le suicide est la première cause de mortalité des 25-34 ans et la deuxième chez les 15-24ans. Environ 220 000 tentatives de suicide2 sont prises en charge par les urgences. 65% des tentatives de suicide sont le fait de femme.

répartition des suicides par âges

Répartition des suicides par âges

Dans une étude de l’Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES), il a été mis en évidence que sur une année, 3,9% de la population a eu des pensées de suicide durant l’année écoulée. Les causes mises en avant au regard d’un comportement suicidaire sont multiples. De plus, le comportement suicidaire est le reflet d’une interaction entre de multiples facteurs complexes. La prise en charge se doit donc d’être la plus globale possible pour pouvoir agir sur ces différents facteurs.

De nombreuses idées reçues persistent à propos des personnes présentant un risque suicidaire. Certains disent que les personnes qui en parlent ne passeront pas à l’acte, certains pensent que le suicide est toujours imprévisible, certains n’hésitent pas à affirmer que seules les personnes souffrant de troubles mentaux peuvent présenter un comportement suicidaire. En tant que soignant, ces idées reçues ne doivent pas être colportées. 

Dans son rapport, l’OMS cible de nombreux facteurs de risque du suicide. Lorsqu’on lit cette liste, on y retrouve cette interaction entre des causes sociales, psychiques et biologiques. C’est en ayant cette vision du comportement suicidaire que le soignant va pouvoir être dans une relation d’aide avec le patient.

Face à un patient présentant un risque suicidaire, l’équipe soignante a un rôle de soutien, d’écoute et de compréhension. Chaque rencontre avec le patient, même informelle, est propice à un temps d’entretien, c’est pour cela que l’ensemble de l’équipe doit être et se tenir informée des avancées de la prise en charge.

L’objectif premier des soins est de réduire la souffrance morale chez le patient en instaurant une relation de confiance tout en respectant une distance professionnelle et un cadre de soins. Cela se traduit par le fait de répondre aux questions, respecter les sentiments, donner suite aux demandes, assurer le bien-être et être franc. Il convient donc d’éviter les arguments tel que se suicider est lâche, pensez à vos enfants, vos parents…. Les reproches faits au patient ne manifestent en fait que l’inquiétude de celui qui les exprime. Au risque d’aggraver les sentiments de culpabilité et d’incapacité, il ne faut pas exiger du patient plus qu’il ne peut faire. Le soignant, au regard de son rôle propre et de ses compétences, doit évaluer la situation en étant le plus objectif possible pour personnaliser la prise en charge du patient.

On le sait, l’infirmier est le pivot de la prise en charge globale du patient. Face à un patient présentant des propos suicidaires, il convient de mettre en place le réseau de prise en charge en collaboration avec le médecin de l’unité. Un contact peut être pris avec le centre médico-psychologique du secteur de résidence du patient, le patient est peut-être déjà suivi et un relai de prise en charge dans l’unité peut être envisagé. Certains hôpitaux, au regard de l’augmentation de la demande en soins psychiatriques dans l’ensemble des unités, ont mis en place des équipes de liaison en psychiatrie qui doivent être sollicitées pour enrichir la prise en charge du patient. L’assistante sociale du service peut intervenir auprès du patient et favoriser l’apaisement d’angoisse. Le médecin traitant du patient peut fournir aux soignants et aux médecins des informations sur les antécédents du patient. La liste citée est bien sûre non exhaustive.

Mieux prendre en charge la dépression, première cause de suicide

Le 27 octobre 2014 s'est déroulée la 27ème Journée Européenne de la Dépression3 l'occasion de rappeler que la dépression est la première cause de suicide en France : près de 70% des personnes qui décèdent par suicide souffraient d'une dépression, le plus souvent non diagnostiquée ou non traitée. À noter qu'entre 4 et 6% des adolescents souffrent de dépression, soit environ un adolescent sur vingt. Jean-Pierre Olié, Professeur de psychiatre à la faculté Paris-Descartes et membre de l'Académie de Médecine souligne que le diagnostic de dépression chez l'adolescent est particulièrement difficile à effectuer du fait de la part des troubles du comportements dans les symptômes de l'épisode dépressif. De sucroît, l'adolescent est moins enclin à consulter et à se soigner que l'adulte. Les séniors sont eux aussi particulièrement concernés puisque 18% des 55-85 ans sont en état de souffrance psychologique et 8% des femmes de 55-64 ans sont concernées par des épisodes dépressifs caractérisés. Cette prise en charge non optimale de la dépression engendre chaque année 1 700 morts par suicide chez les plus de 75 ans.

Objectifs du soin

  • Diminuer l’anxiété du patient
  • Permettre au patient d’exprimer sa souffrance et douleur morale afin de retrouver une sécurité intérieure
  • Sécuriser l’environnement du patient afin de diminuer les risques de passage à l’acte

L’écoute

L’écoute a pour but de diminuer l’anxiété et le risque suicidaire. Les temps d’écoute permettent une observation des modifications de l’humeur, du comportement.

Favoriser la parole par une posture soignante empathique et aidante.

Accorder du temps, formalisé ou non, pour permettre au patient de se sentir pris en charge et écouté.

Surveillance du patient

La surveillance doit être efficace et discrète en évitant d’adopter une attitude trop intrusive puisque cela risquerait d’augmenter l’anxiété.

Etre attentif aux désirs du patient tout en respectant le cadre de soins.

Assurer une surveillance lors des soins d’hygiène si utilisation de rasoirs ou d’objets coupants.

A noter que la surveillance à juste distance est rassurante pour le patient présentant un risque suicidaire.

Evaluer cliniquement la thymie du patient et la tracer dans le dossier patient informatisé en étant attentif à une possible levée d’inhibition (risque de passage à l’acte suicidaire qui apparaît quelques jours après le début du traitement antidépresseur, le patient a encore des symptômes dépressifs et a retrouvé une force physique suffisante pour passer à l’acte). Cela peut se manifester par une brusque inversion de l’humeur.

Si évaluation d’un risque suicidaire par l’équipe soignante, ouvrir la cible risque suicidaire et y inscrire de manière objective les éléments observés ainsi que les actions mises en places.

Surveillance de l’environnement du patient

Installer le patient dans une chambre si possible proche du PC infirmier pour qu’il soit réassuré par la présence des soignants à proximité et dans un même temps favoriser la surveillance.

Vérifier que dans la chambre les fenêtres ne peuvent être entièrement ouvertes.

Lors de l’admission du patient, lui demander de remettre tous les objets présentant un risque pour lui-même (rasoirs, ciseaux, sèche-cheveux, ceintures…) en les notant dans le dossier de soins informatisé.

Surveiller la bonne fermeture de l’armoire à pharmacie dans l’unité et l’impossibilité d’accès aux traitements par le patient.

Surveillance de l’observance du traitement

S’assurer que l’éventuelle prescription de suivi psychiatrique par le médecin du service d’accueil soit mise en place.

Veiller à ce que le patient prenne son traitement. En cas de refus, le stipuler sur le dossier de soins informatisé.

Ne pas laisser à disposition du patient ses traitements personnels ni de traitement si besoin.

Notes

  1. Rapport de l'OMS « Prévention du suicide l’état d’urgence mondial »
  2. Etat des lieux du suicide en France
  3. France dépression - Association Française contre la dépression et les troubles bipolaires
Creative Commons License

Faisant Fonction cadre de santé Centre Hospitalier Joseph Imbert

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