INTERNATIONAL

15 pays unis dans la lutte contre l’alcoolisation fœtale

Publié le 19/05/2026

Réunis mi-mai en Irlande à l’initiative de SAF France (Syndrome d’Alcoolisation Fœtale France), des parlementaires, professionnels de santé et représentants associatifs de quinze pays ont posé les bases d’une coopération internationale contre les troubles causés par l’alcoolisation fœtale. Une première en Europe, portée notamment par le modèle de prévention développé à La Réunion.

nourrisson, soignant, maternité

Longtemps restés en marge des grandes politiques de santé publique, les troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF) franchissent une nouvelle étape sur la scène internationale. Le 13 mai 2026, la ville d’Ennis, en Irlande, a accueilli la première session internationale consacrée à la prévention des des troubles causés par l’alcoolisation fœtale et à la coopération législative entre États.

Co-organisée par SAF France, le député réunionnais Perceval Gaillard et FASD Ireland (Fetal Alcohol Spectrum Disorders Ireland), cette rencontre a réuni des représentants de quinze nations: élus, professionnels de santé, travailleurs sociaux et familles concernées. Tous partageaient le même objectif d'inscrire durablement la prévention des TCAF dans les priorités politiques internationales.

À l’issue des échanges, les participants ont adopté à l’unanimité une résolution prévoyant la création d’un réseau d’action consacré à la législation de prévention des TCAF. Une initiative présentée comme le point de départ d’une coordination mondiale sur ce sujet.

Un enjeu sanitaire encore sous-estimé

Les TCAF constituent aujourd’hui la première cause évitable de handicap neurodéveloppemental dans le monde. En Europe, environ 100 000 enfants naissent chaque année avec des séquelles liées à une exposition prénatale à l’alcool. Le coût économique associé est estimé à plus de 100 milliards d’euros par an.

En France, 13 860 enfants seraient concernés chaque année, soit l’équivalent d’une naissance touchée toutes les quarante minutes. Malgré ces chiffres, les TCAF demeurent encore peu présents dans les agendas politiques nationaux.

Dans de nombreux pays, la prévention s’est longtemps construite autour des seules familles adoptives ou des professionnels confrontés aux conséquences du trouble. À La Réunion, les acteurs locaux ont choisi une approche différente en intégrant directement les mères biologiques au dispositif de prévention afin d’agir sur les causes en amont.

Le modèle réunionnais mis en avant

Au fil des années, La Réunion s’est imposée comme un territoire de référence en matière de prévention des TCAF. Selon SAF France, le taux de femmes enceintes consommant de l’alcool durant la grossesse y serait désormais d’environ 7%, contre une moyenne estimée à 27% au niveau national.

Ce modèle repose sur plusieurs axes complémentaires: la prise en compte de la parole des mères, la sensibilisation précoce des jeunes en milieu scolaire et l’implication des élus locaux ainsi que des pouvoirs publics. Depuis 2003, plus de 50 000 jeunes auraient ainsi été sensibilisés sur l’île.

Cette stratégie a également inspiré plusieurs évolutions réglementaires françaises, parmi lesquelles l’instauration du logo d’avertissement sur les bouteilles d’alcool en 2007, un amendement adopté dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 et une proposition de loi portée par Perceval Gaillard.

Une mobilisation désormais internationale

Les organisateurs insistent sur la nécessité de dépasser une lecture centrée uniquement sur les femmes enceintes. Selon eux, les TCAF relèvent d’une responsabilité collective impliquant les familles, les professionnels de santé, les pouvoirs publics, les acteurs économiques et les médias.

Cette approche inclut également le dialogue avec les producteurs et distributeurs d’alcool, dans une logique de coopération plutôt que d’opposition. Les organisateurs soulignent notamment le développement croissant des alternatives sans alcool. En France, près d’une femme enceinte sur deux aurait déjà consommé ce type de boissons en 2023.

Pour Denis Lamblin, l’enjeu dépasse désormais le seul constat sanitaire. «Nous ne sommes plus face à un manque de connaissances. Nous sommes face à un choix collectif: continuer à subir les conséquences, ou décider ensemble d’agir», a-t-il déclaré.

Le texte adopté à Ennis prévoit plusieurs axes de travail tels que renforcer la formation des professionnels, partager les données entre pays, développer des campagnes de sensibilisation ou encore, encourager l’évolution des cadres législatifs. Un calendrier de rencontres internationales a déjà été établi afin d’assurer le suivi des engagements pris lors de cette première session.

Source : SAF France

Corinne Pauline Nkondjock

Source : infirmiers.com