Que l'on travaille de nuit, le week-end, en horaires longs de plus de 8 heures par jour et/ou 40 heures par semaine, ou encore en horaires décalés entre 5h et 8h et entre 19h et minuit : il s'agit pour l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) d'horaires atypiques.
En France, entre 55 et 75% des actifs sont concernés. «C'est tout sauf marginal (...) Quelle que soit votre profession, vous pouvez être concerné à un moment ou à un autre par l'une de ces formes de travail en horaires atypiques», explique Henri Bastos, directeur scientifique Santé et Travail de l'Anses, et «il peut y avoir un cumul des expositions au long de votre carrière».
Si la flexibilisation des horaires de travail s'est accrue depuis les années 1980, il n'existe pas de définition juridique des horaires atypiques. Ils concernent, à divers degrés, salariés, agents publics, travailleurs indépendants, infirmiers, aides-soignants, agriculteurs, commerçants, ouvriers, vendeurs, caissiers, agents d'entretien, aides à domicile, boulangers, cuisiniers, serveurs... Il existe «beaucoup de littérature scientifique sur les effets du travail de nuit sur la santé (...) avec des mécanismes de désynchronisation de l'horloge biologique aux effets identifiés» - sommeil, santé psychique, apparition de cancers et de pathologies cardiovasculaires..., recensés par une expertise de l'Anses, en 2016, rappelle Henri Bastos. C'est moins le cas pour les horaires atypiques. Au vu des 172 études jugées pertinentes sur le sujet, l'agence a relevé des effets sur la santé mais aussi sur la vie familiale et sociale, «modulés par la charge ou la nature du travail, le stress ou encore la durée et les rythmes du sommeil».
Sans identifier un lien de causalité, «les études mettent en évidence des associations statistiques plus ou moins fortes, en fonction du type d'horaires», avec «des effets néfastes des horaires longs avérés sur l'anxiété, le sommeil, la survenue de maladies cardiovasculaires», résume monsieur Bastos. Des effets négatifs probables ont aussi été notés sur la santé reproductive, métabolique, le risque de dépression, l'équilibre entre vie professionnelle et socio-familiale, les accidents du travail.
"Compensations non pécuniaires"
Travailler le week-end nuit à la vie personnelle, mais aussi, suggèrent les études, à la santé mentale (dépression, anxiété) et physique (sommeil perturbé, douleurs, fatigue, troubles musculosquelettiques, accidents). Dette de sommeil, stress, perturbation de la vie familiale s'accumulent...«Vous allez moins récupérer, avoir un sommeil moins réparateur, avec des conséquences sur votre état général, votre santé mentale», explique Henri Bastos.
Pour le travail en horaires décalés, les études suggèrent des effets néfastes sur la vie socio-familiale, surtout pour le travail en soirée, et sur la santé mentale, cardiovasculaire et le sommeil, plutôt pour les postes matinaux. «Quand vous ne faites que croiser votre conjoint, vos enfants, que vous n'arrivez pas à voir vos amis, à accéder à des services collectifs comme la garde d'enfants, cette désynchronisation avec les rythmes collectifs dégrade votre vie sociale et familiale, et peut avoir des effets ensuite sur la santé».
Mieux encadré lorsqu'il ne peut être évité
Le travail en horaires atypiques «doit être limité autant que possible», en conclut l'Anses. Lorsqu'il ne peut être évité, il doit être mieux encadré, en lui appliquant par exemple certaines protections prévues pour le travail de nuit : suivi médical, dispositions pour les femmes enceintes.
Pour le travailleur, cette organisation doit être «transparente, prévisible et équilibrée» et s'accompagner de compensations principalement non pécuniaires, favorables à sa santé : temps de travail réduit à salaire constant, repos compensateur, aide au transport, à la garde d'enfants..., estime l'agence. Elle recommande aussi de sensibiliser aux effets de ces horaires les travailleurs indépendants, polyexposés toute leur carrière ou non couverts par le Code du travail.
Une définition juridique permettrait de mieux prévenir les risques professionnels, estime encore l'agence.
Ses experts préconisent aussi de peser les avantages et inconvénients de cette organisation au-delà de l'entreprise, en intégrant les surcoûts pour la collectivité : garde d'enfants, accès aux transports, surconsommation d'énergie....
Pour en savoir plus :
• Travailler en horaires atypiques : quels effets sur la santé et la vie sociale et familiale ? Publication de l'Anses, septembre 2026.
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