Il faut pérenniser les « Haltes soins addictions » (HSA), ou salles de consommation à moindre risque, en les inscrivant dans le droit commun. C’est la conclusion que dresse l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dans un rapport rendu public ce lundi 5 janvier 2026. Deux de ces espaces de consommation supervisée de drogues ont été mis en place en France, à Paris et Strasbourg, via une expérimentation lancée en 2016 et prolongée en 2022 jusqu’au 31 décembre 2025, puis de nouveau jusqu'au 31 décembre 2027 via un amendement à la loi de financement de la Sécurité sociale 2026. C’est pour éclairer le gouvernement sur l’intérêt de ces deux HSA que l’IGAS et l’Inspection générale de l’administration ont été saisies.
Elles accueillent 1 600 personnes, «soit moins de 1 % des 342 000 usagers problématiques de drogues estimés en France en 2023», indique le document, et selon des modalités différentes. À Paris, la salle est installée à l’extérieur de l’hôpital Lariboisière, tandis que celle de Strasbourg se situe dans l’enceinte des hôpitaux universitaires et propose par ailleurs 20 places d’hébergement depuis 2021 (dans le cadre de l’Article 51). Et les bénéfices de ce dispositif sont réels. Il permet ainsi d’accueillir des personnes «en forte désaffiliation sociale, majoritairement sans domicile fixe», et notamment des femmes, souvent en situation de très grande fragilité. «Le sans-abrisme est majoritaire (à Paris, 79 % des usagers de la HSA n’ont pas d’hébergement stable et plus de la moitié sont à la rue ou en squat), il alimente la consommation dans l’espace public et entretient le cycle de l’addiction, les stupéfiants permettant d’apaiser les conséquences les plus immédiates de la vie à la rue (troubles anxieux, insécurité, froid ou faim)», relève ainsi l’IGA.
Un dispositif qui limite les risques sanitaires
Existe également une plus-value sanitaire : la consommation supervisée réduit les risques d’injections dangereuses (risque infectieux, surdoses, affections somatiques) et leurs conséquences (dont passages aux urgences et coûts qu’ils entraînent). Les HSA assurent le rôle de vigies des habitudes de consommation et des nouvelles tendances – telle la montée en puissance du fentanyl observée à Strasbourg – et améliorent la tranquillité publique en diminuant les consommations de rue. «Depuis 2016, près de 550 000 injections ont été abritées dans les salles de Paris et Strasbourg ; les seringues ramassées autour de la salle sont passées de 150 à moins de 10 par jour à Paris.» Enfin, elles n’engendrent pas de délinquance ni ne génèrent pas de points de deal ; au contraire, leur apport sanitaire est jugé complémentaire à la lutte contre la consommation et les trafics de drogues, fait valoir l’IGAS. D’ailleurs, à Paris, «de nombreux riverains estiment que la HSA améliore le quartier et réclament son maintien», fait remonter le rapport.
Une porte d'entrée vers l'accès aux soins
Apparus pour la première fois dans les années 1980 en Suisse, ces espaces de consommation supervisée ont d’abord pour objectif d'éviter les complications sanitaires liées à la prise de substances psychoactives, de promouvoir l'hygiène de la consommation, d'inciter les usagers de drogues à s'orienter vers des modes de consommation à moindre risque et de les mener vers un processus de substitution ou de sevrage. En France, les deux HSA, instaurées par la loi de janvier 2016, proposent un service de prévention sanitaire et s’appuie sur une équipe composée de professionnels du social, du médico-social et de la santé. En 2023, la HSA de Paris a ainsi organisé 1 853 consultations infirmières, en plus des consultations du service sociale et des missions d’orientation vers la prise en charge des addictions. Ses espaces de repos facilitent également l’accès aux soins : en 2023, ceux de la HSA parisienne ont dénombré 39 000 passages et 2 600 soins infirmiers.
Plusieurs conditions à remplir pour que le dispositif fonctionne
Si elle se positionne pour la pérennisation et la généralisation du dispositif, l’IGAS souligne toutefois un certain nombre de conditions et de points de vigilance. «Toutes les grandes villes n’ont pas vocation à ouvrir un espace de consommation supervisée en plus des dispositifs de réduction des risques et des dommages pour les consommateurs de drogues qui existent sur un territoire», estime-t-elle, recommandant de faire piloter par les diagnostics locaux par les Agences régionales de santé (ARS), dès lors que celles-ci ont connaissance d’une problématique avérée de la consommation de stupéfiants dans l’espace public. Par ailleurs, les salles doivent être dimensionnées en fonction des besoins locaux, aussi bien en termes d’espaces (établissements plus petits dans les grandes villes, mais plus accessibles) que de professionnels : médecin somatique, psychiatre et infirmier, pour couvrir tous les besoins : «prise en charge somatique, offres de dépistage et de prévention, prise en charge des pathologies psychiatriques antérieures ou postérieures à la consommation de stupéfiants, et accompagnement de l’addiction», ainsi qu’une équipe de rue capable de se déplacer rapidement pour gérer les éventuelles difficultés aux abords des salles.
Enfin, celles-ci doivent pouvoir s’insérer dans un réseau plus vaste de prise en charge de l’addiction, dont les Centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie et les services d’addictologie. «Capacité d'accueil adaptée, implantation au plus près des lieux de consommation dans l'espace public, proximité avec un hôpital, insertion dans un chaînage médico-social et un continuum allant de la prévention aux soins, information des riverains, portage assumé et univoque de la politique de réduction des soins» sont ainsi les éléments à remplir pour assurer les impacts positifs du dispositif.
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