La dégradation de la situation financière de l’hôpital public n’est pas due à des dysfonctionnements internes, mais bien à son sous-financement chronique par les pouvoirs publics, a martelé la Fédération hospitalière de France (FHF). Elle évalue ainsi le déficit global des établissements à 2,7 milliards d’euros en 2025. Pourtant, l’activité hospitalière confirme son dynamisme : +4,7% du nombre de séjour, après une hausse de 4,3% constatée en 2024, avec une augmentation de +10% rien que sur la médecine et la chirurgie ; des séjours avec nuitées qui ont progressé de 3,3% en deux ans, et des séjours ambulatoires, de 19%, soit «un rythme trois fois plus élevé que dans le secteur privé», a déroulé Cécile Chevance, la responsable du pôle Offres de la FHF, lors d’une conférence de presse, mardi 17 mars.
L'hôpital face à des facteurs aggravants du déficit
Malgré tout, «la situation financière des hôpitaux reste sous très forte tension.» Le déficit sur les activités sanitaires est évalué à 2,5 milliards d’euros, et à 2,7 milliards d’euros en intégrant les activités du médico-social. C’est un peu mieux qu’en 2024, où ils avaient été estimés à 2,7 milliards et 2,9 milliards d’euros, respectivement. «Cette légère amélioration est due à la hausse de l’activité et aux revalorisations tarifaires» de certaines activités qui demeuraient structurellement sous-financées, comme la pédiatrie, la médecine lourde, la chirurgie de recours ou encore les soins palliatifs. «La situation reste préoccupante», d’autant plus que les années à venir s’annoncent difficiles, entre la conjonction de facteurs qui vont peser sur le budget de l’hôpital. Au vieillissement de la population et à l’augmentation des maladies chroniques qui l’accompagne, vont venir s’ajouter les conséquences du contexte géopolitique, à commencer par la hausse des tarifs de l’énergie, s’est inquiétée Cécile Chevance. Il faudra également compter avec une évolution tendancielle des coûts liés à la hausse des cotisations retraites et à la mise en œuvre en janvier 2027, nécessaire certes mais coûteuse pour les établissements, de la complémentaire santé pour la fonction publique hospitalière.
Le déficit est bien dû à un sous-financement par les pouvoirs publics
«La FHF alerte sur l’écart croissant entre l’évolution réelle des coûts et les hypothèses retenues dans l’Objectif national de dépenses de l’Assurance maladie», a réagi Zaynab Riet, la déléguée générale de la Fédération. Un discours qu’elle ne cesse de marteler depuis plusieurs années, la dernière itération datant de janvier 2026 où elle s’alarmait de contraintes budgétaires de plus en plus fortes, et délétères pour le fonctionnement des hôpitaux en particulier et du système de santé en général.
Depuis, deux rapports, un de l’Inspection générale des affaires sociales (IGA), et un second, conjoint entre l’IGAS et l’Inspection générale des finances (IGF), sont venus ajouter l’eau à son moulin. Le premier, sur la compensation financière des revalorisations et de l’inflation entre 2020 et 2024, confirme l’analyse de la Fédération. Il objective «le sous-financement massif de l’évolution des charges salariales», en particulier les revalorisations décidées dans le cadre du Ségur de la Santé : 1,7 milliard d’euros au titre des dépenses RH et des charges salariales, 457 millions à celui des revalorisations, 1,1 milliard d’euros au titre des évolutions de carrières et montées en grade des professionnels, et 150 millions d’euros de sous-financement pour les charges liées aux jeunes médecins. En revanche, a nuancé Cécile Chevance, l’IGAS se montre peu conclusif sur les coûts liés à l’inflation.
Chaque euro dépensé doit réellement servir la santé des populations.
Quant au second rapport, qui se nourrit des observations du premier, il conclut que, face au déficit structurel des hôpitaux, «la mobilisation des leviers internes [aux établissements] est possible mais que ses impacts seront limités, et qu’elle sera insuffisante par rapport aux difficultés observées.» La mission recommande en réalité de mobiliser des leviers territoriaux (optimisation des parcours de soin, adaptation et évolution de l’offre, mutualisation de certaines fonctions, notamment logistiques), qui conditionneront, en retour, l’efficacité des leviers internes à l’hôpital. «Une transformation de l’organisation hospitalière territoriale est nécessaire pour assurer la pérennité du système hospitalier public et sa capacité à répondre aux besoins de la population partout sur le territoire», écrivait-il, listant comme solution l’augmentation des prises en charge en ambulatoire, la réorganisation territoriale de l’offre de soin pour assurer une meilleure gradation des soins, ou encore augmenter la contribution des organismes complémentaires au financement des établissements de santé pour revenir au niveau pré-crise sanitaire.
Des efforts qui doivent être portés par tous les acteurs du système de santé
«La mission confirme les estimations de la FHF sur le sous-financement cumulé des mesures RH et de l’inflation entre 2020 et 2024. Un mur de dépenses se profile, estimé à 3 milliards d’euros par an, soit 11 milliards à horizon 2029, hors mesures nouvelles», a résumé Cécile Chevance. «Les efforts nécessaires pour améliorer le fonctionnement du système de santé doivent être partagés par tous. Il faut mieux organiser les parcours de soins, éviter les ruptures de parcours, renforcer la pertinence des actes et les prises en charge», renforcer la prévention, a rebondi Zaynab Riet. «Chaque euro dépensé doit réellement servir la santé des populations.» Une ambition qui suppose de changer de paradigme en partant des besoins en soin, en constante augmentation, pour adapter l’offre sur les territoires… et donc «une vision d’ensemble et une réforme structurelle» passant par une loi de programmation pluriannuelle, que tous les acteurs du système de santé appellent de leurs vœux. Un enjeu que les futurs candidats à la présidentielle de 2027 seront vivement encouragés à ne pas négliger…
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