RAPPORT PARLEMENTAIRE

"Trop de freins brident le métier" d'infirmière en pratique avancée

Publié le 09/07/2026

Cadre d'exercice «corseté», «réticences des médecins», faible rémunération : huit ans après sa naissance, le métier d'infirmière en pratique avancée est encore «entravé par de multiples freins», déplorent quatre députés dans un rapport rendu mercredi 8 juillet. L'Union Nationale des Infirmier.es en Pratique Avancée (UNIPA) appelle à une reconnaissance statutaire et salariale sans délai. 

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Pexel

Ces Infirmiers en pratique avancée (IPA), infirmiers experts créés par décret de 2018, sont diplômés d'un master et censés participer, grâce à leurs compétences étendues, au suivi d'une population vieillissante, atteinte de maladies chroniques et aux parcours de soins complexes, dans un pays qui manque de médecins. L'exécutif estimait alors que cette pratique pourrait concerner 1 à 3% des effectifs, soit 6 000 à 18 000 IPA. Aujourd'hui, 3 973 IPA sont diplômées (dont 712 IPA libérales en 2025) et 1 988 sont actuellement en formation.

"Les IPA peinent à trouver leur place" 

Ce métier «est encore dans les limbes», a déploré mercredi la députée Josiane Corneloup (LR), en présentant devant la commission des Affaires sociales les conclusions de sa «mission flash», menée avec Nicole Dubré-Chirat (EPR), Stéphane Viry (Liot) et Anchya Bamana (RN). Le cadre juridique a été «particulièrement restreint, corseté, pour répondre aux réticences des médecins», dans un système qui leur réserve «toutes démarches de diagnostic et de traitement». Résultat : «les IPA agissent essentiellement sur délégation médicale» et «peinent à trouver leur place».

Une loi de 2023 a bien créé un «accès direct aux IPA» sans ordonnance médicale, et la possibilité de prescrire certains produits, mais les textes réglementaires ne sont sortis qu'en 2025, a poursuivi Stéphane Viry. En libéral, l'accord conventionnel sur leur rémunération «n'entrera en vigueur qu'en novembre».

Le métier est en outre structuré autour de «mentions médico-centrées» (oncologie, néphrologie, pathologies chroniques stabilisées...) et de listes de pathologies «segmentées», qui les «enferment dans le rôle de petites mains», a-t-il regretté, appelant à développer une «approche populationnelle» (enfants, personnes âgées, santé mentale...).

Les IPA libérales ne parviennent pas à en vivre 

Enfin, «on ne peut pas vivre du métier d'IPA en ville», car le modèle économique est inachevé, et elles doivent souvent revenir à leur métier initial d'infirmier libéral «pour boucler les fins de mois», a-t-il souligné. A l'hôpital, elles sont insuffisamment valorisées. «C'est souvent un combat pour exister, se faire connaître, expliquer à quoi on sert, générer des revenus suffisants, faire accepter ses ordonnances par les pharmaciens», a-t-il résumé. Pourtant, lorsque les «dynamiques locales» sont favorables, on observe des «succès encourageants», a souligné Nicole Dubré-Chirat.

Les députés dressent donc 20 recommandations, comme l'élargissement de l'accès direct, aujourd'hui «très contraint», un diplôme «IPA enfant» englobant le métier de puéricultrice, ou «une campagne nationale» d'information sur leur rôle.

L’UNIPA appelle à une reconnaissance statutaire et salariale sans délai

À la lecture des conclusions de la mission, l'Union Nationale Des Infirmiers En Pratique Avancée (UNIPA) «se félicite de constater que de nombreux constats et recommandations rejoignent les analyses et les propositions qu'elle porte depuis plusieurs années auprès des pouvoirs publics», dans un communiqué. Le syndicat des infirmiers de pratique avancée «regrette toutefois que deux enjeux majeurs pour l'avenir de la profession n'aient pas fait l'objet de recommandations».

La première concerne la revalorisation des grilles indiciaires des Infirmiers en Pratique Avancée dans la Fonction publique hospitalière, pourtant déjà mise en avant dans l'Audit flash de juillet 2023 de la Cour des comptes. Il n'est plus acceptable que des professionnels titulaires d'un diplôme de grade master, exerçant des responsabilités cliniques avancées et contribuant directement à l'amélioration de l'accès aux soins, ne bénéficient pas d'une reconnaissance statutaire et salariale à la hauteur de leurs compétences. Cette situation nuit à l'attractivité de la profession et compromet durablement le développement de la pratique avancée.

La seconde porte sur la création de grilles statutaires spécifiques aux IPA dans les Fonctions Publiques de l'État et Territoriale. L'absence de cadre statutaire dédié entretient des inégalités de traitement entre les différents versants de la Fonction Publique et freine le déploiement des IPA dans de nombreux secteurs où leur expertise est pourtant indispensable. Cette reconnaissance ne peut plus être différée. L'UNIPA restera pleinement mobilisée aux côtés des parlementaires, du Gouvernement et de l'ensemble des acteurs de santé afin que les recommandations de cette mission se traduisent rapidement en avancées concrètes. Les IPA constituent une réponse essentielle aux enjeux d'accès aux soins, de prévention, de suivi des maladies chroniques et d'évolution de notre système de santé.

La Rédaction d'Infirmiers.com avec AFP

Source : infirmiers.com